Quand l’amour est véritable, la raison s’envole

Quand on aime vraiment, on perd la tête

Anne, si on retournait vivre au village? Je narrive pas à mhabituer à la vie citadine, ça fait trois ans quon y est et je me sens étrangère. Lair pur, la campagne et si tu y donnais naissance à notre enfant? proposait Jean à sa femme.

Pierre, tu ne vas pas le croire, mais hier jy ai pensé aussi: je reprendrai mon poste à lécole du village, et peutêtre changer denvironnement nous fera du bien? répondit Anne.

Ma petite Anne, ma chérie, cest décidé! conclut Jean.

Jean et Anne sétaient mariés il y a quatre ans. Après avoir terminé ses études à luniversité de Lyon, elle était venue vivre avec lui dans le petit hameau de SaintPierrelesAlpilles et enseignait au collège local. Cest là que leur grand amour sest éveillé, puis ils se sont unis.

Après un an passé ensemble au village, Anne dut retourner à la ville : sa mère, gravement malade, avait besoin delle, et ils sétaient donc installés en périphérie de Lyon. Lan passé, la mère dAnne est décédée.

Jean et Anne vivent à présent en harmonie, ils saiment profondément, mais labsence denfant les attriste tous les deux. Anne a passé des examens, mais les médecins affirment que tout va bien.

Ils rassemblèrent leurs affaires en hâte, firent appel à un camion et revinrent dans la vieille maison de la mère de Jean, qui vivait encore seule.

Grâce à Dieu!sexclama Marie, la bellemère, en brandissant les cartons,vous navez pas pensé à rester ici pour toujours? Jai prié chaque soir, et le Seigneur a entendu mon appel. La chambre est libre, prenezvous, il y a assez de place pour tout le monde. Vous vous souvenez, ton père, Pierre, est parti lan dernier il me manque. Jai supplié le Bon Dieu de vous ramener. Et voilà

Jean retrouva un poste dans latelier de mécanique du village, où il fut accueilli à bras ouverts, et Anne reprit son enseignement.

Bonjour, Madame Dupont!sécria le directeur de lécole, Monsieur Fédor, tout content,cest une bonne nouvelle que vous soyez de retour, il y a toujours peu de postes ouverts ici.

Le vendredi soir, Marie organisa un festin chez elle, sachant que les voisins, les amis de Jean, les élèves et leurs parents viendraient. Tous étaient ravis du retour dAnne, que tout le monde appelait affectueusement «Annie». Le plus enthousiaste était Sébastien, que la maîtresse avait tiré dun «marécage»en dautres termes, dune bouteille abandonnée.

Personne au village ne croyait quil arrêterait de boire, mais Anne y mit du sien. Sébastien fit irruption dans la cour de Marie, vit Jean et son frère aîné, les serra fort dans ses bras, oubliant même de dire bonjour.

Jean, cest vrai? On raconte que vous êtes revenus habiter notre campagne avec Annie! Tu es un des nôtres, elle est la maîtresse de la ville!

Nous sommes de retour pour toujours, répliqua Jean en tapotant lépaule de Sébastien.

Où est Annie? demanda-til.

Jean hocha la tête, Sébastien se précipita dans la maison, vit Anne, la prit dans ses bras, tourna plusieurs fois autour delle et la posa sur le sol.

Annie, ma chère Annie!sécria-til, quel bonheur!

À la porte, Jean, le sourire aux lèvres, ajouta:

Je lai enfin compris, jattends votre visite chez nous. Ma petite Véronique sera ravie. Je dois filer chez moi, jai promis de moccuper de ma femme et de ma fille. Revenez demain, ne manquez pas!Il sélança hors de la maison.

Elle ne boit plus?demanda Anne à sa bellemère.

Non, jamais depuis. Elle adore notre petite, elle a déjà presque deux ans.

Comment sappelleelle?

Anne, cest évident! sesquissa un sourire de Marie.

Anne? Comme moi?

Pas comme toi, mais en ton honneur, répliqua Sébastien, tu las gardée comme une petite princesse Personne ne croyait que tu puisses transformer ce garçon en homme.

Le lendemain, Anne et Jean rendirent visite à Sébastien. Sa femme Véronique préparait la table, et une petite poupée aux boucles semblables à celles de Sébastien, aux yeux bleus, sortit timidement dune petite chambre.

Regarde, ma fille, qui vient, dit Sébastien, on lappelle loncle Jean, et la tante, comme toi, Anne.

Bonjour, petite Anny, sassit Anne et lui tendit la poupée.

La fillette serra la poupée contre elle, prit la main dAnne et lentraîna dans la chambre.

