Je dois partir ; Grand-mère a laissé un testament — on m’a légué une maison au bord de la mer. Une vieille demeure spacieuse, où j’ai passé tous mes étés enfant.

Le cœur dÉlodie battait à tout rompre. Lair étouffant de Paris lui pesait ce jour-là, comme si chaque respiration était un effort. La lettre était là, entre ses doigts tremblants, jaunie par le temps et imprégnée dune odeur de sel, de mer, et de quelque chose de vaguement familierson enfance. Lécriture soignée de Grand-Mère Marie lui annonçait quelle lui léguait la maison, celle au bord de la Méditerranée où elle avait passé ses étés les plus heureux.

Une vague de joie mêlée de chagrin la submergea. Elle revoyait le sable chaud sous ses pieds, entendait le ressac, sentait les mains douces de sa grand-mère laccueillir sur le seuil.

Elle composa le numéro de Nicolas. Sa voix lui parvint, distante, presque agacée, comme si elle le dérangeait.
Nicolas, je dois partir, commença-t-elle, essayant de masquer son émotion. Grand-Mère elle a laissé un testament. Elle me donne la maison au bord de la mer.

Un silence à lautre bout du fil.
Cette vieille baraque ? fit-il avec un rire moqueur.

Ce nest pas une vieille baraque ! semporta-t-elle aussitôt. Cest une maison pleine dhistoire. Tu te souviens, jy passais tous mes étés. Grand-Mère Marie veillait sur moi. Elle me tenait la main pour aller à la plage quand jétais petite. Plus tard, je courais avec les enfants du quartier. Le soleil, les vagues, les rires

Et tu comptes y rester combien de temps ? coupa-t-il dun ton sec.

Je ne sais pas encore, mais sûrement plus que trois jours. Il faut que je moccupe de tout. Ça fait des années que je ny suis pas allée. Viens me rejoindre plus tard, sil te plaît. Une journée de route, pas plus. Prends quelques jours, on se reposera.

La mer, ce nest pas vraiment mon truc, répondit-il, indifférent. Je verrai selon le travail.

Ces mots tombèrent comme une sentence. Il « verrait ». Comme dhabitude.

Trois jours plus tard, Élodie fit ses valises, le cœur serré despoir et dappréhension. Nicolas ne vint pas. Trois heures avant son train, il lappela.
Désolé, je ne peux pas taccompagner. Urgence au bureau. Prends un taxi, daccord ?

Elle perçut une fausse note dans sa voix.
Bien sûr, répondit-elle, la gorge nouée.

Dans le taxi, elle fixa la ville sans la voir. Puis son cœur sarrêta. À un feu rouge, la voiture de Nicolas. Et lui, aidant une jeune femme en robe légère à descendre. Ils riaient, entraient dans un café.

Arrêtez ici, je vous prie !

Elle sortit en trombe, les jambes flageolantes. La colère et la douleur lui brûlaient la gorge. Elle poussa la porte du café. Ils étaient là, penchés sur un menu, les doigts presque entrelacés.

Bonjour, lança-t-elle, glaciale. Je vois que tu es très occupé. Une seule chose à dire : adieu. Ne mappelle plus. Jamais.

Elle tourna les talons, sourde à ses protestations.

Le trajet jusquà la maison lui parut interminable. Rage et désespoir lengloutirent. Le chauffeur de taxi la déposa devant de grandes grilles rouillées, envahies par la vigne sauvage.

Nous y sommes.

Elle paya, sortit ses valises. Les grilles grinçèrent. Lair sentait le thym, la mer et les années passées. La clé tourna dans la serrure rouillée avec un claquement sec.

La cour était à labandon, mais les fleurs de Grand-Mère résistaient, éclatantes. La porte en chêne résista avant de céder avec un soupir.

Le silence était assourdissant. Plus dodeur de tarte, plus dherbes séchées. Le hall sélevait, majestueux, lescalier sculpté menant à létage. Les vitraux projetaient des lueurs vivantes sur le parquet.

Tout est à moi maintenant, murmura-t-elle. Merci, Grand-Mère.

Elle parcourut les pièces, effleurant les meubles poussiéreux. Le salon avec sa cheminée, la salle à manger et son vaisselier en acajou. Elle ouvrit les portes vitrées. La porcelaine ancienne était toujours là, fragile et précieuse. Un bruit la fit sursauter. À létage ? Rien. Juste le vent.

Dans la chambre de Grand-Mère, le lit à baldaquin semblait lattendre. Elle sy allongea, épuisée.

Au milieu de la nuit, un rêve. Grand-Mère Marie, souriante, lui caressait les cheveux.
Élodie, fais le bon choix, ma chérie.

Elle se réveilla en sursaut. Le lendemain, elle demanda laide de son voisin, Théo, le frère de son amie denfance, Claire.

Théo arriva, grand, les épaules larges, le regard chaleureux.
Alors, cest toi la petite Élodie qui volait nos cerises ?

Ils rirent. Il laida à nettoyer le lustre, répara une porte, lava les vitres. Le soir, ils dînèrent au village, se baignèrent dans la mer tiède.

Rentrée, Élodie sendormit paisiblement. Le téléphone sonna. Nicolas.
Je viens te voir. Donne-moi ladresse.

Elle revit le visage de Théo, franc et souriant. Celui de Nicolas avec cette inconnue. La voix de Grand-Mère : « Fais le bon choix. »
Non, dit-elle calmement. Cest fini.

Elle raccrocha, sereine.

Les mois passèrent. Élodie sinstalla définitivement, épousa Théo. Ils eurent un enfant.

Un soir, sur la terrasse, la main posée sur son ventre rond, elle murmura :
Merci, Grand-Mère.

Dans la maison, un cristal du lustre tinta doucement.

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Je dois partir ; Grand-mère a laissé un testament — on m’a légué une maison au bord de la mer. Une vieille demeure spacieuse, où j’ai passé tous mes étés enfant.
Nous sommes allés rendre visite à ma maman : une rencontre inattendue avec Rodrigo, 5 ans, perdu en larmes dans l’immeuble, une histoire de grand-mère introuvable, des boulettes, du thé… et un retour plein de surprises chez la vraie mamie !