Un enfant pour une amie : Lorsque Lilia, enceinte de ses derniers mois, voit son frère quitter la maison et son père sombrer dans l’alcool, sa vie vire au cauchemar. Entre dettes, trahisons familiales et la pression d’une ancienne amie qui souhaite adopter sa fille, Lilia doit affronter seule la maternité et résister au plan machiavélique de son entourage pour offrir une vie meilleure à son enfant.

Un enfant pour une amie

Quand Camille en était aux derniers mois de sa grossesse, son petit frère avait quitté la maison, et leur père, Francis, sétait noyé dans lalcool. À partir de là, la vie de Camille était devenue un enfer.

Tous les matins, elle ouvrait les fenêtres pour aérer, ramassait les bouteilles vides sous la table, et attendait patiemment que son père émerge de son sommeil alcoolique.

Papa, tu ne dois pas boire. Tu viens à peine de te remettre de ton AVC.

Je bois si jen ai envie. Qui me linterdirait ? Cest plus simple doublier la douleur comme ça.

Quelle douleur, papa ?

Celle de savoir que je ne sers à rien. Même pour toi, je suis un fardeau. Jai raté ma vie, Camille. Je naurais jamais dû venir au monde, ni me marier, ni avoir des enfants qui nont hérité de moi que la mollesse, le manque de volonté, et la pauvreté. Tout a été inutile, ma fille. Autant continuer à boire.

Déjà de mauvaise humeur, Camille se fâchait.

Rien nest inutile, papa. Il y a bien pire dans la vie.

Quest-ce qui pourrait lêtre ? Tu as grandi sans mère. Et maintenant, tu comptes mettre au monde un gamin sans père, qui continuera à vivre dans la misère.

Ce nest pas si noir, papa. Rien nest figé, tout peut changer à tout moment.

Camille repensa avec tristesse à la période où elle avait été si heureuse de préparer son mariage avec Julien. Oui, le monde avait basculé, mais il fallait continuer.

Ce jour-là, son père était à nouveau ivre. Camille éclata :

Tu as bu largent que javais mis de côté ? Comment as-tu trouvé où je le cachais ? Tu as fouillé dans toute la maison, tu as touché à mes affaires !

Tout ici mappartient, répondit Francis. Même la retraite que tu tentes de cacher ma retraite !

Tu las tout bu ? Et tu nas pas pensé à ce quon allait manger ?

Pourquoi jy penserais ? Je suis malade. Tu es grande maintenant, à toi de toccuper de moi !

Camille fouilla tous les placards.

Je suis sûre quil y avait encore deux paquets de pâtes et du beurre hier. Il ny a plus rien ! On va dîner quoi ce soir ?

Camille était secouée. Elle sassit à la table et se couvrit le visage de ses mains, abattue.

Elle navait aucune idée que sa tante, Sandrine, venait, lors de ses absences, soûler Francis et, en douce, vider leur garde-manger.

Silencieusement, Sandrine avait pris ses aises, cherchant à briser ce qui restait de la famille.

Cette nuit-là, Camille pleura toutes les larmes de son corps, allongée, vidée, affamée.

Le lendemain matin, alors quelle essayait de se remettre, on sonna à la porte : Sandrine entra, parée dun manteau à la mode et de bottines, sans même retirer ses chaussures.

Salut. Ma copine du service de la mairie ma prévenue : vous avez des dettes, et bientôt, on va vous couper lélectricité. Quest-ce qui se passe ici, Camille ? Tu moffres un thé ?

Nattendant pas de réponse, Sandrine filait déjà à la cuisine et fouillait le frigo et les placards.

Cest moi qui fais le thé, tu es enceinte, comme ma Chloé Mais vous navez rien, ni sucre, ni thé. Il ny a plus rien du tout ! Allons vite au supermarché.

Camille évitait son regard.

Je ne pourrai pas vous faire de thé, tatie Sandrine. Vous devriez partir.

Mais Sandrine nabandonnait pas.

Tu as des soucis, je le vois bien. Tu te rappelles que je tai déjà proposé de venir vivre chez moi ? Cette fois, je nexige pas, jinsiste. Il ny pas davenir pour ton bébé ici ; ton père boit, tu nas même pas de quoi manger. Prends tes affaires, viens avec moi.

Prise de vertiges, Camille sassit, les larmes aux yeux. Sandrine la prit dans ses bras :

Ecoute, ma petite. Je sais ce que tu penses de moi. Je ne me pardonne pas : ma fille a brisé tes fiançailles. Mais je ne suis pas un monstre. Je ne peux pas te laisser souffrir ainsi. Que tu le veuilles ou pas, je vais moccuper de toi.

Le reste se passa comme dans un rêve brumeux : Sandrine laida à rassembler ses affaires, puis appela un taxi.