Jean, tu as perdu ta femme, sesclaffa Sébastien, elle a plu à notre fille; personne ne la comprend, mais elle sent la bonté en toi.

La maisonnée sagrandit dune dizaine de convives, puis dautres villageois, attirés comme un parfum de fête. Chacun apporta tartes, confitures, cornichons, un peu de liqueur, et même un accordéon. Lambiance était joyeuse dans la maison de Sébastien.

Sébastien se leva pour porter un toast à larrivée de Jean et dAnne, verre à la main mais sans boire, car tout le monde sait quil a renoncé à lalcool.

Moi, parmi vous tous, je dois tout à Anne Dupont, notre chère Annie. Tout le monde se souvient du rôle que tu as joué dans ma vie morne. On murmurait derrière mon dos: «Encore un aller chez la maîtresse, en plein jour, quelle fille bien élevée!» Cétait vrai? demandatil en regardant les villageois, et il soffrit déjà la réponse: «Oui, cest vrai» Nous avons vu que, parfois, entre un homme et une femme, il y a plus quune simple aventure; il y a une vraie amitié, pure, humaine. Et, secrètement, jai toujours aimé Véronique. Personne ne le savait.

Les villageois acquiescèrent, rappelant les nombreuses discussions de lépoque.

Je noublierai jamais le premier jour où Anne est venue me parler, me demandant daider les élèves à construire des nichoirs, en insistant pour que je reste sobre. Javais envie de boire, mais je lui promis de tenir parole. Jai construit deux nichoirs, pensant que cela ne nuirait pas, puis jai craint quelle me redemande autre chose que je ne pourrais pas faire. Jétais anxieux, mais je nai jamais bu, confia Sébastien.

Puis Anne revint, me demanda encore quelque chose, et je pus laider. Le désir de boire grandit, parfois presque insoutenable, mais je me retenais, de peur quelle me voie ivre. Jai finalement suivi son conseil, passé le permis, trouvé un travail; depuis, je tourne le volant sobrement. conclutil en souriant.

Quand Annie est partie en ville avec Jean, jai compris que nimporte qui aurait pu faire les nichoirs, mais elle me tirait doucement vers la lumière, un pas à la fois. Elle est mon ange gardien, celle qui a cru en moi. Merci du fond du cœur, ajoutail, tandis quAnne souriait et que la salle éclata en applaudissements.

Quand Dieu a voulu que je me relève, il ma donné la force davancer comme tout le monde, sans ramper. Il me manquait tant, Annie Mais à ce moment-là, tout sest arrangé avec Véronique, nous sommes mariés, elle a cru en moi, et grâce à elle, à notre fille, je dois tout à Anne Dupont. Aimonsla, protégeonsla, car son cœur est bon. Jean, bravo, je tadmire. Tu laimes, elle taime. Tout ira bien.

Le temps passa. Jean travailla à la ferme, Anne soccupa des enfants à lécole. Un jour, elle rentra pâle, les jambes faibles, seffondra sur le canapé.

Annie, que se passetil? sétonna Marie, jamais je ne tai vue dormir ainsi le jour. Tu te sens mal?

Je ne sais pas, je suis nauséeuse, tout me semble flou.

Marie comprit aussitôt.

Attends, tu ne serais pas enceinte, ma petite?

Je nai plus despoir

Ne désespère pas, il faut toujours garder lespoir. Demain matin, allons voir le médecin du canton.

Quelques semaines plus tard, le médecin confirma: «Félicitations, vous attendez un bébé».

Jean rentra du travail, trouva sa femme rayonnante à la porte.

Alors, sécriatil, je vois la joie sur ton visage, pas besoin de mots.

Le temps sécoula. En soirée, on emmena Anne à la maternité du canton; Jean laccompagna. Elle donna naissance à un petit garçon. Au petit matin, Marie, venue voir, aperçut le nouveau-né sur un banc et sassit.

Maman, tout va bien, cest notre fils, ma mère, je narrive pas à croire que tout cela marrive. Jaime tellement Anne, parfois cela me fait peur, cette passion dévorante. Estce normal?

Cest normal, mon fils. Quand on aime vraiment, on perd la raison, répondit la mère avec un sourire.

Nous ramènerons Anne et le bébé à la maison, je laiderai, pensa la mère en regardant son fils. Il était grand à lextérieur, mais gardait une âme denfant.

Tout était paisible, tout le monde était heureux. Quelques mois plus tard, Anne eut aussi une petite fille, apportant encore plus de joie.

Jean, diplômé à distance de luniversité, était maintenant chef agronome de la coopérative locale. On proposa à Anne de devenir directrice de lécole, mais son cœur ny était plus; elle préférait rester auprès de ses enfants et de son mari.

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