Je comptais sur un enfant tranquille

Salut! Tu te souviens de ce soir où jai vraiment cru que tout allait enfin se calmer? Jen peux plus, alors je te raconte tout, histoire vraie, comme si on était assises autour dun café.

Je me tenais dans la chambre, les yeux rivés sur le petit Thomas, qui narrêtait pas de pleurer. «Ça suffit! Tu vas enfin te taire!», a crié André en claquant la porte. Jai pressé le gamin contre ma poitrine, son visage tout rougi deffort, et jai essayé de le bercer en fredonnant une berceuse. «Allez, mon petit, ça va aller, maman est là, tout est bien,» je murmurai en le caressant le dos.

Les derniers mois ont été un marathon de nuits blanches et de soucis. Thomas était irritable, souvent malade, et se réveillait à chaque instant. Jai accepté cette réalité, totalement immergée dans la maternité. Quant à André, il vivait dans un monde parallèle où il ny avait ni bébé qui pleure, ni responsabilité.

En le berçant, mes pensées sont revenues à la discussion dhier avec Irène, ma vieille pote qui sirote toujours son café à la terrasse du quartier.

«Il taide un peu?», ma-t-elle demandé.
«Pas vraiment,» ai-je secoué la tête. «André, il est toujours au boulot, entre les potes ou chez sa mère. Il ne rentre que pour passer la nuit.»
«Et largent? Il comprend que tu es en congé maternité?»

Ça ma fait sourire, mais pas de façon drôle.
«Parfois il donne, mais cest jamais assez. Les couches, le lait infantile, les médicaments, ça coûte un bras.»

Alors, quand Thomas a enfin fermé les yeux, je lai posé doucement dans son lit. Je suis sortie de la chambre, passé à la cuisine, et le silence ma accueillie: André ronflait déjà.

Les deux semaines suivantes ont ressemblé à un cauchemar. Thomas ne dormait plus du tout, son cri résonnait dans tout lappartement. Jétais à bout de forces, et André, qui se levait à laube, était de plus en plus irrité.

«Cest pour rire, là?», a-t-il sifflé une nuit, en arrachant son oreiller. «Pourquoi tu ne le calmes pas? Jai besoin de dormir!»

Jai continué à bercer le petit, en lui disant: «Jessaie! Il est tout petit, ses dents poussent, il a mal.»

André a attrapé la couverture et sest dirigé vers la porte.
«Jai pas besoin de ça maintenant. Je file dormir au salon. Et fais quelque chose avec ce cri!»

Les jours ont défilé, André rentrait de moins en moins. Jai presque arrêté de lui parler, parce que je nen avais plus la force.

Un soir, après une petite promenade, je suis rentrée et jai ouvert la porte. André était sur le palier, sac de voyage à la main.

«Questce qui se passe?»

Il na même pas levé les yeux vers moi ou Thomas.
«Je file chez ma mère,» atil dit en fermant la fermeture éclair du sac. «Tant que le gosse ne grandit pas, je ne reste plus ici.»

Jai eu du mal à croire ce que jentendais.
«Tu plaisantes?»
«Non,» il a répondu sans un regard. «Je veux aussi dormir le soir. Ici cest impossible, il crie tout le temps et tu ne fais rien.»

Jai doucement ajusté la poussette pour ne pas réveiller Thomas, les bras croisés.
«Tu te souviens que cétait toi qui voulais cet enfant?» ma voix tremblait de colère contenue. «Tu disais que cétait le bon moment, quon sen sortirait ensemble.»

«Je pensais à un bébé normal, calme,» atil haussé les épaules. «Je mattendais à un enfant facile.»

Il a pris son sac et a passé la porte sans un mot. Jai crié: «Je tappelle!», mais il est parti.

Je suis restée plantée dans le couloir, figée, puis jai marché lentement jusquà la cuisine, me suis assise et les larmes coulaient sans que je les remarque.

Le lendemain, jai appelé ma mère.
«Maman,» a commencé ma voix, «André est parti. Il a dit quil reviendrait quand Thomas sera plus grand.»
«Questce que tu veux dire par «parti»?» a crié ma mère. «Cest qui son père? Dépose la demande de divorce, réclame la pension. On nattend rien de lui!»

Jai attendu deux semaines en espérant un appel, mais le téléphone était muet. André avait disparu comme sil navait jamais existé.

