Le fiancé m’a présenté à sa mère, et elle m’a remis une liste de 30 devoirs à respecter.

Le fiancé a présenté la mère, et celleci ma tendu une liste de trente exigences.
Marinette Lefèvre, vous avez perdu la tête ? Cest du grand nimporte quoi !

Rien dabsurde, Amélie. Je dis simplement ce que je pense.

Mais on ne peut pas balancer à son patron que ses décisions sont idiotes, non ?

Marinette se pencha en arrière dans son fauteuil de bureau, un sourire en coin. À trentecinq ans, elle avait appris à ne plus se taire quand quelque chose clochait. Amélie, sa collègue et amie, tripotait nerveusement son stylo, guettant la porte.

Amélie, si on reste muettes, on ne sera plus prises au sérieux. Le nouveau projet est une vraie bâclée, et je le dis.

Et maintenant ?

Rien. Quils se débrouillent. Jai exprimé mon avis, conscience tranquille.

Amélie secoua la tête et retourna à son ordinateur. Marinette remarqua trois appels manqués de Guillaume. Un sourire sesquissa. Guillaume était entré dans sa vie il y a six mois, et tout avait changé depuis. Après un mariage raté qui sétait terminé cinq ans plus tôt, elle ny avait plus cru. Mais Guillaume était différent: attentif, prévenant, fiable.

Elle le rappela.

Salut, mon soleil. Comment ça va ?

Normal. Je viens de me prendre une claque avec le patron.

Tu ne changes jamais, dit-il avec un rire dans la voix. Écoute, jai besoin de te parler sérieusement.

Quoi?

Rien de grave. Juste ma mère veut me présenter à toi. Ce weekend, on va chez elle.

Marinette resta figée. La rencontre avec la bellemère, cest du sérieux. Guillaume parlait souvent de Madeleine Dubois, 68 ans, veuve, qui vit seule dans une maison de campagne. Daprès lui, cest une femme stricte mais juste.

Tes sûr ? On nest pas encore prêts.

Marin, ça fait six mois quon est ensemble. Il est temps. Ma mère me demande sans cesse quand je la présenterai à la femme dont je parle tout le temps.

Daccord, sussuretil. Samedi?

Oui. Je passe te prendre à dix heures, et tinquiète pas, tout ira bien.

Le reste de la semaine fut consacré aux préparatifs. Marinette acheta une robe sobre, bleu marine, migenou. Elle choisit un petit cadeau: une boîte de bons chocolats et un bouquet de chrysanthèmes, ses fleurs préférées.

Vendredi soir, elle appela Amélie.

Tu imagines, demain je vais rencontrer la mère de mon copain.

Oh la vache! Tu flippes ?

À mort. Et si elle ne maimait pas?

Allez, tes géniale. Questce qui pourrait ne pas lui plaire ?

Je sais pas. Il dit quelle est stricte, et si elle me trouve pas à la hauteur

Ne te fais pas de bile, ça ira.

Malgré tout, Marinette était nerveuse. Elle dormait mal, se levait plusieurs fois pour boire de leau. Le matin, elle hésita entre laisser ses cheveux lâchés ou les attacher; elle opta finalement pour un chignon soigné.

Guillaume arriva pile à dix heures, élégant en pantalon sombre, chemise blanche, veste. Marinette ne lavait jamais vu aussi formel.

Tu es ravissante, ditil en lembrassant sur la joue.

Merci, toi aussi. Tu as lair dun futur marié.

Il esquissa un sourire étrange, puis se tut.

Le trajet dune heure fut ponctué de discussions sur le travail et les congés; Marinette nécoutait quà moitié. Plus ils approchaient de la maison de la mère, plus le trac montait.

La demeure était grande, à deux étages, avec un jardin bien entretenu. À la porte dentrée les attendait déjà Madeleine, haute, élégante, en tailleur strict, les cheveux gris impeccablement coiffés.

Bonjour, maman, fit Guillaume en la baisant sur la joue. Voici Marinette.

Bonjour, Madame Dubois, tendit Marinette les fleurs et les chocolats. Enchantée de vous rencontrer.

Madeleine les scruta de la tête aux pieds, prit le présent, acquiesça.

Entrez, je vous en prie.

Lintérieur était dune propreté clinique, aucune poussière, chaque objet à sa place. Le salon affichait un mobilier massif, des photos de famille encadrées à luniforme.

Asseyezvous, ditelle en indiquant le canapé. Un thé?

Oui, merci.

Pendant que Madeleine se rendait à la cuisine, Marinette feuilletait les albums. Guillaume en tenue décole, en uniforme militaire, à son diplôme universitaire; toujours à ses côtés, la mère, le père napparaissant que sur les vieilles photos.

Mon père est mort quand javais quinze ans, murmura Guillaume.

Madeleine revint avec le plateau de thé, tout assorti.

