Je suis devenu deux fois père par gestation pour autrui : aujourdhui, mes filles et moi avons tout ce quil faut pour vivre confortablement.
Jai donné naissance à ma première fille, Camille, alors que je navais que dixhuit ans. Cette première mise au monde sest déroulée sans la moindre frayeur, ce qui ma fait comprendre que laccouchement nest pas un monstre. À lépoque, la gestation pour autrui était déjà bien répandue, et je lai envisagée sérieusement.
Ma famille nétait pas fortunée. Mes parents peinaient à subvenir aux besoins de leurs six enfants. À dixsept ans, je me suis marié avec Julien. Avec mon mari et ma petite Camille, nous peinions à joindre les deux bouts. Sans argent et sans logement à nous, nous devions nous débrouiller tant bien que mal. Jai alors pensé à la gestation pour autrui. Julien na jamais soutenu mon idée, malgré tous mes efforts pour le convaincre, car il voyait cela comme la solution à nos soucis financiers.
Quelques mois plus tard, nous avons eu un deuxième enfant, Léa. La situation sest aggravée ; Julien na pas supporté la pression et a quitté le foyer. Je me suis retrouvée seule avec deux bambines. Heureusement, ma mère et mes sœurs sont intervenues : pendant que je travaillais, elles soccupaient de Camille et Léa. Mais les fins de mois restaient toujours serrées. Jai donc décidé de concrétiser le projet qui me trottait dans la tête depuis des années.
Je me suis rendue à Bruxelles, où jai postulé dans une agence de gestation pour autrui. Plusieurs tentatives dimplantation dembryon ont eu lieu, mais aucune na abouti. La dernière grossesse sest soldée par une fausse couche.
De retour à la maison, jai pensé à tout abandonner. Six mois plus tard, jai vu une annonce en ligne : une clinique belge proposait des conditions avantageuses. Jai appelé, pensant que cela valait le coup dessayer. Si cela fonctionnait, tant mieux ; sinon, ce serait le destin.
Cette fois, tout sest déroulé comme prévu. Pendant douze mois, nous avons vécu dans un bel appartement dun immeuble récent. Les futurs parents du bébé que jallais porter ne se sont pas montrés avares : ils nous ont offert des produits gastronomiques, des jouets pour nos filles, et ont réglé nos sorties cinéma et zoo. Au bout de neuf mois, jai donné naissance à un petit garçon en pleine santé.
Nous sommes rentrés à notre ville natale, Lyon. La somme perçue pour la gestation a suffi à acheter un deuxpièces dans notre quartier. Nous avions encore toute une année devant nous, sans vouloir nous priver de rien.
Deux ans plus tard, je suis redevenue mère porteuse pour une famille chinoise.
Aujourdhui, mes filles et moi habitons une grande maison où elles ont tout ce dont elles rêvent. Certains me jugent, mais je ne vois aucun tort à offrir à ma famille des conditions de vie décents, même si cela passe par la gestation pour autrui.







