Je suis rentré à la maison pour le dîner, préparé ce soir-là par ma femme, Élodie. Javais un sujet difficile à aborder, alors je me suis lancé avec «Il faut que je te dise quelque chose». Elle na pas répliqué, a continué à remuer la sauce et, comme dhabitude, on a lu la détresse dans ses yeux.
Il me fallait poursuivre la conversation, alors jai lâché que nous devions divorcer. Elle na demandé quun mot : «Pourquoi?» Je nai pas su répondre, jai esquivé la question.
Elle a alors explosé, fait une petite crise, et a commencé à me lancer tout ce qui lui venait sous la main. «Tu nes pas un homme», a-t-elle crié. Plus rien à dire. Je suis allé me coucher, mais le sommeil a tardé, et jentendais ses sanglots. Jaurais bien aimé trouver les mots pour lui expliquer que mon cœur nappartient plus à notre couple, que je ne laime plus depuis longtemps, que je ne garde que de la pitié, et que jai donné mon cœur à Célestine.
Le lendemain, jai préparé tous les papiers du divorce et du partage des biens. Je lui ai proposé la maison, la voiture et 30% des parts de mon entreprise. Elle a souri, a déchiré les documents et a déclaré navoir besoin de rien de moi. Puis elle sest remise à pleurer. Jai eu un pincement au cœur pour nos dix ans, mais sa réaction na fait que renforcer mon désir de mettre fin à tout ça.
Ce soir-là, je suis rentré tard, jai sauté le dîner et je suis allé directement au lit. Elle était assise à la table, un stylo à la main. Au milieu de la nuit, je lai réveillée ; elle écrivait encore, immobile à son bureau. Je nen avais plus rien à faire, la connexion qui nous liait sétait éteinte.
Au petit matin, elle ma présenté ses conditions de divorce. Elle voulait garder de bonnes relations, «autant que possible», surtout parce que notre fils, Lucas, aurait ses examens dans un mois. Elle craignait que cette nouvelle le perturbe. Jai trouvé cela raisonnable. Son second volet ma fait lever les yeux au ciel : pendant un mois, chaque matin, je devais la porter dans les bras jusquau porche, comme un rappel du jour où je lai introduite dans ma vie.
Je nai pas débattu, je me suis contenté de hocher. Au bureau, jai raconté la requête à Célestine, qui, avec un sourire moqueur, a qualifié ça de «manœuvre pathétique» de la part dÉlodie pour me ramener à la maison.
Le premier jour où jai soulevé ma femme, je me suis senti maladroit. Nous étions comme deux étrangers. Lucas, en nous voyant, a sauté de joie : «Papa porte maman!» Et Élodie, à voix basse, ma dit : «Ne lui raconte rien». Je lai déposée près de la porte dentrée, doù elle a pris le bus.
Le deuxième jour, tout sest déroulé plus naturellement. Jai remarqué, pour la première fois, les petites rides et les cheveux gris qui parsemaient son visage. Tout cet investissement émotionnel quelle avait mis dans notre mariage, que lui avaisje rendu en retour?
Rapidement, une petite étincelle sest allumée entre nous, puis a grandi chaque jour. Élodie semblait de plus en plus légère, et je nai rien dit à Célestine.
Le dernier jour, je lai cherchée près du placard. Elle se plaignait davoir trop maigri récemment. Vraiment, elle avait perdu beaucoup de poids. Estce quelle se souciait encore de nous? Lucas est entré, tout excité, et a demandé quand papa allait encore porter maman, comme si cétait une tradition familiale. Je lai soulevée, ressentant lémotion du jour de notre mariage. Elle ma enlacé doucement autour du cou. Le seul point qui me chiffonnait, cétait son poids.
Alors, je lai posée, attrapé les clés de la voiture et suis filé au travail. En voyant Célestine, je lui ai dit que je ne voulais plus divorcer, que nos sentiments sétaient refroidis parce que nous avions cessé de nous donner du temps. Elle ma giflé, a fondu en larmes et a quitté la pièce.
Je savais que je voulais revoir Élodie. Je suis sorti de lopenspace, suis allé à la boutique de fleurs du coin, et ai acheté le plus beau bouquet. Le vendeur ma demandé ce que jécrirais sur la carte; jai répondu : «Pour moi, le bonheur, cest de te porter dans les bras jusquà la fin des temps».
Je suis rentré, le cœur léger, le sourire aux lèvres, ai monté les escaliers et ai foncé dans la chambre. Élodie était allongée morte.
Plus tard, jai appris quelle combattait courageusement un cancer depuis plusieurs mois. Elle na jamais rien dit, et je ne lai pas remarqué, trop absorbé par mes aventures avec Célestine. Elle était dune sagesse étonnante : pour que je ne devienne pas un monstre aux yeux de Lucas à cause du divorce, elle avait imaginé toutes ces conditions farfelues.
Jespère que mon histoire pourra aider quelquun à préserver son foyer. Beaucoup abandonnent sans savoir quils sont à deux pas du bonheur.







