Pourquoi une mère aurait-elle besoin de deux chambres ? Elle vient d’avoir soixante-cinq ans. Elle recevra sans doute peu d’invités, et avec ses sœurs, elle peut tout aussi bien partager un thé dans la cuisine.

Cher journal,

Pourquoi maman auraitelle besoin de deux pièces? Elle a déjà soixantecinq ans. Elle ne recevra guère dinvités, et avec ses sœurs ses tantes elle pourra simplement prendre le thé dans la cuisine. Honnêtement, un petit studio suffit à ses besoins.

Louise Dupont savait pourquoi son fils et sa fille étaient venus chez elle. Le sujet était déjà passé à la bouche de Mathieu la semaine précédente, quand toute la famille sétait réunie pour fêter lanniversaire dAnémone, la petitefille de Louise.

Mathieu et Élise venaient à peine darriver, à peine avaientils franchi le seuil que la porte a retenti. Cétait la voisine qui sest introduite.

«Oh, ma petite Louise, je suis à la bourre. Tu as des invités?» bafouilla la dame dun certain âge.

«Ce sont les nôtres, Nina», répondit Louise. «Quy atil?»

«Ma machine à coudre sest de nouveau embourbée tout le fil est emmêlé, je narrive même pas à sortir la bobine. Je repasserai plus tard, désolée», ditelle en séloignant.

«Pas de souci, je vais vérifier rapidement, cest rien de grave», répliqua Louise.

Elle revint dans le salon, sadressa à Mathieu et à Élise :

«Je dois aller voir la voisine cinq minutes, vous pouvez passer à la cuisine la bouilloire est déjà sur le feu. Allez, prenez le petit plat!»

Louise régla son problème de couture en un clin dœil, puis se hâta de rentrer chez elle. En franchissant le vestibule, elle sarrêta, frappée par une phrase qui la toucha.

«Mathieu, jai tout étudié: cet appartement pourrait se vendre à au moins trois millions deuros, alors que le deuxpièces où maman va sinstaller ne dépasse pas le million.»

«Et tu veux quelle nous donne la différence? Un million pour chacun?», demanda Élise.

«Exactement, mais pas un million, deux cent mille de plus, ça fait mieux», répliqua Mathieu.

«Doù vatelle puiser cet argent?» sinterrogea Élise.

«Je tai déjà expliqué! Pourquoi maman auraitelle besoin de deux pièces? Elle a 65 ans. Elle ne recevra pas de visiteurs, et avec ses sœurs elle pourra simplement prendre le thé dans la cuisine.

Franchement, un studio suffit; on peut même en trouver un avec travaux pour six cent mille euros.»

«Je pensais à un logement plus central, dans un immeuble récent, proche des commerces et de la polyclinique», ajouta Mathieu.

«Peutêtre que maman refusera?», tenta de contester Élise.

«Pourquoi? Personnellement, je suis contre lidée quelle déménage. Mais si la vie ly pousse, quelle trouve un coin agréable pour elle.»

Louise, ces dernières années, songeait à retourner dans sa ville natale. Elle était arrivée en région lyonnaise à quarantecinq ans. À cet âge, on ne se fait plus beaucoup damies quelques connaissances, mais jamais la camaraderie de jeunesse.

Elle navait pas voulu quitter son foyer à lépoque : quitter ses enfants à lécole, partir pour une ville inconnue. Mais son mari avait reçu une belle offre dans une usine de la vallée du Rhône, et elle avait accepté.

Vingt ans sétaient écoulés : travail, famille, rares visites à Lyon. Il y a deux ans, son mari est décédé subitement. Les enfants avaient déjà leurs propres foyers, leurs propres vies, et Louise se sentait comme aspirée dans le vide. La retraite la rendue encore plus solitaire, et les appels de ses sœurs résonnaient plus fort.

Sans attendre la réponse dÉlise, Louise claqua la porte comme si elle venait darriver. Mathieu et Élise étaient déjà à la cuisine, le thé versé dans les tasses, la charlotte découpée sur le plateau que leur mère avait préparé avant darriver.

«Maman, estu sûre de vouloir déménager?», demanda Élise.

«Oui. Depuis que ton père nest plus, rien ne me retient ici. Vingt ans, cet endroit na jamais été mon chezmoi.»

«Rien ne te retient? Et nous? Nos enfants?», sétonna Élise.

«Vous avez vos vies, vos soucis. Je ne veux pas vous encombrer. Vos enfants sont grands, ils nont plus besoin de nounou. Pourquoi devraisje rester sur un banc avec dautres retraitées, baladeuse avec ma canne?»

