MAMAN NE VEUT PAS PARTIR

Ma mère ne veut pas partir

Récemment, nous avons traversé une perte douloureuse: la sœur de ma mère est décédée. Elle navait pas de conjoint, mais il lui restait sa petite fille de quatre ans, Paulette. Mon mari et moi avons accepté de prendre soin delle. Dès que lenfant a appris la mort de sa mère, elle sest refermée sur elle-même et na plus quitté la maison. Elle a même refusé de déménager, cest pourquoi mon mari et moi avons emménagé dans lappartement où elles vivaient avec ma mère. Nous pensions quaprès les funérailles elle accepterait de venir vivre avec nous, mais les deux semaines qui ont suivi sont devenues insupportables. La nuit, leau sallumait et séteignait toute seule, tout comme lélectricité. Les portes grinçaient, le parquet craquait comme si quelquun courait constamment dune pièce à lautre. Jai essayé de bénir lappartement, mais cela na servi à rien.

Un soir, alors que je ne parvenais pas à dormir et que mon mari était déjà profondément endormi, jai entendu un chuchotement provenant de la chambre de Paulette. Un frisson glacé a parcouru mon corps, mais je nai pas réveillé mon mari. Jai allumé discrètement la lumière, me suis approchée de sa porte et ai tendu loreille. Je nentendais que la petite voix de ma fille.

Je ne veux pas dormir, je veux jouer avec ma poupée Margaux. Un instant de plus et je me coucherai.

Jai ouvert la porte. Paulette était lovée dans un coin derrière le placard, serrant sa poupée contre elle, le regard effrayé. Elle se tenait là, méfiante, comme si je suis son ennemie.

Paulette, à qui parlaistu? lui aije demandé.

À maman

Des fourmis ont envahi mon dos. Je lai mise au lit, me suis blottie contre mon mari et je me suis endormie à mon tour. Pendant la semaine suivante, la petite fille parlait constamment à quelquun que nous ne voyions pas. Jai fini par attribuer cela au stress: la perte de sa mère la poussait à se parler à ellemême. Lappartement, lui, continuait à mettre ma patience à rude épreuve.

Un aprèsmidi, alors que je préparais le déjeuner, jai appelé Paulette à plusieurs reprises pour quelle mange, mais elle criait quelle ne voulait pas. Elle naimait jamais vraiment la nourriture, et sa mère, avant de mourir, était dune patienceou plutôt dune impatienceterrible ; lorsquelle refusait de manger, elle la poussait de force à la table. Après ce que jestimais être ma dixième invitation, jai entendu un bruit sourd suivi de sanglots. Je me suis précipitée dans sa chambre et jai découvert une scène inexplicable: un immense placard coulissant sétait renversé sur elle. Heureusement, la porte navait pas écrasé Paulette, elle a simplement effleuré le lit, laissant un espace entre le meuble et le sol. La fillette a crié de peur puis est restée en état dhystérie jusquà la fin de la journée.

Cette même nuit, jai entendu à nouveau ses pleurs et ses supplications. En entrant pour la consoler, elle sest jetée dans mes bras, me serrant fort, les yeux fixés sur le même coin de la pièce, comme si quelquun y était debout. Le regard était terrifié.

Paulette, qui esttil? aije demandé.

Maman atelle murmuré.

Paulette, dis à maman que tu la laisses partir et quelle doit sen aller.

Maman ne veut pas partir!

Le quarantième jour après le décès, nous sommes allés à la tombe, avons déposé des fleurs et offert des douceurs aux enfants du quartier afin de rendre hommage à la défunte. Le calme est enfin revenu. Nous avons vendu cet appartement et avons emmené Paulette chez nous.

Cette épreuve nous a rappelé que le deuil peut prendre des formes invisibles, mais que le soutien et la patience permettent de transformer la peur en une nouvelle force. En apprenant à lâcher prise, on ouvre la porte à la sérénité et à lespoir.

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MAMAN NE VEUT PAS PARTIR
Le Mari Vaut Plus Que Les Pires Blessures