J’en ai assez de vous porter tous sur mon dos ! Pas un centime de plus — débrouillez-vous pour vous nourrir comme bon vous semble !” s’écria Yana en bloquant les cartes.

Salut ma chère, laisse-moi te raconter ce qui sest passé chez nous, histoire de vider mon sac.

«Jen ai marre de te porter sur le dos! Plus un seul souallez, servezvous comme vous voulez!», a crié Marion en bloquant la carte.

Elle a poussé la porte de lappartement et a tout de suite entendu les voix depuis la cuisine. Son mari Pierre était en pleine discussion avec sa mère, Madame Géraldine, qui était arrivée ce matin et sétait installée, comme dhabitude, à la petite table.

«Alors, cest quoi le problème avec la télé?», a demandé Pierre.

«Elle est vraiment vieille, limage est ratée, le son saute. Ça aurait dû être changé il y a longtemps.», a râlé Géraldine.

Marion a enlevé ses chaussures et est allée dans la cuisine où Géraldine sirotait son thé, tandis que Pierre jouait avec son téléphone.

«Ah, Marion, tu arrives!», a lancé Pierre, tout content. «On parlait de la télé de maman.»

«Questce qui ne va pas?», a demandé Marion, épuisée.

«Elle est totalement HS. Il nous faut une nouvelle.», a répondu Géraldine.

Pierre a posé son téléphone et a tourné son regard vers sa femme.

«Cest toujours toi qui paies ce genre de choses. Achète une télé à maman, on ne veut pas toucher à notre argent.»

Marion a gelé en enlevant son manteau. Il a dit ça comme sil demandait un pain à la boulangerie.

«Moi non plus, ça me branche pas. Et toi?», a rétorqué Marion.

«Ben, tas un bon travail, tu gagnes bien, alors que mon salaire est tout petit.»

Elle la regardé, cherchant à savoir sil plaisantait. Son visage était sûr de lui, comme sil venait de lire la dernière parole dun décret.

«Pierre, je ne suis pas une banque», a dit Marion calmement.

«Allez, cest juste une télé.»

Elle sest assise à la table et a repensé aux derniers mois. Qui a payé le loyer? Marion. Les courses? Marion. Les factures délectricité, deau, de gaz? Marion encore. Les médicaments de Géraldine, qui se plaignait sans cesse de sa tension et de ses articulations? Marion. Et le prêt que Géraldine avait souscrit pour des travaux? Elle la arrêté après trois mois et cest Marion qui a repris les mensualités.

«Tu te souviens de quelque chose?», a demandé Pierre.

«Je me souviens bien qui finance tout depuis deux ans.»

Géraldine a sauté dans la conversation :

«Marion, cest à toi de tenir la maison, cest normal de prendre en charge la télé de la maman de Pierre. Cest pour la famille.»

«Pour la famille?», a répété Marion. «Et où est la famille quand il faut mettre de largent de côté?»

«On ne fait rien, nous!», a protesté Pierre. «Je travaille, et maman aide à la maison.»

«Aider à la maison?», a rétorqué Marion. «Géraldine vient juste prendre le thé et raconter ses soucis.»

La bellemaman sest fâchée.

«Que veuxtu dire «juste parler»?Je te donne des conseils pour bien gérer la famille.»

«Des conseils sur comment je dois tout payer?»

«Qui dautre le ferait?», a demandé Pierre, authentiquement surpris. «Tu as un travail stable, un bon salaire.»

Marion la observé, réalisant quil pensait que cétait normal que sa femme porte toute la charge financière.

«Et toi, questce que tu fais de ton argent?»

«Je lépargne, au cas où.»

«Au cas où quoi?»

«On ne sait jamais, une crise, un licenciement, il faut un coussin.»

«Et mon coussin où estil?»

«Tu as un emploi sûr, ils ne ten renvoient pas.»

Marion a gardé son calme : «Peutêtre quil est temps que vous, toi et ta mère, décidiez vous-mêmes ce que vous voulez acheter et avec quel argent.»

Pierre a souri dun air narquois. «Pourquoi parler comme ça?Tu gères largent comme une pro, et on essaie déjà de ne pas talourdir.»

«Pas malourdir?Tu crois vraiment que je ne porte pas le poids de tout le monde?»

«On ne vous demande pas dacheter un truc tous les jours, seulement quand cest vraiment nécessaire.»

«Une télé, vraiment nécessaire?»

«Bien sûr!Comment vivre sans les infos, les séries?»

«On peut tout voir en ligne.»

«Je comprends rien à internet, il me faut une vraie télé.»

