« — Quand pourrons-nous emménager dans votre nouvelle maison ? — demandèrent les beaux-parents sans détour. — Vous n’avez pas compris ? — s’irrita Irène. — Puisque tout est terminé, nous avons décidé que vous nous inviterez bientôt chez vous. »

Quand pourrons-nous emménager dans votre nouvelle maison ? demandèrent les beaux-parents sans détour.
Pardon ? se raidit Élodie.
Eh bien, puisque tout est terminé, nous pensions que vous nous inviterez bientôt chez vous.

Lucien, tu te rends compte que ça dépasse les bornes ? Élodie ne retenait plus ses émotions, dautant que son mari feignait de ne pas comprendre son agacement.

Et si tout cela avait été manigancé dès le début ? Quelle avait consacré des années de sa vie à cette construction, y investi toutes ses économies, pour quils la laissent maintenant les mains vides ?

Contrairement à leurs amis, qui achetaient de minuscules appartements à prix dor, Élodie et Lucien avaient choisi de bâtir leur propre demeure. Une décision prise dès leurs fiançailles : plus spacieux, plus économique, plus avantageux. Pour le prix dun trente mètres carrés en ville, ils obtenaient cent trente mètres en pleine campagne.

On pourra y élever des enfants, y accueillir des animaux, senthousiasmait Élodie.

Heureusement, le terrain était déjà là. Il appartenait à sa tante Agathe, qui le lui avait légué en apprenant les projets du jeune couple.

Je ne vous ai pas offert de vrai cadeau de mariage, voilà qui compensera. Pour y élever vos petits, avait-elle dit. Cette parcelle dormait depuis vingt ans, autant quelle vous serve.

Pourtant, rien ne fut simple. Pour économiser, ils accomplissaient eux-mêmes certaines tâches. Travail le soir, les week-ends, même par mauvais temps.

Élodie puisa dans son héritage largent de la vente de lappartement de sa grand-mère y passa aussi.

Mais lorsque enfin la maison fut debout, ils surent que chaque minute en valait la peine.

Certes, tout nétait pas fini. Restaient des détails de construction, de décoration. Mais le fait de pouvoir y vivre les comblait.

Ils y passaient déjà leurs nuits, y recevaient des amis. Seul regret pour Élodie : les parents de Lucien navaient jamais aidé, malgré leurs multiples demandes.

Toujours une affaire urgente, jamais disponible pour planter une haie, installer une clôture, ou même livrer le réfrigérateur. Pourtant, ils possédaient un grand 4×4 avec remorque lidéal pour ce genre de travaux. Les jeunes durent finalement payer des livreurs.

Ils sont vraiment si occupés ? Mais à quoi ? Ils sont à la retraite ! sétonnait Élodie.

Ils ne mentent sûrement pas, haussait Lucien.

Elle se doutait quils étaient effectivement pris, quils tombaient mal. Pourtant, un doute rongeait son esprit.

Lucien, la télé arrive aujourdhui. Tu peux la réceptionner ? demanda-t-il en avalant un sandwich dans leur cuisine flambant neuve.

Bien sûr. Vers quelle heure ?

Entre 15 et 20 heures. Je leur ai donné ton numéro, ils appelleront une heure avant.

Parfait. Tiens, ton déjeuner est prêt.

Merci, je file ! Il lembrassa vite et partit.

Vers seize heures, on frappa à la porte.

Élodie sattendait aux livreurs. Étrange quils naient pas appelé.

Elle ouvrit. Sur le seuil se tenaient les parents de Lucien : Marie-Claire et Bernard.

Oh ! bredouilla-t-elle, surprise.

Bonjour, Élodie ! On ne nous reconnaît plus ? samusa Marie-Claire.

Si, bien sûr ! Je ne my attendais pas.

On entre ? cligna Bernard.

Euh oui, bien sûr.

Ils pénétrèrent dans le vaste salon ouvert sur la cuisine, inspectant tout.

Que cest beau ! sextasia Marie-Clère. Vous avez bien fait de construire. Une maison, cest solide, spacieux ! Il y aura de la place pour tout le monde.

Oui fit Élodie, perplexe.

Alors, quand est-ce quon emménage ? lança Bernard.

Comment ça ?

Puisque tout est prêt, on sest dit que vous nous inviterez bientôt, expliqua-t-il.

On na pas prévu la maison pour quatre, répondit Élodie, déconcertée.

Allons, on nest pas des rois ! Une chambre nous suffira largement ! rit Bernard.

On veut arrondir notre retraite en louant notre appartement, maintenant quon a où vivre, précisa Marie-Claire.

Vous en avez parlé à Lucien ? demanda Élodie, de plus en plus mal à laise.

Pas encore, mais il ne dira pas non, jen suis sûr.

Élodie resta sans voix devant tant daplomb. Après avoir refusé toute aide, ils comptaient sinstaller chez eux et en tirer profit ?

Incapable de les rembarrer, elle espéra que Lucien saurait réagir.

On nest tout de même pas des étrangers ! soffusqua Bernard. Tu pourrais au moins nous offrir un thé !

Bien sûr, acquiesça-t-elle, résignée.

