Les Fiançailles à la Française : Une Belle Demande en Mariage

**Les Fiançailles**

«Lune des plus grandes erreurs est de croire que les gens sont bons, méchants, stupides ou intelligents. Lhomme est changeant, et en lui résident toutes les possibilités : il était sot, le voilà sage ; il était cruel, le voilà bon, et inversement. Cest là sa grandeur. Et cest pourquoi on ne peut le juger. Tu le condamnes, et déjà, il nest plus le même», écrivait un jour Léon Tolstoï dans ses carnets.

Contester un grand esprit est difficile, parfois même impossible. La vie lui donne raison à chaque fois, pour peu quon sy attarde, quon sépare le bon grain de livraie, et alors le cœur de la vérité devient palpable, évident

Mais aujourdhui, réfléchir à de telles complexités semble hors de portée. Depuis laube, la chaleur est écrasante, étouffante, comme si lair, heurtant les murs brûlants des maisons, avait rebondi sur lasphalte, plus torride encore, avant de simmobiliser, courbant léchine devant un soleil qui déverse lété du ciel.

Pourtant, en Élodie, cest lhiver. Un froid mordant, si profond que cet été se déroule sans elle

Le lycée vient de se refermer. Il faudrait songer à la fac, comme toute bachelière. Mais Élodie est enceinte. Quelle fac maintenant ? Et Julien sest révélé un traître. Quand elle lui a annoncé lenfant, il a serré les lèvres, détourné le regard vers la fenêtre et lâché :

Jétais le premier, cest sûr Mais il aurait pu y en avoir un autre

Élodie na même pas pleuré. Elle est restée là, à fixer son dos. Un dos impassible. Une respiration calme. Elle voulait encore parler, ne sachant que faire. Mais la sonnette a retenti sa mère rentrait du travail. Julien est allé ouvrir. Dans lentrée, il a salué puis est parti.

Sa mère est entrée directement dans la chambre, demandant ce qui se passait. Élodie, déstabilisée, a lâché :

Rien. Juste je suis enceinte.

Sa mère la regardée droit dans les yeux. Puis a hurlé Mais Élodie na pas entendu les mots, submergée par la gifle qui lui a cinglé la joue.

Cest alors que lhiver a envahi Élodie. Comme si la neige était tombée dun coup, lensevelissant jusquau cou. Le froid. Le vide. Partout, en elle et autour.

Sa mère criait encore. Mais à travers la neige, on nentend rien. Alors Élodie sest assise au bord de son lit, commençant à pleurer. Les larmes sont restées enfermées, gelant dans son cœur, se transformant en billes de cristal. Elle les entendait rouler là, dans le néant.

Sa mère a quitté la pièce en trombe, la porte dentrée a claqué. Silence. Élodie, seule avec ses larmes glacées, au milieu dun soir de juillet étouffant.

Elle sest allongée, sest recroquevillée, et là, enfin, les sanglots sont venus, vrais, profonds, de petite fille. Elle reniflait, hoquetait. Et quelle pitié elle ressentait ! Pas pour elle, non : pour ce bébé qui nétait pas né et déjà personne ne le voulait. Ni son père, ni sa grand-mère, ni elle, cette mère indigne. Personne ne lattendait

Elle sest endormie, bien quil fasse encore jour. A même rêvé. Elle sest réveillée quand quelquun sest assis près delle, caressant ses cheveux.

Sa mère était revenue. Elle murmurait :

Élodie, mon petit, pardonne-moi. Je suis une sotte, même si je ne suis pas si vieille. Il faudrait se réjouir : ma fille est déjà une femme. Bientôt mère. Et moi

Elle pleurait, essuyant ses larmes du revers des mains, tout en parlant :

Tu sais ce que je me dis ? Pourvu que ce ne soit pas un garçon, juste pas un garçon ! Parce que les hommes enfin, bref, aucun na jamais su comprendre ni plaindre une femme : ni ton père ni le mien !

Alors Élodie a éclaté en sanglots, fort, comme une vraie femme. Elle sest redressée, sest blottie contre sa mère, la serrée la personne qui lui était la plus chère. Et toutes deux pleuraient, chacune son fardeau. Mais ensemble, elles avaient chaud. Et dehors, cétait lété

Puis la sonnette a de nouveau retenti. Sa mère a reniflé longuement, essuyé ses larmes, retenant Élodie qui voulait se lever :

Reste, ma chérie je vais ouvrir.

Elle sest dirigée vers la porte, ajustant ses cheveux. Une tragédie, certes, mais si cétait un homme derrière la porte, mieux valait être présentable.

Elle a ouvert. Et effectivement, cétait un homme. Non, deux ! Julien, et devant lui, son père. Ce dernier a pris la parole :

Bonsoir, madame Laurent. Excusez cette heure tardive. Mais mon idiot de fils ma tout raconté Enfin, jespère quil na rien omis

Il sest tourné vers Julien, lœil noir :

Ou bien si, futur papa ?

Julien a baissé la tête. Son père a repris :

Voilà pourquoi nous sommes venus, tous deux, vous demander la main de votre fille si Élodie peut pardonner ces mots stupides.

Il a asséné une claque derrière la tête de Julien :

Allez, petit misérable, demande pardon à cette enfant ! Et si elle refuse tu nes plus mon fils !

Oui, lhomme est changeant. Parfois, on fait des bêtises sans savoir comment les réparer. Heureusement, nos parents sont là. Julien, tremblant, a fait un pas en avant, les yeux humides.
Élodie je suis désolé. Vraiment. Je veux être là. Pour toi. Pour lenfant. Si tu veux encore de moi.
Un silence a suivi, lourd, fragile. Puis Élodie a essuyé ses larmes, a regardé sa mère, puis Julien.
Ce nest pas à moi de décider seule, a-t-elle murmuré. Cest nous trois, maintenant.
Dehors, le ciel sassombrissait doucement. Lair, enfin, sétait rafraîchi.

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