***

Le jour où Camille eut ses premières contractions, Sandrine ne la quitta pas dune semelle.

Ecoute-moi bien, Camille. Jai déjà prévenu le personnel de la maternité que tu souhaites laisser lenfant. Donc, quand ton bébé sera là, ne le prends pas dans tes bras, ne le mets pas au sein. Ne le regarde même pas.

Entre deux douleurs, Camille soupira :

Tatie Sandrine, jen peux plus Jaimerais juste que la douleur sarrête, cest tout.

Noublie pas ce que je tai dit : tu ne pourras pas élever cet enfant toute seule. Jai déjà trouvé un couple respecté qui voudrait adopter ton bébé.

Quelques heures plus tard, une petite fille vint au monde.

Trois kilos trois ! Elle est en pleine santé.

La sage-femme lenveloppa dans un drap et lemporta, sans même que Camille ne puisse la voir.

Mais la pédiatre vint alors fixer Camille dun regard sévère :

Quest-ce que cest que ça ? Une jolie petite fille, en bonne santé, et vous ne voulez même pas la regarder ? Julie, ramenez le bébé et mettez-le au sein de sa maman.

Camille secoua la tête, troublée :

Je ne veux pas. Je nai pas de quoi vivre, jai été forcée daccoucher Il y a des gens qui ont plus besoin de cet enfant, je vais signer labandon, elle sera adoptée

Ne dites pas de bêtises. Regardez-la au moins une fois dans votre vie.

Camille ferma les yeux, mais sentit la chaleur dun petit corps, doux, contre sa main.

La sage-femme posa le bébé à côté delle. Camille se retrouva malgré elle à la contempler.

Petite, vulnérable, la fillette ouvrait les yeux, tendant ses bras maladroits vers sa mère, cherchant le sein.

Voilà, maman. On donne la tétée, dit la pédiatre avec un sourire. En voyant Camille trembler sous le choc de cette première rencontre, elle sadoucit.

Comme elle est belle, cette petite. Cest de vous quelle a besoin, pas de parents adoptifs, comprenez-vous ?

Camille éclata en sanglots, serra sa fille contre elle et hocha la tête.

Les deux heures qui suivirent, Camille ne put détacher son regard de son enfant.

Cest là que linstinct maternel séveilla en elle.

Voilà, le sens de ma vie, cest elle. Peu importe si Julien ma quittée, si papa délire ma fille a besoin de moi, alors je resterai près delle.

***

Camille se réveilla au son de la voix de Sandrine.

Plantée dans la chambre, vêtue dun peignoir, elle la fixait.

Tu te souviens de notre accord ? murmura-t-elle. Tu avais promis daccoucher et de laisser ta fille. Jai déjà trouvé des personnes prêtes à la prendre.

Sandrine, jai changé davis. Je veux la garder.

Mais tu nas pas un sou en poche, tu es quasi SDF, où comptes-tu aller avec ce bébé ?

Chez moi. Je ne veux plus abuser de votre hospitalité, je me débrouillerai.

Le visage de Sandrine se décomposa, se tordant en un masque mauvais.

Tu as perdu la tête ? Tu vas tendre la main pour manger ?

Le bébé, réveillé par les cris, se mit à pleurer ; Camille se leva pour la prendre.

Ne la touche pas ! Je vais la bercer, lui donner un biberon. On dira au personnel que tu nas pas de lait, lança Sandrine.

Mais Camille refusa calmement :

Ce nest pas à vous de décider, cest ma fille. Jai changé davis, je ne la confierai à personne !

Tu ne peux pas ! Tu avais promis ! hurlait Sandrine, impuissante.

Partez.

Sandrine sortit, furieuse. Sa voisine de chambre, Mathilde, se redressa :

Cétait qui, celle-là ?

Ma tante.

Cest atroce. Tu as bien fait de la chasser. Je suis Mathilde. Si tu as besoin dun coup de main, demande-moi. Il y a encore des gens bien.

Camille.

Enchantée, Camille. Tu sais, jai bien vu : cette femme voulait partir avec ta fille. Elle est étrange.

***

Juste avant la sortie de la maternité, une autre visiteuse fut signalée à Camille, qui dut sortir dans le couloir.

Son ancienne amie, Chloé, lattendait, visiblement enceinte elle aussi.

Salut.

Camille sassit, prudente. Chloé la rejoignit.

Jai su que tu as accouché.

Oui, dune fille.

Chloé tremblait dexcitation.

Camille, cest important. Tu sais que ma mère a trouvé des gens prêts à adopter ta fille.

Et alors ?

Ce sont des gens bien et fortunés. Ils donneraient tout. Ils te proposent cent mille euros. Tu pourrais acheter un studio, ou investir dans un appartement.

