Les enfants sont venus me rendre visite et m’ont traitée de mauvaise maîtresse de maison.
La veille de mon anniversaire, je commençai à préparer les plats pour la fête. J’ai demandé à mon mari de peler les légumes et de couper les salades en petits morceaux, pendant que je faisais revenir la viande et préparais les autres mets moi-même. Je pensais sincèrement avoir concocté de délicieux plats qui réjouiraient toute ma grande famille. Le matin de mon anniversaire, mon mari et moi sommes allés à la boulangerie-pâtisserie du quartier pour acheter un grand gâteau, bien frais, dont je savais que mes petits-enfants raffoleraient.
Les premiers arrivés furent mon fils Paul, avec sa belle-fille Sophie et leur petit Jules, suivis de ma fille aînée, Amélie, accompagnée de ses deux enfants, puis de ma cadette, Camille, venue avec son mari et leurs enfants. Tout le monde prit place autour de la table, faisant cliqueter leurs couverts avec entrain. Chacun semblait se régaler et il y avait de quoi satisfaire tout le monde. Les petits-enfants étaient si repus qu’ils laissèrent l’empreinte de leurs mains sales sur le papier peint, tandis que les adultes réussirent à tacher la nappe du dimanche. À l’heure du thé, ma fille aînée lança soudain :
Tu n’as pas mis grand-chose sur la table Nous avons mangé, et alors ?
Sa remarque me toucha profondément, même si elle disait cela en plaisantant et que les autres riaient. Jen fus blessée. Cest vrai que jessaie toujours de préparer quelque chose à emporter pour les enfants, mais cuisiner pour une famille aussi nombreuse est difficile, surtout avec mes petites casseroles, mon vieux four et ma pension de retraite qui ne me permet pas de dépenser des fortunes pour une fête.
Ne tinquiète pas, ma chère, me souffla doucement mon mari alors que nous rapportions le gâteau du salon. Tout était très bon, cest pourquoi il nen reste pas. Si elles veulent plus, tu nas quà partager tes recettes, elles nauront quà se mettre aux fourneaux à leur tour ! Et puis, la prochaine fois, quils pensent à apporter quelque chose aussi. Ils sont nombreux et nous ne sommes que deux.
À ce moment-là, jai compris que le plus important nétait pas la quantité ou la sophistication de ce quon partage à table, mais lamour et leffort quon y met. En famille, ce sont ces moments de partage et de complicité qui restent dans nos cœurs bien plus longtemps que le parfum dun plat ou la douceur dun gâteau.







