Maria Lefèvre se réveille à trois heures du matin, surprise par la vibration insistante d’un vieux téléphone à touches sur sa table de chevet — un appel de son fils qui, bouleversé après avoir découvert une berger allemand blessée en pleine nuit sur une route du Val de Loire, cherche désespérément conseil auprès de sa mère, la « Mère Teresa » du quartier, connue pour accueillir chez elle tous les chats errants et prodiguer chaleur et compassion à chaque animal en détresse, sous le regard sceptique de son fils et des voisins ; mais cette nuit-là, dans une ambiance d’entraide et de solidarité inattendues, c’est toute la perception de la bonté, du courage et de la bienveillance qui va changer, entraînant mère et fils — et leur tribu de chats — dans une aventure bouleversante où la tendresse finit toujours par triompher sur l’indifférence humaine.

Marie-Odile séveilla en sursaut à trois heures du matin, dérangée par les vibrations insistantes dun vieux téléphone à touches qui tremblait sur sa table de chevet.

Étonnée, elle se frotta les yeux, peinant à croire que quelquun pouvait lappeler à une heure pareille. Elle saisit lappareil, lut le nom sur lécran, et son cœur semballa aussitôt : cétait son fils qui appelait.

Allô Émeric, quest-ce quil se passe ?! demanda-t-elle dune voix inquiète. Pourquoi tu mappelles si tard ?

Maman, pardon de te réveiller. Cest juste que… tu vois, je rentrais du boulot balbutia Émeric, et là… Je sais pas quoi faire…

Mais quoi donc, mon fils ? Parle ! Ou tu tiens à menvoyer direct à lhôpital ?!

Eh bien Là, sur la route je suis tombé sur… Enfin, tu pourrais me conseiller ? Je tavoue, cest la première fois que je me retrouve dans une telle situation. Je me sens un peu perdu.

Ils restèrent tous les deux silencieux quelques secondes.

Je comprends pas… Tu veux dire que tas renversé quelquun ?… Tu las tué ? salarma Marie-Odile, le combiné tremblant dans sa main moite.

Non, pas mort, je crois Et puis cest pas moi, cest quelquun dautre. Et puis, ce nest pas une personne.

Ce nest pas une personne ? Mais alors, quoi donc ?

Un chien Un berger allemand, je pense. Elle respire encore, mais ça a lair grave. Quest-ce que je fais, maman ? Ici à Dijon, il ny a pas de clinique vétérinaire de nuit. Et toi, tu ty connais plus en animaux que moi.

Émeric, debout près du bitume, jeta un regard au chien qui gisait tout près du fossé.

À la lumière des phares, il voyait son ventre se soulever à peine, à bout de souffle. Elle avait le regard si triste quon sentait quelle voulait abandonner.

« Tant quelle respire il y a de lespoir, » pensa-t-il en serrant le portable contre son oreille.

*****

Trois jours plus tôt.

Maman, tu recommences ? Tas pas mieux à faire que de nourrir tous ces chats ? lança Émeric alors quil était passé à limproviste voir sa mère et lavait trouvée en train de donner des croquettes aux minous devant limmeuble. Jamais, plus jeune, elle navait été aussi attendrie par les bêtes.

Sitôt à la retraite, voilà que lamour des chats lui était tombé dessus. Un amour fou, presque obsessionnel. Les gens normaux ne font pas ce genre de choses surtout devant tout le quartier.

Bonjour, mon grand, fit Marie-Odile en se redressant et en lui faisant signe de la main. Tu aurais pu prévenir, jaurais préparé un bon petit plat.

Vu ce que je vois, le bon petit plat, tu las réservé à tes chats ! ricana Émeric.

Il ne comprenait pas pourquoi sa mère consacrait autant dargent, de temps, et dénergie à ces bêtes. Pourquoi sévertuer à aider chaque animal rencontré dans la rue ? Déjà quelle avait recueilli quatre chats, tous trouvés en moins dun an, quelle cajolait dans son deux-pièces.

On pourrait croire quelle finirait par sarrêter. Mais Marie-Odile, elle, continuait inlassablement.

Ce sont surtout les chats quelle aimait, cétait clair.

Mais elle ne passait jamais non plus à côté dun chien blessé, ni même dun pigeon affamé.

Les voisins du 27, rue de la Liberté, lavaient surnommée à la cantonade « la Mère Teresa ».

Émeric trouvait gênant les regards et sourires moqueurs que les voisins lancent à sa mère, certains mimant même un geste du doigt sur la tempe, comme pour souligner quelle était un peu toquée.

