Demain, cest lanniversaire de ma belle-mère.
Ma fille approche de cinq mois. Au début, elle nous avait invités chez elle pour fêter, et nous avions songé à demander à ma mère de garder le bébé. Mais finalement, ma belle-mère a changé davis, et cest elle qui, avec mon beau-père et ma fille, a voulu venir chez nous pour célébrer. Je nai pas les moyens dorganiser un grand dîner au restaurant, mon mari non plus nest pas daccord, et, de toute façon, cela ne leur conviendrait pas : ils se contentent de peu, toujours.
Je ne comprends pas réellement pourquoi elle a choisi de venir fêter son anniversaire chez nous. Est-ce pour me gêner, pour prouver que je ne sais pas recevoir, pour créer une union de famille, ou simplement pour le plaisir de tous partager une table? Depuis que je la connais, notre relation reste tendue, et cela ne s’est guère arrangé depuis la naissance. Je me demande si elle veut apaiser nos tensions. Je ne crois pas que ce soit la bonne façon de sy prendre. Elle ne ma jamais vraiment offensée, cest vrai, mais la fois où elle a levé la main sur moi ce quil restait daffection en moi pour elle sest totalement dissipé. Désormais, malgré ses sourires, je me doute bien de ce quelle pense de moi.
Je ne lui refuse jamais de voir lenfant elle-même nen manifeste pas souvent lenvie. Tous les vendredis, je demande à mon mari si sa mère souhaite voir sa petite-fille. Je ne moppose donc pas à ce que la grand-mère passe du temps avec la petite. Mais pour ma part, je redoute ces moments ; cela devient toujours maladroit entre nous. Elle, probablement mal à laise, ressasse certaines choses quelle m’a dites, et moi jy pense aussi en sa présence.
Oui, ma famille est modeste, jai grandi dans une banlieue difficile, mon père et ma sœur ont eux-mêmes des soucis avec lalcool. Et alors? Cela fait-il de moi une moins bonne personne? Elle na pas à juger mon désir de dormir un peu plus tard le week-end, si par chance ma fille me le permet. Pour moi, ces matins sont un trésor pas besoin de me lever à 6h30 pour préparer un café noir et une tartine à mon mari Cest mon moment. Mais un coup elle dit quelle vient, linstant daprès finalement non, et à chaque fois que jentends la clé tourner dans la porte, jai envie de fuir
Et à chaque occasion, elle me rappelle discrètement que cet appartement est à elle. Ses règles, son espace. Jen suis bien consciente, mais puisque jy vis, je pourrais tout aussi bien y traîner en pyjama ou les cheveux ébouriffés. Un peu de décence tout de même. Est-ce que tous les propriétaires en France entrent chez leur locataire sans sonner? À mes yeux, cest une manière à peine voilée de rappeler la véritable propriétaire des lieux.
Notre relation na jamais eu la chance de sinstaller : elle na jamais voulu faire ma connaissance quand elle a appris que son fils et moi étions fiancés. À la mairie, elle téléphonait, incrédule à lannonce de notre démarche. Ni à lappartement, ni à la terrasse dun bistrot, elle na daigné me rencontrer avant le mariage. Évidemment, elle ne sait pas que son fils était le premier homme de ma vie.
Le jour où je lai croisée par hasard, après cinq mois de relation avec mon mari, elle ne sest pas vraiment montrée courtoise Disons quelle a été brute, quand il ma présentée à elle. Mon beau-père, lui, je ne lai aperçu quau mariage. Peut-être est-ce pour cela que je ressens cette forme de rejet envers elle.
Je déteste jouer un rôle, bien que je sache le faire si nécessaire. Mais là, je nen ai ni la force ni lenvie. Feindre une cordialité inexistante me pèse. Oui, cet appartement lui appartenait, mais aujourdhui, il est à son fils ; quimporte à la fin? Deux jours après mon retour de la maternité, elle ma blessée, critiquant mes origines et prétendant que je profitais de son fils. Comment une femme de 55 ans peut-elle se permettre de tels propos vis-à-vis de la femme de son fils, qui ne lui a rien fait, sinon « lui prendre son fils » et ce, juste après une naissance?
Je nai rien contre les invités, mais que lon mimpose daccueillir une femme pour laquelle je nai aucune affection, aider à dresser la table, courir du couffin à la salle à manger, surveiller lheure jusquà leur départ cela mépuise. Je me rassure au moins en me disant que jai pensé à lui acheter un cadeau.
Que dire de plus? Demain promet dêtre compliqué, et je ne peux quespérer que tout se passera sans accroc, pour ma fille.






