« J’en ai assez, tout m’agace, je pars ! Ça suffit ! L’enfant, sa fatigue éternelle, aide-moi, aide-moi… et moi, je veux juste sortir comme avant ! Je veux de la tendresse ! Je travaille ! Je veux rentrer auprès de ma femme adorée… mais là, je vais vivre chez un ami, puis je trouverai une jeunette… ehhh… » – assis au volant, pensant que ce soir marquait la fin de son couple, Serge fumait nerveusement.

Assez, tout me dévore ! Je plaque tout, cest devenu invivable ! La petite, son éternelle fatigue, ses appels à laide et moi, je rêve de flâner comme au bon vieux temps !
Je réclame un peu de tendresse ! Je bosse comme un forçat ! Jaimerais retrouver mon épouse, ma complice ce soir, je squatterai chez un pote, puis je partirai en quête dune demoiselle ah» au volant, je ruminais, la dernière dispute avec Camille Dubois, ma femme, scellant le clap de fin de notre romance, et je grillais nerveusement une Gauloise.
Notre histoire, cest du vintage. On sest croisés, on sest aimés à la folie, la passion nous a engloutis, la prudence jetée par la fenêtre, et quelques mois plus tard, elle ma brandi le test positif.
Évidemment, garde-le, on va sen sortir, jai lancé, bravache, et toute la tribu, grands-parents inclus, a opiné, promettant leur aide, réclamant déjà des petits Parisiens
Puis le mariage, lattente, les larmes de bonheur une fille ! Et voilà la vie légère sest envolée, Camille est devenue une maman dévouée : épuisée, décoiffée, les cris de la petite à toute heure, ses demandes sans fin «aide-moi, aide-moi»
Où est passée ma douce Camille ? Les proches ont filé en douce on sest retrouvés seuls face à la parentalité
Je ne suis pas taillé pour ça ! ai-je balancé aujourdhui à Camille, claquant la porte devant elle et notre bébé.
Cris de pneus une silhouette voûtée sest dressée devant la voiture.
Tu veux finir comme ça ??? sortant en trombe, je me suis approché du monsieur.
Un vieux en manteau, redressé, ma fixé de ses yeux fatigués et tristes, murmurant :
Oui.
Décontenancé par sa réponse, jai bafouillé :
Monsieur, besoin dun coup de main ? Je peux faire quelque chose ?
Je nai plus envie davancer
Allons, ne dis pas ça, je peux te ramener chez toi ? Parle-moi, peut-être que je peux taider ? Je lui ai pris la main, lai guidé doucement vers la voiture.
Racontez-moi, monsieur, ai-je soufflé en tirant sur ma clope.
Cest une histoire interminable.
Jai tout mon temps.
Le vieil homme ma scruté, puis a fixé la photo accrochée au tableau de bord.
Il y a cinquante ans, jai rencontré une jeune femme, coup de foudre immédiat, tout sest emballé, famille, enfant, fille, héritière le bonheur semblait acquis !
Mais je voulais retrouver la fougue dantan, la jeunesse, linsouciance. Ma femme était épuisée, le quotidien, le boulot, je lui ai tout laissé, je nai rien fait
Jai croisé une collègue, une histoire a démarré ma femme la su, le divorce a suivi. On sest séparés. Avec lautre, ça na rien donné, aucun regret, jai profité de la vie.
Elle sest remariée, est devenue rayonnante, ma fille appelait son beau-père «papa», et moi, je men fichais.
Et toi ? ai-je demandé, allumant une autre cigarette.
Moi ? Jai fini seul, sans famille, sans épouse, sans enfants. Aujourdhui, ma fille fête ses cinquante ans, je suis allé la voir, elle ma claqué la porte au nez, le vieil homme a pleuré, cest ma faute. Elle ma dit : «Tu nes pas mon père, va-ten.»
Où dois-je te déposer ? ai-je tapoté nerveusement le volant.
Jhabite là, ne ten fais pas le vieil homme est descendu et sest dirigé vers un immeuble de neuf étages, tout près du boulevard.
