Le Destin : Une Épopée Passionnante à la Française

La Destinée

La journée avait mal commencé.

Ça arrive, se disait Édouard, il le savait bien, mais cela ne lempêchait pas den avoir assez.

Il songeait à sa vie.

Quavait-il accompli ? Il approchait de la quarantaine, avait terminé le lycée, fait un BTS, et effectué son service militaire.

Il avait un appartement, une épouse et deux enfants, une voiture doccasion pour aller à cette maudite maison de campagne où il fallait trimarder.

Se prélasser avec une bière, ce nétait pas son style. Il y avait toujours quelque chose à faire : bêcher les plates-bandes, désherber, ramasser les fanes.

Transporteur de terre noire dans une brouette, tondeur de pelouse, réparateur de toit, rafistoleur de maison, redresseur de clôture.

Le tramway grinçait et cahotait comme une vieille boîte de conserve, oscillant sur ses rails. Édouard était assis près de la fenêtre, regardant les réverbères qui sallumaient, formant une chaîne lumineuse dans la nuit.

Il pensait à sa vie.

En apparence, tout était comme pour les autres : famille, travail, maison de campagne, avance sur salaire, enfants, parents, belle-mère et beau-père.

Le foot le week-end et une bière après le hammam à la campagne…

Les fêtes, les anniversaires en famille, tout était comme il fallait.

Édouard eut soudain limpression que tout était devenu routinier, trop calme, trop fade. Il avait envie de quelque chose de différent, de fête, de sensations nouvelles.

Il réalisa quil avait toujours été docile, arrangeant… arrangeant pour tout le monde.

Comme sil avait suivi toute sa vie un chemin tracé par dautres, sans jamais oser en dévier.

Et sil avait pu tout recommencer ?

Édouard se souvint alors de Sophie, son premier amour. Leurs promenades main dans la main, leurs rêves, leur premier baiser… ces baisers qui les étourdissaient…

Une bouffée de mélancolie lui monta aux yeux, quil essuya discrètement.

Tout aurait pu être si différent…

Sophie… Joyeuse, pétillante, toujours avec ce sourire espiègle. Comme il avait souffert lors de leur rupture ! Puis il avait rencontré Aurélie, si différente de Sophie : calme, solide, rassurante. Avec Aurélie, tout était sérieux, mesuré. Pas de folie.

Tu veux lemmener au lit ? Attends le mariage.

Tu lui offres des fleurs volées dans le parc municipal ?

Idiot, on aurait pu te voir, tu aurais eu une amende, et en plus taurais passé un savon en réunion…

Toujours comme ça.

Dès le mariage, elle avait appelé ses parents « Papa » et « Maman ».

Elle sétait intégrée à la vie familiale en un clin dœil. Ses parents ladoraient : intelligente, douce, conciliante, une vraie ménagère.

Mais peut-être que ce nétait pas ce quil voulait… peut-être…

Édouard se perdit dans ses pensées.

Ils ne sétaient pas disputés… Il avait eu peur, ce jour-là. Il navait pas osé franchir le pas. Et Sophie avait disparu, comme évaporée.

Plus tard, on lui avait dit quelle sétait mariée…

Le tramway sarrêta en gémissant. Une foule en sortit, une autre y entra, se dispersant dans les wagons.

Édouard se leva et se faufila vers larrière. Trois arrêts avant le sien. Il navait plus lhabitude des transports, préférant sa voiture, vieille mais sienne.

Il se tourna vers la vitre en entendant une voix familière.

Édouard, reste tranquille, sil te plaît.

Il se retourna, cherchant des yeux celle qui avait parlé, sans la trouver.

Des gens fatigués, accablés, absorbés par leurs problèmes, fixant le noir des fenêtres ou le vide…

Une femme rondelette tenait fermement la main dun garçon dune dizaine dannées.

Le petit gigotait, impatient de raconter quelque chose à sa mère.

Maman, tu sais, chez Sarah…

Édouard, je ten prie, tiens-toi tranquille.

Mais maman, je veux te dire…

Plus tard.

Je ne veux pas plus tard, je veux maintenant ! À la maison, tu vas cuisiner, puis écouter Anaïs et ses histoires de prétendants, puis Sylvain et ses problèmes à la fac…

Et ensuite, tu vas discuter avec papa de votre stupide maison de campagne… Et moi ? Pourquoi je suis le dernier ?

Et en plus, avec ce prénom ridicule…

Quest-ce que tu racontes ? Cest un joli prénom.

Ah oui, très joli.

« Édouard le moineau, monté sur un cheval, a perdu son pantalon en tombant… » Cest comme ça quils mappellent… Maman…

Vous devriez écouter votre fils, dit une vieille dame aux cheveux teints en roux, coiffée dun béret rouge. Plus tard, quand il sera grand, il ne voudra plus vous parler.