Ils sirotaient leur thé, installés à la table du salon, quand le téléphone sonna.

Le livreur sexcusa davoir oublié dappeler et annonça son arrivée.

Élodie alla réceptionner la télé. Les livreurs linstallèrent dans le salon avant de partir.

Waouh, quelle taille ! sexclama Bernard. Où allez-vous la mettre ?

Là-bas, indiqua Élodie.

Super ! On pourra regarder les infos ce soir.

On ne comptait pas brancher lantenne.

Ah ? Et vous regarderez quoi, alors ? Lécran noir ?

Non. Films, séries, vidéos en streaming. Personne ne regarde la télé aujourdhui. Sauf les vieux, haussa-t-elle les épaules.

Alors cest nous ! rit Marie-Claire. Je parlerai à Lucien pour lantenne.

Élodie compta les minutes jusquau retour de son mari. Heureusement, il arriva à lheure.

Lucien est là ! sécria-t-elle en entendant sa voiture.

Elle se précipita.

Tes parents veulent emménager ici, chuchota-t-elle.

Quoi ?

Chut, ils vont texpliquer.

Depuis quand ça ? demanda-t-il en entrant.

On est venus admirer votre palais ! Tout est magnifique ! senthousiasma Bernard.

Palais ? Quand lenfant arrivera, on sera à létroit, rétorqua Lucien.

Allons ! Vous avez deux chambres à létage ! intervint Marie-Claire.

Oui, une pour lenfant, une pour les invités. On reçoit souvent, vous savez On est jeunes, sourit-il.

Nous, on naime pas le bruit, lança Marie-Claire.

Exact. Il faudra être plus calmes, approuva Bernard.

Quoi ?

On en a parlé à Élodie. On veut venir ici et louer notre appartement, déclara Bernard.

Il ny a pas de place, haussa Lucien.

Lucien, mon chéri, pas même pour tes parents ? gémit Marie-Claire.

Et vous, vous avez trouvé le temps de nous aider ? Vous nêtes même pas venus pour le frigo ! Vous voulez profiter de notre maison maintenant ? Non. Je vous aime, mais cest non.

Bernard et Marie-Claire échangèrent un regard.

Viens, Marie, on y va, dit-il.

Ils partirent sans un mot.

Une fois seuls, Élodie se jeta dans les bras de Lucien.

Merci ! Javais peur que tu prennes leur parti.

Pourquoi ? Je voyais ta déception à chaque refus. Pourquoi les accueillir pour cette raison ? “Arrondir nos revenus” cest une blague ?

Merci ! Elle se blottit contre lui.

Ce nest rien, sourit-il. Alors, ce dîner ?

Pour ne rien manquer, suivez-nous ! Partagez vos impressions en commentaire.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

thirteen − 7 =

« — Quand pourrons-nous emménager dans votre nouvelle maison ? — demandèrent les beaux-parents sans détour. — Vous n’avez pas compris ? — s’irrita Irène. — Puisque tout est terminé, nous avons décidé que vous nous inviterez bientôt chez vous. »
Mariée depuis vingt ans, je n’ai jamais soupçonné la moindre chose étrange : mon mari voyageait souvent pour le travail, rentrait tard, épuisé, évoquait de longues réunions. Je lui faisais confiance, sans fouiller son téléphone ni poser trop de questions. Un soir, alors que je pliais le linge dans la chambre, il s’est assis sur le lit sans retirer ses chaussures et m’a dit : « Je veux que tu m’écoutes sans m’interrompre. » Là, j’ai compris que quelque chose n’allait pas. Il m’a avoué voir une autre femme, plus jeune, travaillant près de son bureau. Quand je lui ai demandé s’il était amoureux, il ne savait pas, mais avec elle, il se sentait différent, moins fatigué. À ma question s’il comptait partir, il m’a répondu : « Oui, je ne veux plus faire semblant. » Cette nuit-là, il a dormi sur le canapé, est parti tôt, absent deux jours, puis c’est revenu, déjà décidé à divorcer « sans drame ». Je suis vite partie, en moins d’une semaine. Les mois suivants furent difficiles : gérer seule papiers, factures, décisions. J’ai commencé à sortir — plus par nécessité que par envie. Un jour, à la file du café, j’ai rencontré un homme. On a parlé de tout et de rien. Il était de quinze ans mon cadet, mais n’a fait aucune remarque déplacée et a poursuivi la discussion comme si ça ne comptait pas. On s’est revu, simplement. Lui ne promettait rien, il m’écoutait vraiment, était présent, sans chercher à me changer ni à me sauver. Un jour, il m’a dit simplement qu’il m’aimait, conscient que je sortais d’une épreuve. Je lui ai annoncé que je ne voulais pas recommencer les mêmes erreurs ni devenir dépendante ; il m’a répondu qu’il ne cherchait pas à me contrôler. Mon ex-mari l’a appris par des connaissances, m’a appelée pour savoir si c’était vrai. Je lui ai répondu que ce qui était honteux, c’était sa trahison. Il a raccroché. Je me suis séparée car il m’a quittée pour une autre. Et puis la vie m’a offert, sans que je le cherche, un homme qui m’aime et me respecte. Est-ce là un cadeau du destin ?