Je lai regardé disparaître, puis jai fait demi-tour. Je me suis arrêté à la supérette, jai acheté des fleurs.
Pardon, pardon, en rentrant, je me suis agenouillé devant Camille en larmes, repose-toi, mon amour.
Jai pris notre fille dans ses bras, lai emmenée dans la chambre, la berçant, jai commencé à chantonner dune voix éraillée : «Petit chat gris, petit chat blanc».
Surprise, ma fille sest endormie vite, sa main posée sur mon cœur qui battait la chamade. Ému, je lai contemplée : Je veux la voir grandir, entendre «papa»
Tu as encore recueilli des «naufragés» ? a lancé la vieille dame en ouvrant la porte à son mari. Il a souri, accrochant son manteau.
Oui, jai aidé, il faut bien transmettre les grandes leçons aux jeunes.
Et comment tu sais qui a besoin daide ?
Jen avais besoin moi-même à cet âge.
Viens dîner, mon héros, et noublie pas, demain cest lanniversaire de notre fille, pas de sauvetages le soir, a-t-elle dit avec tendresse.
Je nai pas oublié, cinquante ans pour notre héritière, notre amour, comment zapper ça ? la-t-il enlacée, souriant, ils ont filé vers la cuisine
Voilà une histoire invraisemblable qui mest arrivée. Croyez-la ou non, cest vous qui voyez. Dites-moi en commentaire ce que vous en pensez.
Je repense à tout ça, assis dans le calme nocturne, le parfum des fleurs achetées flotte encore dans lair du salon. Mon cœur cogne, partagé entre la trouille de tout perdre et la gratitude davoir une seconde chance. Camille, les yeux rougis, ma regardé longtemps, puis a posé sa main sur la mienne, sans un mot, mais tout était dit dans ce geste.
Dans la chambre, la lumière douce caresse le visage paisible de ma fille endormie. Je me surprends à murmurer des mots tendres, des promesses muettes, espérant quelle ne manquera jamais damour ni de présence. Les souvenirs de mon propre père, de ses absences, me traversent, et je jure intérieurement de ne pas refaire ses erreurs.
La vieille dame, ma mère, ma appelé tard, sa voix rassurante me rappelant que la famille, malgré les tempêtes, reste le port dattache. Elle ma parlé de ses propres regrets, de ses joies, de la force quil faut pour pardonner et avancer. Jai écouté, le regard perdu dans la nuit parisienne, les lumières de la ville clignotant au loin comme des promesses de renouveau.
Demain, cest lanniversaire de ma fille, et je veux que cette journée soit différente, pleine de chaleur et de rires. Jai prévu de préparer un gâteau au chocolat, comme le faisait ma grand-mère, et dinviter quelques amis proches, ceux qui sont restés fidèles malgré les années. Lidée de voir Camille sourire à nouveau, de sentir la joie revenir dans notre foyer, me donne du courage.
Je me demande souvent si le bonheur est une question de choix ou de hasard. Ce soir, je décide de choisir, de me battre pour ce qui reste, de reconstruire ce qui a été brisé. Peut-être que la vie, à la française, cest fait de petits bonheurs, de repas partagés, de mots sincères, de gestes tendres au quotidien.
En refermant ce journal, je me promets de ne plus fuir, de rester présent, dêtre le père et le mari que jaurais voulu avoir. Paris sendort, et moi, je commence à croire que tout est encore possible.

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« J’en ai assez, tout m’agace, je pars ! Ça suffit ! L’enfant, sa fatigue éternelle, aide-moi, aide-moi… et moi, je veux juste sortir comme avant ! Je veux de la tendresse ! Je travaille ! Je veux rentrer auprès de ma femme adorée… mais là, je vais vivre chez un ami, puis je trouverai une jeunette… ehhh… » – assis au volant, pensant que ce soir marquait la fin de son couple, Serge fumait nerveusement.
«– Toi, tatou, ne reviens plus vers nous ! Sinon, chaque fois que tu t’en vas, maman commence toujours à pleurer. Et elle pleure jusqu’au matin »