Pourquoi ? rétorqua sèchement la femme.

Parce quil nen aura plus envie.

La femme roula des yeux et jeta un regard vers Édouard. Leurs regards se croisèrent une seconde, puis elle se pencha vers son fils.

Allez, raconte, mais doucement.

Le garçon se lança avec enthousiasme, et la mère lécouta enfin.

Cest alors quÉdouard comprit… Cétait… Sophie…

Bien sûr, Sophie. Comment ne lavait-il pas reconnue ?

Voilà à quoi aurait ressemblé sa vie… Ce serait son fils quelle négligerait, ses aînés quelle écouterait.

Cest avec lui quelle parlerait de cette stupide maison de campagne…

Au fond, si elle avait été là toutes ces années… rien ne dit quil aurait été plus heureux.

Elle ne lavait pas reconnu. Pour elle, il nétait quun passager parmi dautres.

Un soulagement soudain lenvahit. Ses jours gris avec Aurélie et les enfants ne lui semblaient plus si mornes. Sa maison de campagne, il laimait bien, finalement…

Et avec son beau-père et son beau-frère, ils devaient aller à la pêche… Édouard sourit. Non, Aurélie, elle, écoutait tout le monde…

Sa vie était bonne, après tout.

Il songea que sa voiture était tombée en panne au bon moment. Une réparation insignifiante, quils régleraient entre hommes en deux soirées.

Sans cette panne, il aurait continué à croire quil avait raté sa vie…

Il sapprocha de la sortie, sarrêta près de Sophie et du garçon, se pencha et murmura quelque chose à loreille de lenfant.

Le petit, dabord surpris, éclata de rire.

Édouard descendit à son arrêt et rentra chez lui.

Quest-ce quil ta dit ? demanda Sophie.

Ce monsieur ? Il ma appris à répondre à celui qui membête…

Comment ?

« Si je suis un moineau, tu es un étourneau : tu cries fort, mais sans rien dire. »

Il a toujours su répondre avec esprit. Édouard marcha lentement vers chez lui, les mains dans les poches, le col relevé contre le vent. La lumière jaune des réverbères tremblait sur le trottoir humide. Il pensa à Aurélie, à ses enfants, à leurs rires du dimanche matin. Il allait rentrer, retrouver lodeur du café, les chaussettes oubliées dans lescalier, les mots doux balbutiés entre deux silences. Et pour la première fois depuis longtemps, il eut envie de tout cela. Vraiment.