Laisse-les penser ce quils veulent, lui disait sa mère avec douceur, remarquant son malaise face à la moquerie. Le monde aurait bien besoin dun peu plus de bienveillance. Jessaie juste den ajouter une petite dose.

Elle regarda tendrement les chats qui dévoraient leurs croquettes, puis ajouta :

Dis-moi, quest-ce quils ont vu de beau dehors, ces chats ? Rien. Alors, moi, je leur offre juste une étincelle de tendresse. Afin quils se sentent un peu moins abandonnés. Ça fait peur, tu sais, dêtre sur terre sans que personne ait besoin de toi. Tu te souviens de ce que disait ta grand-mère ?

Quatre chats recueillis, tout de même ! Ça ne te suffit pas ? sétonna Émeric.

Ce nest pas la question, voyons Si je pouvais, tu penses bien que je les prendrais tous ! Mais tu connais mon petit appartement. Et avec ma retraite, cest pas la fortune Alors, jaccueille ceux que je peux, et pour les autres, je donne à manger. Quon me prenne pour une folle mest bien égal. Je continuerai tant que je pourrai. Il faut montrer lexemple, Émeric.

Donner lexemple ?

Bien sûr Peut-être quun passant y réfléchira, et ferra de même. Après tout, on est responsables de ceux quon apprivoise. Et, surtout, on est humains : cest à nous daider les plus faibles. Car sinon, qui le fera ?

Émeric essayait quand même de comprendre. Il aurait accepté avec plus de facilité quelle se préoccupe dhumains démunis. Mais des bêtes

Quon ne me fasse pas dire ce que je nai pas dit, Émeric ne détestait pas les chats ni les chiens des rues.

Simplement, à ses yeux, il nétait pas nécessaire enfin, daller si loin.

Mais trois jours à peine après cette conversation, son opinion allait changer du tout au tout.

Ce soir-là, il rentrait du boulot bien après minuit.

Généralement, il terminait beaucoup plus tôt, mais ce soir-là, un imprévu lavait retenu au bureau.

Finalement, ce nétait pas plus mal. Il navait plus pris le volant de nuit depuis longtemps.

Émeric, conducteur soigneux, naimait pas rouler trop vite. Mais, cette fois il soffrit le luxe daccélérer. Il ne sattendait pas à devoir freiner aussi sec.

Il aperçut soudain un chien gisant sur la chaussée.

Il resta figé, les mains rivées au volant, le souffle court.

Quand le choc fut passé, il sortit de sa Clio et courut vers lanimal.

Un coup dœil rapide suffit : le chien avait été renversé. Peut-être, comme lui, un amateur de vitesse nocturne, ou alors un conducteur distrait. Peu importait : il fallait agir vite.

Totalement désorienté, Émeric ne su quoi faire. Et puis, on ny songe pas avant dy être confronté, nest-ce pas ?

Cest pour cela quil appela sa mère. Il ny avait quelle.

*****

Allô Émeric, quest-ce quil se passe ?! répéta Marie-Odile à trois heures du matin, paniquée. Pourquoi tu mappelles si tard ?

Désolé, maman. Mais voilà, je rentrais Et puis… je… Je sais pas quoi faire…

Quoi donc ? Dis-moi ! Tu veux machever ou quoi ?

Bon, il y a un chien, là, sur la route… Tu aurais un conseil ?

Ils restèrent un instant muets.

Attends Tu veux dire que tas cogné un piéton ? Il est mort ?! cria à demi Marie-Odile.

Non, ce nest pas ça Et puis cest pas une personne. Cest pas moi, non plus. Juste un chien.

Un chien ?!

Oui Un vieux berger allemand errant. Elle respire encore, mais cest pas joli. Je fais quoi, maman ? Dijon dort à cette heure-ci, pas une clinique ouverte, que je sache. Toi, tas toujours eu un don pour les animaux

Il jeta un regard à la chienne, gisant toujours près de la route, le ventre soulevé dun souffle désespéré, les yeux humides et résignés.

« Au moins, elle est vivante Tout nest pas perdu, » pensa-t-il, le téléphone en main.

Alors, maman, quest-ce que je fais ? Tu connais un véto, toi ?

Non, pas de vétérinaire parmi mes amis. Et personne ne soigne la nuit ici, tu sais bien Lemmener à Lyon ? Cest bien trop risqué, tu nauras pas le temps. Non, apporte-la chez moi.

Chez toi ? Tu es sérieuse ?