Marion a vu que la discussion tournait en rond. Elle a compris quils croyaient tous que cétait son devoir de financer leurs petites envies, pendant quils serraient chaque centime pour eux.

«Très bien, dismoi combien coûte la télé que vous voulez.»

«On peut en trouver une décente à cinq cents euros, grande, avec internet.»

«Cinq cents euros?»

«Oui, pas plus.»

«Pierre, saistu combien je dépense chaque mois pour notre foyer?»

«Beaucoup, sûrement.»

«Environ huit cents euros: loyer, courses, factures, les médicaments de Géraldine, son prêt.»

Pierre a haussé les épaules. «Cest la famille, cest normal.»

«Et toi, que metstu dans le panier?»

«Parfois du lait, du pain.»

«En fait, tu dépenses au plus cinq dizaines deuros par mois pour la famille, et même pas chaque mois.»

«Je garde ça pour les jours de pluie.»

«Pour qui, pour toi?»

«Pour nous deux, bien sûr.»

«Pourquoi cet argent restet-il dans ton compte perso et pas dans le compte commun?»

Pierre est resté muet, Géraldine aussi.

«Madame Géraldine, vous dites que votre fils subvient aux besoins de la famille?»

«Avec quoi?»

«La dernière fois que Pierre a acheté des courses, cétait il y a six mois, et seulement parce que jétais malade.»

«Mais il travaille!»

«Et je travaille, mais mon salaire va à tout le monde, le sien ne va quà lui.»

«Cest comme ça, les femmes gèrent le foyer.»

«Gérer le foyer ne veut pas dire porter tout le monde sur le dos.»

«Alors, que proposestu?»

«Que chacun se finance.»

«Comment ça marcherait?Vous ne voulez plus dune famille?»

«Une vraie famille, cest quand chacun contribue équitablement, pas quand une seule personne paie tout.»

Pierre avait lair perdu. «Une «budget commun»?Cest quand les deux mettent de largent dans le même pot.Et nous, on a quoi?Moi, jy mets mon argent, et toi, tu le gardes pour toi.»

«Exactement, cest ton argent.Quand on a besoin de quelque chose, tu le dépenses pour toi, pas pour nous.»

«Tu le sais?»

«Oui, je le sais. Ta mère a besoin dune télé, tu as cinquante euros de côté. Tu lachèteras pour elle?»

Pierre a hésité. «Cest mon épargne.»

«Exactement, la tienne.»

Géraldine a tenté de reprendre le dessus : «Marion, tu ne devrais pas parler ainsi à ton mari. Un homme doit se sentir chef de famille.»

«Et le chef doit soutenir la famille, pas vivre aux dépens de sa femme.»

«Pierre ne vit pas sur tes sous!» a protesté Géraldine.

«Si, il le fait depuis deux ans: je paie le loyer, la bouffe, les factures, tes médicaments et ton prêt. Il ne fait que garder son argent pour ses besoins.»

Pierre a justifié : «Cest temporaire, on traverse une crise.»

«Ça fait trois ans quon vit en crise, et chaque mois il déplace davantage de dépenses sur moi.»

«Je ne les déplace pas, je demande de laide.»

«Aide?Tu as payé le loyer le moins une fois ces six derniers mois?»

«Non, mais»

«Tu as acheté des courses?Parfois.«Acheter du lait une fois par mois ne compte pas comme faire les courses.»

«Bon, daccord, jai pas fait. Mais je travaille, japporte de largent.»

«Tu lapportes et tu le mets direct dans ton compte perso.»

«Je le garde pour lavenir.»

«Pour ton avenir.»

Géraldine a de nouveau sauté : «Questce qui ta pris?Tu ne te plaignais jamais.»

«Je pensais que cétait temporaire, que Pierre finirait par partager les charges.»

«Et maintenant?»

«Je réalise que je suis utilisée comme une vache à lait.»

Pierre a explosé : «Comment osestu dire ça!»

«Comment appeler ça quand une personne supporte tout le monde et quon lui demande encore des cadeaux?Une télé, cest un «besoin»?»

«Oui, cest un besoin pour maman!»

«Alors que maman la paye avec sa pension, ou que tu la payes avec tes économies.»

«Sa pension est petite!»

«Et mon salaire nest pas en caoutchouc, il a une limite.»

«Tu peux le faire, mais tu ne veux pas.»

Silence. Pierre et Géraldine se sont regardés.

«Questce que ça veut dire «je ne veux pas»?» a demandé Pierre doucement.