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Le Destin : Une Épopée Passionnante à la Française
Pars, Kévin Les assiettes du dîner refroidi restaient posées sur la table. Marine les fixait sans les voir, les yeux rivés sur l’horloge où les chiffres s’alourdissaient, 22h47. Kévin avait promis d’être là à neuf heures. Comme d’habitude… Le téléphone silencieux. Marine n’était même plus en colère. Tout ce qui vivait encore en elle avait brûlé, ne laissant qu’une fatigue glaciale. Aux alentours de onze heures et demie, une clé racla dans la serrure. Marine ne tourna même pas la tête. Enveloppée dans un plaid sur le canapé, elle fixait un point invisible. — Salut, ma chérie. Désolé, je suis resté coincé au boulot, — tenta-t-il, sa voix usée résonnant de fausses notes joyeuses. Kévin disait toujours ça, quand il mentait. Il s’approcha, voulut l’embrasser sur la joue. Marine se dégagea, à peine, mais il le sentit. — Quelque chose ne va pas ? — demanda-t-il en retirant son écharpe. — Tu te rappelles quel jour on est ? — murmura Marine, la voix éteinte. Il hésita une seconde. — Mercredi. Pourquoi ? — C’est l’anniversaire de ma mère aujourd’hui. On devait aller la voir avec un gâteau. Tu avais promis. Le visage de Kévin changea. Instantanément. Son sourire se dissipa, laissant place à la culpabilité et à la panique. — Mon Dieu, Marine, j’ai complètement oublié. Pardon, vraiment, ce boulot… C’est l’enfer. Je lui téléphonerai demain, c’est promis. Il fila à la cuisine. Marine entendait Kévin s’activer près du frigo, la vaisselle qui s’entrechoquait. Il avait toujours fui là : parmi les tasses et les cuillères, c’était facile d’éviter les questions gênantes. Mais ce soir, elle n’épargnerait rien. Elle se leva, s’approcha de la porte de la cuisine. — Kévin, tu étais avec qui «sous l’eau» au bureau jusqu’à 23 heures ? Il se retourna. Sa main, crispée sur une bouteille de lait, trembla : — Avec mon équipe. On lance un nouveau projet. Les délais sont serrés. Tu sais ce que c’est. — Je sais, — acquiesça-t-elle. — Et je sais aussi qu’à 15h, tu as appelé et dit : «Hélène, je comprends, mais il faut que je répare ça.» Hélène. Son ex-femme. Un fantôme qui planait sur eux depuis trois ans. Un fantôme glacial, fait de reproches silencieux. Kévin blêmit. — Tu… as écouté ? — Pas besoin d’écouter. Tu parlais si fort dans les toilettes que j’ai tout entendu. Il posa la bouteille, s’assit lourdement. — Ce n’est pas ce que tu crois. https://tinyurl.com/2p9b8du6 — Qu’est-ce que je dois croire alors ? — demanda Marine, des émotions montant enfin. — Que tu es à cran depuis six mois ? Que tu disparais le soir ? Que tu me regardes comme si tu ne me voyais plus ? Tu essaies de la reconquérir ? Dis-le clairement. Je tiendrai bon. Tête baissée, Kévin contemplait ses mains. Des mains faites pour réparer, mais jamais pour bâtir le bonheur. — Je ne retourne pas vers elle, — souffla-t-il. — Alors quoi ? Tu couches encore avec elle ? — Non ! — Ses yeux débordaient de sincérité et de détresse, troublant un instant les certitudes de Marine. — Marine, crois-moi, rien de tout ça. — Alors quoi ? Qu’est-ce que tu «répares» là-bas ? — Elle criait presque. — Tu payes ses dettes ? Tu règles ses problèmes ? Tu vis sa vie au lieu de vivre la nôtre ? Kévin se tut. Tout ce que Marine avait retenu déferla. — Pars, Kévin. Va la rejoindre, si c’est elle que tu veux. Ou va où tu veux. Répare tes erreurs. Mais laisse-moi en paix. Je ne peux plus. Je ne veux plus. Elle voulut sortir, Kévin se leva, lui barra la route : — Mais il n’y a nulle part où aller ! Il n’y a plus d’Hélène ! Ni nouvelle, ni ancienne ! Je… Je ne comprends même pas ce qui m’arrive ! Je veux juste réparer ! Il détourna la tête, retenant ses larmes. — Arrête avec les énigmes, — souffla Marine. — Tu me demandes ce que je répare ? — explosa-t-il. — Moi. J’essaie de me réparer. Mais je n’y arrive pas. Tu comprends ? Tu n’es pas elle. Tu es plus patiente, plus douce, tu avais foi en moi, même quand moi, je n’y croyais plus. Avec toi, je devais réussir. Je devais devenir un homme bien. Mais j’y arrive pas ! J’oublie les anniversaires, je reste coincé au boulot alors que tu attends. Je me mure dans le silence. Je regarde tes yeux s’éteindre. Comme je l’ai vu s’éteindre chez elle. Marine ne dit rien. — Je ne veux pas chercher ailleurs, — souffla Kévin. — J’ai peur de tout recommencer. De faire les mêmes erreurs. De faire pleurer, de désespérer. Je sais pas… être mari. Je sais pas vivre à deux… Sans cris, sans chaos. Je détruis tout autour de moi. J’avance comme sur un fil, terrifié de la chute. Et toi… Toi aussi, tu es vide à force de m’attendre… Le regard de Kévin se perdit, mais il était honnête : — Alors le problème, c’est pas toi. Ni Hélène. C’est moi… Marine comprit alors : Kévin ne l’avait pas trahie avec une autre femme. Il l’avait trahie avec sa propre peur. Ce n’était pas un salaud — juste un homme perdu, qui ne sait plus comment vivre. — Et maintenant, Kévin ? — demanda-t-elle, d’une voix sans reproche. — Tu as compris tout ça. Et alors ? — Je ne sais pas, — avoua-t-il. — Alors, débrouille-toi, — trancha Marine. — Va voir un psy, plonge dans les bouquins, cogne ta tête contre un mur, fais ce que tu veux. Mais arrête de tourner en rond, de chercher la solution miracle qui efface le passé. Y’en a pas. Y’a juste du travail. Sur toi. Va travailler. Tout seul. Sans moi. Elle sortit, traversa la pièce, enfila son manteau. *** La porte se referma. Kévin resta seul dans le silence, troublé seulement par le tambour de la pluie. Il s’approcha de la fenêtre, vit la silhouette de Marine s’effacer dans la nuit mouillée et sentit soudain un immense poids l’écraser. Le poids de ce qui demeurait à ses côtés. Sa chute n’était plus un fantôme. Elle était là, dans cet appartement vide, dans le dîner refroidi, dans ses mains qui n’avaient rien su retenir. Et au lieu de courir après Marine, il déboucha une bouteille de cognac…