Bien sûr que je suis sérieuse. Tu as peur du quen-dira-t-on chez les voisins ?

Cest pas ça, cest Tas toujours tes quatre chats. Ça va pas faire dhistoires, ça ?

Mais voyons, ce ne sont pas des crocodiles ! Mets la chienne dans ta voiture, viens tout de suite. Jarrange tout. On fera le nécessaire au moins pour la soulager.

*****

Une demi-heure plus tard, Émeric, les bras chargés de la chienne, montait les quatre étages vers lappartement de sa mère.

Il avait sali tout lhabitacle, abîmé sa chemise, mais pour la première fois, il sen moquait complètement. À cet instant, seule la survie de ce pauvre animal comptait, autant que sil sétait agi dun humain.

Pose-la là, doucement, indiqua Marie-Odile en préparant le vieux canapé recouvert de draps déchirés.

Marie-Odile navait jamais été vétérinaire, mais avec tous ses passages à la clinique, elle en avait retenu quelques gestes. Au cas où. Le moment était venu de sen souvenir.

Émeric prît son smartphone pour chercher les bons réflexes à avoir : il avait, lui, accès à internet rien à voir avec le vieux Nokia maternel.

En équipe, et non sans difficulté, ils parvinrent à stopper lhémorragie et la chienne respira un peu mieux.

Même les chats se montrèrent dun soutien touchant.

Après quelques hésitations, ils se couchèrent près du grand chien, ronronnèrent de concert, et, chose incroyable, la chienne finit par sendormir paisiblement dans leur chaleur murmurante.

Maman, tu crois vraiment quelle va sen sortir ? demanda Émeric dune voix basse.

Jai confiance. Ce nest pas trop grave. Et tu sais, ajouta-t-elle en lui souriant, si ce chien ta permis douvrir ton cœur aux bêtes, ce nest sûrement pas un hasard.

Enfin, je nallais pas la laisser mourir sur la chaussée Ce serait inhumain, non ?

Tu vois ? Trois jours plus tôt, tu naurais pas compris pourquoi je donnais à manger aux chats du quartier. Et aujourdhui, te voilà, à veiller sans dormir sur une chienne blessée. Je crois bien que tu ne la remettras pas dehors, hein ?

Sans doute murmura Émeric. Tout cela lui semblait fou mais agréable.

Être humain, tout simplement.

*****

Au petit matin, Émeric emmena la chienne à la clinique vétérinaire. Il arriva à louverture, et ceux déjà sur place sécartèrent spontanément pour le laisser passer avec son fardeau.

À cet instant, il comprit quil ny avait vraiment rien de mal à aimer et à aider les animaux. Que ceux qui le font gagnent en humanité.

La chienne, quil appela Roxane, retrouva la forme. Depuis, chaque week-end, Émeric vient voir sa mère. Ils vont promener ensemble.

D’ailleurs, ce ne sont jamais trois, mais souvent cinq ou six : les chats, enfants de la rue, ont décidé de les accompagner. Personne ne sen étonne plus.

Les voisins, eux, continuent déchanger des regards intrigués, des coups de coude, ou des moulinets de doigt. Mais Émeric nen a plus cure.

Merci Roxane, apparue à limproviste dans sa vie. Merci à maman pour la belle leçon.

Et merci à ces gens, devant la clinique, pour leur gentillesse. Cest ce jour-là quÉmeric sest dit que, si, parfois, le monde pouvait devenir un peu meilleur…

Dorénavant, quon pense ce quon veut, il aidera comme il pourra tous ceux qui en ont besoin : chat, chien ou humain…

Voilà mon histoire.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

5 × 3 =

Maria Lefèvre se réveille à trois heures du matin, surprise par la vibration insistante d’un vieux téléphone à touches sur sa table de chevet — un appel de son fils qui, bouleversé après avoir découvert une berger allemand blessée en pleine nuit sur une route du Val de Loire, cherche désespérément conseil auprès de sa mère, la « Mère Teresa » du quartier, connue pour accueillir chez elle tous les chats errants et prodiguer chaleur et compassion à chaque animal en détresse, sous le regard sceptique de son fils et des voisins ; mais cette nuit-là, dans une ambiance d’entraide et de solidarité inattendues, c’est toute la perception de la bonté, du courage et de la bienveillance qui va changer, entraînant mère et fils — et leur tribu de chats — dans une aventure bouleversante où la tendresse finit toujours par triompher sur l’indifférence humaine.
La nuit où un père est revenu chez lui… et où un mariage s’est brisé à cause d’une vérité murmurée