Jai décidé que jen avais assez. Et là, à la porte, il était déjà de retour.

«Questce que tu as fait?Pourquoi la demande de divorce?Je suis le père!»

Jai souri, un peu moqueuse.
«Le père?Tu nas pas été à la maison depuis presque un mois. Tu nas jamais appelé, jamais demandé comment va Thomas.»
«Jai juste pris une pause! Javais besoin de réfléchir.»

Je me suis tournée, les yeux brûlants.
«Ce que je cherchais, cest un mari, pas un lâche qui fuit quand ça devient difficile. Je me débrouille toute seule, alors pourquoi rester avec toi?»

On sest séparés rapidement, et jai obtenu quAndré paie la pension. La première année de Thomas sest déroulée sans père. André appelait une fois tous les deux mois, demandant des nouvelles sans vraiment simpliquer.

Quand le petit a eu un an et demi, il est devenu plus calme. André a alors recommencé à passer plus souvent, demandant à sortir avec nous le weekend, à trois.

«Je veux être présent dans la vie de mon fils! Donnemoi une chance.» Jai accepté, ne voulant pas priver Thomas de son père. Ça a duré six mois.

Un jour, après un café et une petite balade, on est rentrés à lappartement. André a demandé à entrer dans la salle de bains pour se laver les mains. Jai hoché la tête, jai changé Thomas en tenue de maison et je lai installé dans le parc à jouets.

«Clémence!» a retenti depuis la salle de bains, une voix furieuse. «Questce que cest?Tu peux mexpliquer?»

Jai jeté un œil dans le couloir. André était à lentrée, tenant une brosse à dents.
«Questce qui se passe?»
Il rougit de colère.
«Pourquoi il y a deux brosses? Explique-moi!»

Jai haussé les épaules.
«Cest la brosse de mon copain. Il reste parfois chez moi, ça ne te regarde pas.»

Le visage dAndré sest crispé.
«Tu me trompes?Tu nas même pas honte!»
«Tromper?André, on est divorcés depuis plus dun an!»
«Le divorce, ce nest quun papier!Je taide avec le gamin. Je pensais revenir quand Thomas grandirait, te refaire une proposition!»

Je ne pouvais pas cacher mon étonnement.
«Tu as demandé si javais besoin dun tel mari?Je te supporte seulement pour le petit. Je tai quitté bien avant que tu partes.»

André a continué à crier:
«Tu détruis notre belle famille!Tu ne laisses pas le fils grandir avec son vrai père!Tu fais entrer un autre type chez nous!»

Thomas, dans le parc, a commencé à pleurer, effrayé par les voix. Je lai pris sur mes genoux.
«Ce «autre» ma beaucoup aidée,» je lui ai chuchoté. «Je lai rencontré trois mois après le divorce, à la supérette. Jétais épuisée, je travaillais en télétravail, et il sest proposé daider.»

Je lui ai parlé de Maxime, le nouveau compagnon, qui était devenu mon pilier. «André, tu nes plus rien; juste un homme qui passe de temps en temps pour jouer avec le petit.»

André, rouge de honte, a jeté la brosse par terre et sest dirigé vers la porte.
«Tu vas le regretter,» a-til sifflé.

Après ça, il est devenu distant, cherchant toujours à me provoquer.
«Maman, cest moi la mauvaise?» murmuraitil à Thomas. «Ta mère nous a séparés, mais bientôt elle comprendra»

Jai supporté, mais un jour, jai eu assez.
«Écoute bien,» aije dit quand Thomas sétait endormi dans la poussette. «Je ne reviendrai jamais vers toi, même si Maxime et moi nous séparions. Tu nes pas quelquun sur qui je peux compter.»
«Tu ne sers à rien!» a rétorqué André. «Un gamin sur le dos et un caractère de vipère.»

Après ce clash, il a arrêté de venir, les appels ont cessé. Jai ressenti une étrange libération: il ne voulait plus dune vraie famille, juste une vie facile.

Trois mois sans nouvelles dAndré, je regardais Thomas jouer avec Maxime, construire des tours de blocs. Le petit sattachait à Maxime, riait quand il le soulevait.

Un aprèsmidi, Maxime sest approché, ma pris la main doucement.
«Clémence je voulais te demander Veuxtu mépouser?»

Jai souri, aucune hésitation.
«Oui.»

