Bonjour Papa, je suis venue chercher mon cadeau

**Journal intime Une rencontre douloureuse**

*Cher journal,*

Aujourdhui, jai revu mon père après toutes ces années. Je noublierai jamais son expression lorsquil ma vue franchir la porte. Lui et sa femme, Élodie, étaient en train de dîner quand je suis entrée sans frapper. Jai jeté mon vieux sac à dos dans un coin et jai lancé : « Salut, papa ! » en ouvrant les bras. Il a failli sétouffer avec sa soupe.

Élodie, raide comme un piquet, ma toisée : « Qui êtes-vous ? Et pourquoi lappelez-vous papa ? »
Jai plissé les yeux : « Ferme ton bec, la vieille. Je ne suis pas venue pour toi, mais pour mon père. Alors, papa, tu mas oubliée ? Cest moi, ta petite Margaux. » Jai feint un sanglot. « Je nai jamais pu faire le deuil Comment va mon papa ? Pas malade, jespère ? »

Il a enfin réussi à parler, la voix étranglée : « Pourquoi pourquoi es-tu revenue ? »
Jai souri : « Pour mon cadeau, papa. La poupée que tu mas promise il y a vingt ans. »

Maman est morte quand javais sept ans. Papa a tenu six mois avant de ramener Élodie à la maison. Avec elle, deux garçons. Première décision : ma chambre est devenue la leur. « Les garçons en ont plus besoin », avait-il marmonné, évitant mon regard. Ils déchiraient mes cahiers, et je recopiais mes devoirs à la lueur de la lune, car Élodie interdisait de gaspiller lélectricité.

Le jour de mes huit ans, il ma conduite à lorphelinat. « Ce nest pas pour longtemps, ma chérie. Je viendrai te voir le week-end, et je tapporterai la plus belle poupée, celle de la vitrine. » Jai attendu. Il nest jamais revenu.

Je me suis assise à table sans gêne. « Alors, tatie, sers-moi de la soupe. Je crève de faim, et jai même pas où dormir. » Elle a claqué une assiette devant moi, une seule louche. « Toujours radine, hein ? Sers-en plus ! » Puis, me tournant vers mon père : « Allez, papa, sors ton pinard, on trinque à nos retrouvailles ! »

Il a regardé Élodie, qui a craché entre ses dents : « On ne boit pas. »
Jai éclaté de rire : « Dommage. Mais moi, contrairement à toi, je ne viens pas les mains vides. Tatie, passe-moi mon sac. » Elle a rougi : « Prends-le toi-même ! »
Jai haussé un sourcil : « Tu nas pas compris. Je ne suis pas juste venue vous voir. Je reste. Cest ton tour de partir. Si tu es sage, je te laisserai peut-être rester. »

Élodie sest étranglée : « François, tu la laisses me parler ainsi ? » Il a bafouillé : « Margaux, ne sois pas méchante avec Élodie, cest elle qui commande ici. »
Jai ricané : « Bravo, tatie, tu las bien dressé. Mais ne tinquiète pas, on va régler ça. »

Elle a hurlé quelle appellerait son fils pour me jeter dehors. « Ah, Julien ? Il te jettera plutôt toi, pour une bouteille. Pas de chance avec tes gosses, hein ? Laîné a fini dans le ruisseau, et le cadet suivra. » Elle sest mise à pleurer.

Jai continué : « Tu tes bien installée dans la vie, toi. Un veuf, une maison, et plus de fille à élever. Mais me voilà. Et je vais te rendre la vie impossible. Mon mari arrive dans une semaine trois séjours en taule à son actif. On sinstallera ici, avec des petits-enfants. Une vraie famille, non, papa ? » Il a baissé la tête.

Élodie a chuchoté plus tard : « Tu es faible ! Elle va nous ruiner ! » Il a murmuré : « Cest ma fille Je ne peux pas. »

Le septième jour, Élodie sest mise à genoux : « Pitié, je suis vieille »
Je lai regardée froidement : « Où était ta pitié quand tu mas arrachée à ma maison ? »

Finalement, jai pris mon sac. « Je pars. Sans cadeau, hein, papa ? » Il a bredouillé quil me donnerait de largent. « Tu nas rien compris. Je voulais juste entendre que tu maimais. »

Dehors, Lucas mattendait en voiture. Il ma serrée contre lui : « Je tavais prévenue. Allons-nous-en. Les enfants nous attendent. »

Jai souri à travers mes larmes. « Tu avais raison. Mais il fallait que jessaye. Passons voir maman avant de rentrer. Et oublions le reste. »

*Margaux*

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La Sorcière