Alors, Marinette, Guillaume ma beaucoup parlé de vous.

Jespère que surtout de bonnes choses.

Diverses, réponditelle en sirotant. Vous êtes comptable?

Oui, dans une entreprise de construction.

Étiezvous mariée?

Marinette serra les dents.

Oui, je suis divorcée depuis cinq ans.

Des enfants?

Non.

Pourquoi le divorce?

Guillaume se déroba.

Ma mère

Jai le droit de savoir avec qui mon fils sort, insista Madeleine, puis se tournant vers Marinette. Alors pourquoi?

Nos caractères ne collaient pas, réponditelle calmement.

Madeleine leva un sourcil.

Une excuse. La vraie raison?

Marinette prit une profonde inspiration.

Mon ex ma trompée, jai demandé le divorce.

Compris, acquiesça Madeleine. Et pas denfants?

Nous nen avons pas pu avoir.

Un problème de santé?

Guillaume hausse la voix.

Maman! Si elle a des problèmes de fertilité, je dois le savoir! Jai besoin de petitsenfants.

Marinette rougit, le visage chaud.

Je nai aucun problème de santé, déclaratelle.

Madeleine posa sa tasse, puis se leva.

Passons aux choses sérieuses. Vous ne le savez peutêtre pas, mais notre famille a des traditions. Si vous voulez rejoindre la tribu, il faut les connaître et les respecter.

Elle sapprocha du secrétaire, prit un dossier et revint, tendant à Marinette plusieurs feuilles reliées.

Questce que cest?

Une liste de exigences pour la future bru. Trente points. Lisez bien.

Marinette jeta un regard à Guillaume, qui fixait le sol. Elle déplia les papiers.

«Premier point: la bru doit rendre visite à la bellemère au moins deux fois par semaine.
Deuxième point: savoir préparer tous les plats du livre de recettes familial.
Troisième point: avoir au moins deux enfants dans les trois premières années de mariage.
Quatrième point: ne pas travailler après le premier enfant.
Cinquième point: soumettre tout achat important à la bellemère»

Ses yeux sécarquillèrent à chaque ligne, la liste touchait à lhabillement, la gestion du foyer, léducation des enfants, même la coiffure.

Cest une blague?

Pas du tout, rétorqua Madeleine, le regard glacé. Ma brulancienne fille de mon fils aînérespectait chaque point à la lettre.

Vous avez un fils aîné?

Il est mort dans un accident il y a trois ans, avec sa femme. Guillaume est maintenant mon unique enfant, et je ne laisserai pas un homme inadapté lépouser.

Marinette fixa Guillaume.

Tu savais?

Il hocha la tête, les yeux baissés.

Et tu nas rien dit?

Jespérais que maman changerait davis, ou que tu accepterais.

Marinette jeta les feuilles sur la table.

Cest du MoyenÂge, Guillaume!

Ne dramatisez pas, insista Madeleine. Ce sont des exigences raisonnables pour une femme décente.

Raisonnable? Le quinzième point dit que je dois vous remettre mon salaire!

Pour le budget familial, je répartirai les fonds correctement.

Le vingtdeuxième point minterdit de voir mes amies sans votre permission!

Une femme mariée na pas besoin de papotage.

Et le vingthuitième? Vivre chez vous une année après le mariage?

Pour vous apprendre à gérer la maison comme il faut.

Marinette secoua la tête, incrédule.

Cest de la folie. Comment astu pu mamener ici en connaissant tout ça?

Marin, parlons calmement

De quoi? De ce que ta mère veut faire de moi une esclave?

Madeleine se leva, le visage rougi.

Joffre des conditions honnêtes. En échange, vous avez un mari généreux, une vie confortable, une famille.

Je ne suis pas un objet à acheter!

Toutes les femmes se vendent, le prix varie, répliqua Madeleine dun ton glacial.

Marinette attrapa son sac.

Guillaume, ramènemoi à la maison, tout de suite.

Marin, attends

Si elle part maintenant sans accepter mes conditions, tout est fini entre vous, déclara la mère.

Guillaume se leva, regarda dabord sa mère, puis Marinette. Un suppliant au fond des yeux.

Marin, peutêtre tu réfléchiras? Tous les points ne sont pas obligatoires, on peut en discuter

Tous sont obligatoires, interrompit Madeleine. Aucun compromis.

Marinette fixa Guillaume, pris entre elle et sa mère, clairement du côté de la mère.

Ramènemoi à la maison, répétatelle doucement.

Le trajet de retour se fit dans le silence. Guillaume tenta plusieurs fois de parler, mais Marinette se tournait vers la fenêtre. En arrivant devant son immeuble, il sarrêta.

Marin, parlons.

De quoi? De tes mensonges?

Je nai pas menti! Je ne savais tout simplement pas comment le dire.