Le soir, jai mis Thomas au lit, et soudain jai réalisé que je ne pensais plus du tout à mon exmari. Une nouvelle vie commençait, sans place pour les erreurs du passé.

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Je comptais sur un enfant tranquille
– J’ai déjà préparé tes affaires, – déclara le mari. — Fiston, mais à quoi elle te sert, cette fille ? — tentait de le dissuader sa mère lorsqu’il voulait épouser Lucie. — Mais je l’aime ! — s’étonnait-il, comme si c’était évident… — Tu vas en baver avec elle ! Elle ne voit personne d’autre qu’elle-même ! La jolie blonde Lucie avait décidé d’offrir un véritable cadeau royal à son mari pour leur cinq ans de mariage. Et qui a osé prétendre que toutes les blondes étaient écervelées ? Qu’il se présente, celui-là ! Lucie, ou « Lucienne » comme l’appelait son époux, avait une haute opinion de son propre esprit, et elle comptait bien en fournir la preuve à Alexis avec son cadeau. Pourtant, il n’avait pas besoin de ça pour aimer sa jolie femme. Ils étaient mariés depuis cinq ans et chacun avait prévu un cadeau pour ce premier vrai anniversaire important : il lui offrit de ravissantes boucles d’oreilles en diamant, elle lui fit la surprise — roulement de tambour — d’une caméra embarquée dernier cri, dotée du meilleur micro : « Profite-en, mon chéri ! Et vas-y, ose encore dire que je n’y connais rien en technologie ! » Le soir venu, ils célébrèrent en grandes pompes dans un restaurant. Alexis, ravi, félicita sa femme sous le regard mi-envieux, mi-admiratif de leurs amis : « Tu as vraiment de la chance avec Lucienne, quelle femme ! » bava même Boris, le copain d’enfance d’Alexis, dont la femme Irène était loin d’être aussi séduisante… Lucie se délectait de son succès : elle les avait tous dépassés ! Ce n’était pas un portefeuille ou un pull, non, mais un véritable objet high-tech. On allait voir ce qu’on allait voir ! Mais sitôt la fête terminée, la routine reprit son cours. Alexis pensait déjà à fonder une famille… Sauf que Lucienne, elle, se lança dans une nouvelle série de « formations au développement personnel » et dévala à ses frais de nouveaux stages. Alexis, grand travailleur, assumait seul leur petit foyer — la carrière d’influenceuse de Lucie n’attirant pas les foules qui se ruaient à la pelle sur les photos de blondes à moitié dénudées sur Instagram… la concurrence était rude. Mais Alexis l’aimait : on aime souvent malgré tout, pas à cause de tout ! Sa mère, cependant, demeurait sceptique : « Tu vas voir, elle ne pense qu’à elle ! » Leur petite vie continua jusqu’à Noël, fêté avec Boris et Irène. À cette occasion, Alexis eut besoin de vérifier les vidéos stockées sur sa caméra embarquée : quelle ne fut pas sa stupeur d’y découvrir Lucienne en pleine « séance de développement personnel » avec Boris, sur la banquette arrière de la voiture ! Et ce, avec une régularité irréprochable, précisément lors des après-midis de « formation » de son épouse… Le son y était aussi : Lucienne se moquait gentiment d’Alexis, lui reprochant même de ne pas savoir embrasser « comme il faut ». Abasourdi, Alexis attendit le retour de Lucienne et lui annonça, d’un ton glacial : — Je pense qu’il vaut mieux en rester là. J’ai déjà préparé tes affaires — tu peux aller là où l’on appréciera mieux ton sens du développement personnel. En pleurs, Lucienne tenta de s’excuser. Mais Alexis resta inflexible. Il envoya la vidéo à Boris et ne chercha même pas à l’envoyer à Irène. Quelques jours plus tard, Lucienne fut contrainte de retourner chez sa mère, en attendant de se perfectionner ailleurs… Ce fut un triste réveillon, passé entre mère et fils — mais pour Alexis, une nouvelle vie commençait, sans mensonge, ni trahison. Preuve que, parfois, c’est bien grâce à la caméra de madame que tout s’éclaire… On dit que le monde ne change pas ? Et pourtant ! Seule la littérature reste éternelle. Oui, les histoires à la manière de Marcel Pagnol ou de Guy de Maupassant ont encore de beaux jours devant elles…