**Journal intime Une seconde chance**
Je mappelle Élodie, et jai été la maîtresse dun homme marié. Le mariage ne ma jamais souri. Jai attendu jusquà trente ans avant de chercher enfin un compagnon. Au début, jignorais que Pierre était marié, mais il na pas tardé à me lavouer, une fois sûr de mes sentiments.
Pourtant, je ne lui ai jamais fait de reproches. Je me blâmais, au contraire, pour cette liaison et ma faiblesse. Je me sentais incomplète, comme si javais raté ma chance. Pourtant, je nétais pas si mal : pas une beauté, mais plutôt jolie, un peu rondelette, ce qui me donnait peut-être un air plus mûr.
Cette relation ne menait nulle part. Je ne voulais plus être la maîtresse, mais je ne pouvais pas quitter Pierre. La solitude me terrifiait.
Un jour, mon cousin Sébastien est passé me voir. Il était de passage à Paris pour le travail. Nous avons déjeuné dans ma petite cuisine, bavardant comme autrefois. Je lui ai tout raconté, même les larmes aux yeux.
Ma voisine est venue me chercher pour lui donner son avis sur des achats. Je suis partie vingt minutes. Cest alors que la sonnette a retenti. Sébastien a ouvert, croyant que cétait moi. Sur le seuil se tenait Pierre, surpris de trouver un homme en jogging, un sandwich à la saucisse à la main.
« Élodie est là ? » a balbutié Pierre.
« Elle est sous la douche », a menti Sébastien.
« Et vous êtes ? »
« Son compagnon. Civil, pour linstant. Et vous, vous venez pour quoi ? » Sébastien la saisi par le col. « Serais-tu le marié dont elle ma parlé ? Si je te revois ici, je te descends les escaliers, compris ? »
Pierre a pris la fuite. À mon retour, Sébastien ma tout raconté.
« Quas-tu fait ? Il ne reviendra plus ! » ai-je sangloté, le visage dans les mains.
« Tant mieux. Assez pleurniché. Jai quelquun pour toi : un veuf de notre village. Les femmes se larrachent, mais il les repousse. Je reviendrai te chercher. »
Jai protesté, gênée. Mais quelques jours plus tard, nous étions chez lui, dans les Yvelines. Sa femme, Sophie, avait préparé un repas dans le jardin. Parmi les invités se trouvait Alexis, le veuf.
Il était silencieux, modeste. « Il doit encore penser à sa femme », ai-je songé.
Une semaine plus tard, on a sonné à ma porte. Alexis était là, un petit bouquet de tulipes à la main. Nous avons pris le thé, parlant de la pluie et du beau temps. Au moment de partir, il sest retourné :
« Élodie Jai pensé à vous toute la semaine. Vous me plaisez. »
Jai rougi. « Nous nous connaissons à peine »
« Peu importe. Je ne vous dégoûte pas ? Et puis jai une petite fille de huit ans. »
Mon cœur a battu plus fort. « Une enfant, cest merveilleux. Jen ai toujours rêvé. »
Il ma embrassée. Des larmes ont brillé dans mes yeux. « Cétait doux et paisible. Je ne vole plus personne. »
Nous nous sommes revus chaque week-end. Deux mois plus tard, nous nous sommes mariés et avons emménagé au village. Je travaille à la crèche maintenant. Un an après, notre fille est née. Les deux petites grandissent, chéries et égales. Alexis et moi rajeunissons de bonheur, notre amour vieillit comme un bon vin.
Sébastien me taquine souvent :
« Alors, Élodie, ce mari, hein ? Tu embellis de jour en jour. Et chaque matin, en regardant les enfants jouer dans le jardin, je repense à cette année où jai cru nêtre plus digne damour. Aujourdhui, je sais que certaines secondes chances ne soffrent pas par hasard. Elles sonnent à la porte, un bouquet de tulipes à la main, et changent votre vie sans bruit.