«Quelquun trouve ça intéressant, moi pas. Que me restetil? Les livres et la télévision? Mes sœurs, mes nombreuses connaissances. Un petit village près de la ville, la maison familiale où toute la tribu se retrouve chaque été.»

«Je rêve déjà de revenir à ma ville, de marcher dans les rues et de croiser des visages familiers.»

«Et lappartement?», recentra Mathieu la conversation.

«Je le vends, jen achète un nouveau», répondit-elle.

«Puisje taiderais à le vendre?», proposa le fils.

«Je passerai par une agence. Lannonce est déjà en ligne, je commencerai à préparer les cartons.»

«Maman, je ne te le propose pas à la légère. Il y a beaucoup descrocs aujourdhui. On peut perdre argent et logement.», insista Mathieu.

«Ne ten fais pas. Cest Lise Caron, la femme de mon neveu Jean, le bras droit de mon mari, qui maidera. Elle dirige sa propre agence. Chez Natash, il y a aussi un bon agent qui a aidé Paul à acheter un appartement récemment, se souvientelle.»

«Quel prix envisagestu?», demanda Mathieu.

«Lise estime trois millions deuros, prix normal. On pourrait même commencer un peu plus haut. Jai parcouru les sites, cest réaliste.»

«Dans le même quartier, les appartements sont moins chers», répliqua Élise.

«Oui, un deuxpièces comme le nôtre se situe aux alentours de deux millions.»

«Maman, Élise et moi avons une requête: après la vente, pourraistu nous laisser au moins un million?», demanda Mathieu.

«Un million? Je naurais plus assez pour mon nouveau logement.»

«Pourquoi pas? On pourrait acheter quelque chose de plus modeste, un studio.»

«Un studio me rendrait mal à laise, jai besoin de deux pièces: une chambre et un salon.»

«Certaines familles de trois personnes vivent dans un studio, surtout lorsquelles nont pas les moyens dacheter plus grand. Mais jai les moyens, et je veux vivre confortablement.»

«Ce serait juste pour Élise et moi, cest notre appartement familial.»

«Mathieu, je navais jamais imaginé parler de cela, mais rappelonsnous que le testament de ton père vous a légué tout ce qui vous revenait de droit.»

«Il na rien fait de mal. Tout ce que jai reçu, cest cet appartement. Et maintenant tu veux que je le partage?»

«Mathieu nétait pas très clair, sinterposa Élise.Il voulait dire que sil te restait de largent, tu pourrais nous en faire profiter.»

«Il a un prêt, avec Illya nous voulons acheter une maison de campagne. Même si ce nest pas un million, cinq cent mille nous aideraient.»

«Même si tu achètes pour deux millions, il te restera encore un million. Cest ce dont nous parlons.»

«Oui, il restera. Mais jen aurai besoin: dabord pour le déménagement, ensuite pour les travaux, puis pour meubler le nouveau lieu.»

«Ce qui restera sera ma petite réserve de sécurité, au cas où la santé ferait défaut; je ne veux pas devenir un fardeau pour vous.»

«Donc, tu ne nous donneras rien?», demanda le fils.

«Mathieu, je suis surprise que vous ayez lancé ce débat. Vous avez trentesept ans, Élise trentequatre, vous avez tous deux un diplôme et travaillez.»

«Il te reste encore des années de crédit à rembourser. Mais vous ne vous trouvez pas dans le besoin. Si je navais pas déménagé et vendu, auriezvous pu mhéberger ailleurs?»

«Non.»

«Maman, pardonneznous davoir soulevé ce sujet. Nous avons simplement», balbutia Élise.

«Vous avez pensé que maman, qui vous a toujours soutenus, ne refuserait pas cette foisci,» conclut Louise.

«Et je ne refuserais pas si vous aviez vraiment besoin. Mais je pense que vous vous débrouillerez: Mathieu paiera son prêt, vous, Illya, économiserez pour la maison de campagne, tout ira bien.»

Ainsi, jai fait ce que javais prévu: jai vendu lappartement, jai déménagé dans ma ville natale, à Bordeaux. Jai acheté un nouveau logement près de lendroit où mon mari et mes enfants vivaient autrefois. La famille ma aidée à meubler et à rénover. Aujourdhui, en me levant le matin, je ressens enfin le vrai sens du mot «chezmoi».

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Pourquoi une mère aurait-elle besoin de deux chambres ? Elle vient d’avoir soixante-cinq ans. Elle recevra sans doute peu d’invités, et avec ses sœurs, elle peut tout aussi bien partager un thé dans la cuisine.
Les parents ont chassé leur fils le soir du Réveillon. Des années plus tard, il leur a ouvert la porte… Un retournement de situation que personne n’aurait pu prévoir.