Ah oui, cent mille ? répondit Camille en haussant les épaules. Eh bien, si tu tiens tant à eux, donne-leur ton bébé à toi.

Chloé se vexa mais continua à insister.

Attends, Camille. Confie-la-moi ! Je lélèverai comme la fille de Julien.

Tu crois gérer deux enfants ?

Tu ne comprends rien, Camille ! Je perds tout, ma famille seffondre !

Camille se leva pour partir, mais Chloé saccrocha à sa manche, démente.

Jai besoin de ce bébé, Camille !

Lâche-moi.

Quelques heures plus tard, cest Julien lui-même qui débarqua dans la chambre. Camille se crispa en le voyant.

Tu as accouché ? Je peux voir le bébé ?

Certainement pas. Ta chère Chloé va bientôt accoucher aussi, tu iras voir le sien !

Il faut quon parle, Camille. Depuis que tu as accouché, je nai plus de répit. Voilà ce que je te propose : abandonne la fille, je promets de la reconnaître et de ladopter aussitôt.

Camille secoua la tête :

Je ne suis pas comme vous. Je ne délaisserai jamais une innocente. Tu as perdu ton temps : tu nauras pas ma fille !

Julien sentêta, refusant de partir.

Donne-la-moi ! Tu navais pas le droit davoir un enfant de moi ! Je finirai par la reprendre !

Toi ? Un fils à maman ? Demande-lui dabord la permission avant toute chose !

Camille repoussa Julien, prit sa fille et quitta la chambre pour demander à linfirmière :

Est-ce possible de ne plus laisser qui que ce soit me rendre visite ? Je ne veux plus voir personne, ça devient un moulin, ici.

Épilogue

Le jour de la sortie, Camille quitta la maternité sa fille dans les bras.

Elle nétait pas seule : Mathilde, sa voisine de chambre, sortait aussi, accueillie par son mari et sa mère.

Mais, sur le parvis, Camille aperçut la voiture des Duval.

En descendit la mère de Julien, Valérie Duval, le regard perçant, lœil mauvais, scrutant Camille.

Un frisson de peur parcourut le dos de la jeune mère.

Valérie fixait Camille comme une louve prête à sauter.

Mathilde sen aperçut et se plaça à ses côtés.

Qui sont ces gens, Camille ?

Les parents de Julien.

On dirait quils tattendent au tournant. Non, viens avec moi, ma mère a préparé une chambre. Ils sont tous trop étranges derrière toi, je ne sens pas ça du tout. Viens.

Camille acquiesça, un doute persistant au fond du cœur.

***

Installée chez ses nouveaux amis, Camille trouva, à sa grande surprise, lamour : Ivan, le cousin de Mathilde, célibataire endurci, commença à la courtiser.

Cétait un homme droit, attentionné, au grand cœur. Il épousa Camille, adopta sa fille et, mieux encore, prit soin de son beau-père.

Quant à Chloé et Julien, leur union vola en éclats.

Il savéra que Chloé simulait une grossesse, portant un faux ventre et berna toute la famille Duval.

Sandrine, voulant protéger sa fille, avoua à son gendre que Chloé avait fait une fausse couche au début de sa grossesse, puis suggéra une « solution » :

Julien, ne jette pas la pierre à Chloé. Elle a perdu le bébé, mais tu nes pas blanc comme neige non plus, non ? Il y a un bébé qui va bientôt naître ailleurs Jai pensé, pourquoi ne pas adopter la fille de Camille ? Elle nest pas une inconnue, de toute façon. On fera croire à tout le monde que le bébé est de Chloé et tu reconnaîtras lenfant.

Julien fut séduit par lidée.

Tout aurait pu marcher si Camille navait pas refusé dabandonner sa fille à la maternité, piégeant son ancienne amie et sa tante.

La mère de Julien, Valérie Duval, découverte la supercherie, mit Chloé à la porte et exigea le divorce.

Ainsi, Camille, longtemps délaissée, trouva enfin soutien et bonheur auprès de nouveaux amis et dun mari aimant.

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Un enfant pour une amie : Lorsque Lilia, enceinte de ses derniers mois, voit son frère quitter la maison et son père sombrer dans l’alcool, sa vie vire au cauchemar. Entre dettes, trahisons familiales et la pression d’une ancienne amie qui souhaite adopter sa fille, Lilia doit affronter seule la maternité et résister au plan machiavélique de son entourage pour offrir une vie meilleure à son enfant.
Je préparais le dîner – un gratin de champignons, le plat adoré de Julien. Les enfants étaient déjà endormis, et la maison était emplie de chaleur et des fragrances des épices. Soudain, son téléphone vibra sur la table de la cuisine.