«Ça veut dire que jen ai assez de soutenir toute la famille toute seule.»

«Mais on est une famille, on doit sentraider.»

«Exactement, sentraider, pas quune seule personne porte tout.»

Marion sest levée, a compris quils la voyaient comme un distributeur de billets.

«Où vastu?» a demandé Pierre.

«Faire ce quil faut.»

Sans un mot, elle a sorti son téléphone, a ouvert lapplication bancaire et a bloqué la carte commune que Pierre pouvait utiliser. Elle a transféré toutes ses économies dans un compte quelle avait ouvert un mois auparavant, «juste au cas où».

«Questce que tu fais?», a demandé Pierre, inquiet.

«Je règle mes affaires financières.»

Pierre a essayé de jeter un œil, mais Marion a tourné lécran. En cinq minutes, tout largent était dans son compte personnel, inaccessible à Pierre ou à Géraldine.

«Marion, questce qui se passe?», a demandé Pierre, alarmé.

«Ce qui aurait dû arriver il y a longtemps se passe enfin.»

Elle a désactivé définitivement laccès de tous, sauf le sien. Pierre est resté bouchebée, ne comprenant pas lampleur de la chose.

Géraldine a bondi de sa chaise.

«Questce que tu as fait?On va se retrouver sans argent!»

«Vous garderez ce que vous gagnerez vousmêmes.»

«Et la famille, le budget commun, où ça passe?»

«Il ny a jamais eu de vrai budget commun, il ny avait que mon budget que vous ponctionniez.»

«Tu as perdu la tête!Nous sommes une famille!»

Dune voix posée, Marion a déclaré :

«À partir daujourdhui, je vis séparément. Je ne suis pas obligée de financer vos caprices.»

«Des caprices?Ce sont des dépenses nécessaires!»

«Une télé à quarantecinq euros, cest vraiment nécessaire?»

«Pour maman, oui!»

«Alors que maman lachète avec sa pension, ou que tu la paies avec tes économies.»

Géraldine a couru vers son fils :

«Pourquoi tu restes silencieux?Faisle entrer!Cest ta femme!»

Pierre a marmonné quelque chose, évitant le regard de Marion. Il savait quelle avait raison, mais il ne voulait pas lavouer.

«Pierre, pensestu vraiment que je devrais subvenir aux besoins de toute ta famille?»

«Nous sommes mari et femme.»

«Mari et femme, cest un partenariat, pas un scénario où lun paye tout.»

«Mon salaire est plus petit!»

«Il est plus petit, mais tes économies sont plus grosses parce que tu ne les dépenses pas.»

Pierre est resté muet. Géraldine, voyant quelle narrivait pas à le pousser, a changé de ton.

«Marion, parlons calmement. Tu as toujours été gentille, toujours aidante.»

«Jai aidé jusquà réaliser que jétais exploitée.»

«On ne texploite pas, on tapprécie.»

«Apprécier pour quoi?Pour payer toutes les factures?»

«Pour soutenir la famille.»

«Je ne soutiens pas une famille, je soutiens deux adultes qui peuvent travailler et gagner leurs propres sous.»

Le lendemain, Marion est allée à la banque, a ouvert un compte à son nom et a imprimé les relevés des deux dernières années, montrant que tout largent était parti pour son mari et sa mère : courses, loyer, factures, médicaments, prêt. Tout était sur son compte.

De retour à lappartement, elle a sorti une grande valise et a commencé à emballer les affaires de Pierre : chemises, pantalons, chaussettes, tout bien rangé.

«Questce que tu fais?», a demandé Pierre en rentrant du travail.

«Jemballe tes affaires.»

«Pourquoi?»

«Parce que tu ne vis plus ici.»

«Comment ça, je ne vis plus?Cest aussi mon appartement!»

«Lappartement est à mon nom, je décide qui y reste.»

«Mais nous sommes mari et femme!»

«Pour le moment, oui. Mais pas pour longtemps.»

Elle a roulé la valise dans le couloir, a tendu la main.

«Les clés.»

«Quelles clés?»

«Celle de lappartement, les doubles.»

«Tu es sérieuse?»

«Absolument.»

Pierre, à contrecoeur, a remis les clés. Marion a vérifié le jeu principal et le double.

«Ta mère a des clés?»

«Oui, elle vient parfois.»

«Appellela, demandelui de les rendre.»

«Pourquoi?»

«Parce que Géraldine na plus le droit dentrer chez moi.»

Une heure plus tardDepuis ce jour, Marion vit enfin sereine, maîtresse de ses finances et de son avenir.

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