— Et alors, il va vivre chez nous maintenant ? — demanda-t-il à sa femme en jetant un regard à leur fils…

Et alors, il va vivre avec nous maintenant ? demanda-t-il à sa femme, les yeux fixés sur leur fils…

Madeleine Lefèvre rentra chez elle ce soir-là, et fut très surprise de trouver son fils dans le salon. Paul, depuis deux ans déjà, vivait avec sa femme dans leur propre appartement à Paris, et ils ne se voyaient guère plus de deux fois par mois, le week-end. Mais là, il était venu en pleine semaine.

Il sest passé quelque chose ? questionna Madeleine, sans même un bonsoir.

Tu nes pas contente de me voir ? tenta de plaisanter Paul, mais devant le regard sévère de sa mère, il répondit simplement : Jai quitté Camille.

Tu veux dire « quitté » ? répliqua-t-elle dun ton fermé.

Son caractère, assez dur, rendait les blagues inutiles avec elle. Son travail à la Maison déducation pour la jeunesse ne facilitait pas non plus les confidences. Elle attendait la vérité, pas des excuses. Paul, mal à laise, bredouilla :

On sest disputés

Et donc ? chercha-t-elle son regard. Tu vas revenir chez moi à chaque petite dispute avec ta femme ?

On veut divorcer ! lança Paul, comme un cri.

Madeleine le fixa droit dans les yeux, exigeant des explications. Paul soupira :

Elle veut que je fasse plus de tâches à la maison. Mais moi, après le bureau, je suis fatigué

Et tu nes pas capable daider ta femme ? répliqua sèchement Madeleine.

Cest ce quelle ma dit aussi. Mais je lui ai répondu que la femme, cest la gardienne du foyer, donc cest à elle de gérer la maison.

Et où as-tu appris ces bêtises ? sénerva sa mère, fatiguée de sa journée, ne pensant quà prendre une douche et dîner tranquillement avec son mari. Il venait lui raconter ses malheurs et, de surcroît, sortir des phrases dun autre siècle. Elle se souvenait quavec Jacques, ils avaient toujours tout partagé : travail, maison, enfants, jamais de dispute pour la vaisselle ou le ménage. Mais voilà quun « VRAI HOMME » voulait séparer les rôles.

Je te parle ! gronda Madeleine dune voix telle que, sil nétait pas déjà adulte, il aurait eu du mal à ne pas renverser son verre. Tu crois vraiment à ces idées-là ? Tu travailles autant quelle, vous ramenez tous les deux du salaire, donc vous partagez la maison ! Ou alors, tu lui as proposé de quitter son poste et ne se consacrer quau foyer ? Non ? Alors arrête avec ça ! Est-ce que tu nous as déjà vus, ton père et moi, nous disputer pour ça ? Jamais ! Parce quon sait avancer ensemble, à égalité.

À cet instant, Jacques Lefèvre rentra du travail et, apercevant leur fils, demanda, étonné :

Il y a un souci ?

« Même les questions sont les mêmes », pensa Paul, puis il dit à voix haute :

Je divorce de Camille.

Eh bien, quel idiot, répondit simplement son père, en passant dans la cuisine avec un sac de courses.

Jacques, notre fils est une tête de mule, lança Madeleine à son mari, lui expliquant la dispute.

Et donc, il va vivre avec nous ? demanda Jacques à sa femme, avant de sadresser à Paul :

Tu sais, le mot « épouse » en vieux français vient de « compagnon de route ». Cela veut dire partager la même charrette, marcher ensemble dans la vie. Si lun des deux arrête davancer, lautre doit tout traîner seul. Et ça finit par casser la charrette ou épuiser quelquun.

Paul resta songeur, mais la rancœur envers Camille lui collait encore au cœur. Il avait espéré le soutien de ses parents, mais ils sétaient ligués contre lui. Ils continuèrent à discuter tout en rangeant les courses de la supérette. Leur attitude montrait clairement quils navaient pas lintention de le dorloter.

Paul observait cette tranquillité familiale, sans comprendre comment deux êtres si décidés pouvaient être si doux lun envers lautre.

Alors, tu restes planté là ? Va réconcilier avec ta femme ! ordonna son père. Oublie ces histoires de devoirs. Protégez-vous et entraidez-vous, voilà tout ce quil faut faire. Allez, debout, ta mère et moi avons à faire.

Paul quitta lappartement désorienté, lui qui voulait être consolé. Pourtant, la colère contre Camille sétait évanouie. Il comprenait quil avait cherché la querelle pour rien. Mais une chose était sûre : il voulait bâtir un jour un foyer aussi heureux que celui de ses parents.

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