«Je ne sais plus quoi faire. Mon fils défend toujours sa femme, même quand elle a tort!»
«Je suis à bout, je ne sais plus où donner de la tête», sanglote à voix tremblante la soixanteans «Luce Albertine». «Mon fils, Michaël, ne cesse jamais, jamais, de prendre le parti de sa femme. Quoi quil arrive, quoi que je dise, il me répond dun geste: «Maman, ne ten fais pas, Océane saura se débrouiller. Elle nest pas idiote.» Il trouve toujours une excuse pour elle, même lorsquelle est manifestement dans lerreur!»
Océane, la bru de Luce, na que vingthuit ans. Avec Michaël, ils élèvent un petit garçon dun an et demi, vivent séparés dans un appartement acheté à crédit à Paris. Océane est en congé maternité, seul Michaël travaille. Ils mènent une existence modeste, sans extravagance, mais suffisante.
Pour la bellemère, Océane est intolérable.
«Quand Michaël ma présenté Océane pour la première fois, jai eu la bouche bée,» se souvient Luce. «Des ongles longs et artificiels, un tatouage au cou, une jupe courte, des talons qui semblent sortir dun podium. Et ces lèvres on voit quelles ont été retouchées. Jai cru quil plaisantait. Mon fils ne peut pas sérieusement fréquenter une fille si frivole, pour le dire gentiment.»
Un mois plus tard, ils se sont mariés. Selon Luce, même le jour du mariage Océane affichait un look provocateur: jupe en cuir, haut scintillant, maquillage de scène. Michaël était rayonnant, et Luce décida de rester en retrait, de «ne pas intervenir».
Au début, elle parlait à peine à la bru, se contentant dappeler son fils deux fois par mois pour prendre des nouvelles. Tout changea il y a un an et demi, lorsque le petit Paul vint au monde.
«Je suis arrivée le deuxième jour après la sortie de lhôpital, et que voir?» raconte-t-elle. «Océane venait de faire une pose de manucure. Je lui lance: «Océane, tu perds la tête? Cest dangereux pour le bébé!» Elle rétorque: «Tout est sous contrôle, je gère.» Je me tourne vers Michaël, qui me répond: «Maman, ne te mêle pas de nos affaires.» Et cest toujours la même chose: chaque parole se heurte à «Ne timmisce pas.»
Luce a tenté d«éduquer» sa bru par des conseils, des remarques, des reproches. Océane restait de marbre, refusant toute justification.
«Quand je passe chez eux, cest le chaos. Je dis: «Océane, prépare une soupe pour le petit, il travaille.» Elle me répond: «Michaël ne mange pas de soupe.» Comment? Elle a déjà mangé! Cest juste la flemme! Si elle cuisinait correctement, il aurait à la fois soupe et borscht.»
Luce a essayé de parler à son fils, mais Michaël, comme à chaque fois, sest rangé du côté de sa femme.
«Maman, arrête de chipoter. Tout va bien. Océane est une bonne mère.»
«Bonne?», sexclame Luce. «Elle ne lâche jamais son téléphone! Je ne lai pas vue sans son écran! Elle fait défiler Instagram même quand le bébé est à côté.»
Le point de rupture survint sur le terrain de jeu.
«Je sonne à leur porte, silence total. Je me dis quils sont peutêtre dehors. Jarrive sur le petit carré près de limmeuble, et là, Paul creuse dans le sable pendant quOcéane, assise, a les yeux rivés sur son écran. Je mapproche, je vois le fils près de la clôture. Soudain, il se met à courir vers moi, sourit, crie «Grandmère!». Et Océane, même en tournant la tête, na pas vu le garçon sélancer sur la chaussée! Les voitures sont rares ici, mais le danger était réel.»
«Dieu merci,» murmure-t-elle, la voix tremblante, «il ny avait pas de voiture à ce momentlà.» Elle attrape lenfant, court vers Océane, qui reste figée, comme sous une transe. Luce lui lance: «Si tu ne poses pas ce téléphone maintenant, je le jette à lasphalte! Estu une mère ou quoi?»
Océane se lève dun bond, serre Paul, senfuit. Le petit pleure, cherche Luce, mais la porte se referme brutalement et ne souvre plus.
«Jai appelé Michaël,» poursuit Luce, «je lui ai tout raconté. Il ma rétorqué: «Maman, tu vas trop loin. Calmetoi. Océane sen sort.» Comment peutil dire cela? Jai tout vu de mes propres yeux! Il ne me croit pas. Maintenant, plus aucun appel, plus aucune porte ouverte. Un mois sest écoulé. Jignore ce quelle lui a répété, mais je ne veux quune chose: que mon petitenfant soit en sécurité.»
Luce se pose alors la question fatidique:
«Et si elle avait raison? Et si jaurais dû me taire? Mais je ne peux pas rester muette quand il sagit dun enfant! Je suis mère, je suis grandmère.»
Aujourdhui, elle nest plus quune femme solitaire, le téléphone éteint, le fils quelle a élevé vivant désormais du côté de sa femme. Toujours du côté dOcéane. Toujours.