Tu mas offert des restaurants, des fleurs, des promesses damour, alors que tu savais que ta mère préparait cette liste.

Jespérais quelle changerait davis quand elle te connaîtrait mieux.

Elle ne veut même pas me connaître. Elle veut un robot qui exécutera ses ordres.

Maman est seule depuis la mort de son mari et de son fils, elle ne reste plus que moi. Je suis tout ce quelle a.

Et toi? Questce qui te reste, Guillaume, à part ta mère?

Il resta muet.

Tu as trentesept ans, tu es un homme adulte. Mais tu ne peux pas décider sans ta mère.

Ce nest pas vrai

Exactement, insista Madeleine. Et tu sais quoi? Je ne te hais même pas. Je plains juste ton sort.

Marinette sortit du véhicule, Guillaume la suivit.

Marin, attends! Je taime!

Elle sarrêta à lentrée, se retourna.

Si tu maimais vraiment, tu ne maurais pas soumise à cette humiliation. Adieu, Guillaume.

Elle claqua la porte, retira ses chaussures, seffondra sur le canapé. Les larmes montèrent, puis elle se retint. Finis les larmes pour des hommes qui ne méritent pas les siennes.

Le téléphone sonna. Cétait Amélie.

Alors, la mère a aimé?

Amélie, cétait un cauchemar.

Que sestil passé?

Marinette raconta tout, Amélie poussa un soupir.

Elle est folle! Et Guillaume? Il ta amenée comme un agneau à labattage.

Il dit quil maime.

Il aime sa mère. Toi, tu nes quun passetemps.

Ne dis pas ça.

Si, cest la vérité. Aucun homme normal ne laisserait ça passer.

Marinette savait quelle avait raison, mais le cœur nobéit pas. Elle aimait encore Guillaume, même si lamour ne séteint pas dun simple déclic.

Le soir, il envoya un message: «Marin, rencontronsnous, je texplique tout.» Elle ne répondit pas. Puis un autre: «Je parlerai à ma mère, je ferai baisser les exigences.» Toujours silence.

La nuit, il envoya: «Je ne peux pas vivre sans toi. Réponds.» Elle coupa le portable.

Le lendemain, au travail, elle se força à se concentrer sur les chiffres, mais lesprit revenait sans cesse à la liste de trente points. Comment, au XXIᵉsiècle, on pouvait encore imposer de telles exigences?

Marinette Lefèvre, un visiteur vous attend, annonça la secrétaire.

Qui?

Une dame âgée, affaire personnelle.

Marinette fronça les sourcils. Étaitce possible?

Dans la salle dattente, Madeleine était assise, costume strict, sac à main sur les genoux.

Que faitesvous ici?

Nous devons parler.

Il ny a rien à dire.

Il y a bien. Cinq minutes de votre temps.

Marinette voulait refuser, mais la curiosité lemporta. Elle invita la femme dans la salle de réunion.

Je vous écoute.

Madeleine sassit, redressa sa jupe.

Vous êtes partie sans entendre la fin.

Jai entendu assez.

Non, vous ne connaissez pas toute lhistoire.

Et je ne veux pas la connaître.

Mon fils aîné, André, sest marié contre ma volonté. Jai été contre sa femme, elle était frivole, sans prise. Ils se sont mariés, elle la trompé, il a pardonné, encore et encore, puis ils sont morts dans un accident. Elle venait dun amant.

Marinette resta muette.

Après leur mort jai trouvé leurs messages. Elle se moquait de moi, utilisait son argent, aimait un autre.

Je suis désolée

Je ne veux pas que lhistoire se répète. Guillaume est mon seul fils. Je dois le protéger.

Protéger? Vous létouffez!

Je prends soin de lui.

Vous avez transformé ce garçon en un pantin qui ne peut pas faire un pas sans votre approbation.

Jai fait de lui un homme respectable.

Un homme qui, à trentesept ans, vit chez sa mère et ne sait pas dire non.

Il nhabite pas chez moi, il a son appartement.

Mais vous décidez pour lui.

Madeleine se leva.

Cette discussion ne sert à rien. Mais souvenezvous, si vous nacceptez pas mes conditions, Guillaume trouvera une autre qui les acceptera.

Quil cherche, il trouvera sûrement une autre aussi soumise que lui.

Madeleine la regarda avec dédain et quitta la pièce. Marinette resta assise, le cœur lourd. Lhistoire du fils aîné expliquait beaucoup, mais ne justifiait pas de transformer la vie dMarinette, en posant enfin le dossier sur la table, sourit à la liberté renaissante qui souvrait devant elle, prête à écrire son propre chapitre.

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Le fiancé m’a présenté à sa mère, et elle m’a remis une liste de 30 devoirs à respecter.
J’étais la femme de ménage gratuite pour ma famille jusqu’à ce que, pour mon anniversaire, je parte à l’étranger pour affaires.