**Journal Intime**
Lhomme de mes rêves a quitté sa femme pour moi, mais je naurais jamais imaginé comment tout cela finirait.
Je ladmirais depuis mes années à luniversité. On pourrait dire que cétait un amour aveugle et insensé. Et quand il a enfin posé les yeux sur moi, jai perdu la tête. Tout sest passé quelques années après lobtention de mon diplômenous nous sommes retrouvés dans la même entreprise. Après tout, nous avions la même spécialité, ce nétait donc pas si surprenant. Mais pour moi, cétait le destin.
Il semblait être lhomme idéal. Dans ma jeunesse, je me fichais complètement quil soit déjà marié. Je navais jamais été mariée et ignorais ce que représentait un divorce. Je nai donc pas eu honte quand Édouard a choisi de quitter sa femme pour moi. Qui aurait cru que cela mapporterait tant de chagrin ? On dit que le bonheur ne se construit pas sur le malheur des autres.
Quand il ma choisie, jétais aux anges et prête à tout lui pardonner. En réalité, au quotidien, il nétait pas le prince charmant quil paraissait en public. Ses affaires traînaient partout dans lappartement, et il refusait catégoriquement de faire la vaisselle. Toutes les tâches ménagères reposaient sur mes épaules. Mais sur le moment, cela ne me dérangeait pas.
Il a vite oublié son premier mariage. Ils navaient pas denfants, et apparemment, ce sont ses beaux-parents qui avaient insisté pour le mariage. Avec moi, cétait différentdu moins, cest ce quil ma dit.
Mon bonheur na pas duré longtempsjuste jusquà ma grossesse. Au début, Édouard était ravi dattendre un enfant. Nous avons même organisé une grande fête en famille pour célébrer. Tout le monde nous a souhaité amour et santé pour notre futur bébé.
Cette soirée reste lun de mes plus beaux souvenirs. Et je ne le regrette pas. Mais à partir de ce moment, mon amour aveugle a commencé à seffriter.
Plus mon ventre grossissait, moins je voyais Édouard. Javais pris un congé maternité, alors nous ne nous croisions que tard le soir. Il restait souvent tard au travail et assistait à des soirées dentreprise. Au début, cela ne me dérangeait pas, mais très vite, cela ma épuisée. Les tâches ménagères devenaient difficiles, car je ne pouvais plus me baisser pour ramasser ses chaussettes éparpillées.
Je me demandais souventavions-nous précipité cette grossesse ?
Je savais que les sentiments pouvaient sestomper, mais pas aussi vite. Édouard moffrait encore des fleurs et des chocolats, mais ce que je voulais, cétait sa présence.
Finalement, jai compris que ses soirées nétaient pas innocentes. Une collègue ma glissé, lors dun café, quune nouvelle employée avait rejoint notre service. Il y avait déjà un manque de personnel, et avec mon départ en congé maternité, la situation était critique. Quelle ironie.
Je ne savais pas si cétait elle, mais mon mari avait forcément quelquun dautre, car il navait plus une minute à maccorder. Entre le travail, les réunions et les soirées, il était toujours absent. Un jour, jai trouvé un mot dans sa poche, signé dinitiales inconnues. Je ne sais pas pourquoi, mais je lai remis en place et jai fait semblant de ne rien savoir.
Cétait terrifiant dêtre seule à sept mois de grossesse, alors que mon mari me reprochait dêtre trop émotive. Chaque dispute se terminait par un soupir excédé. Je pressentais quen abordant le sujet, je me retrouverais seule. La peur de le perdre était si forte quelle mempêchait de réfléchir. On dit que ce que lon craint finit toujours par arriver.
Peu importe à quel point Édouard mavait courtisée, il nétait pas un gentleman. Les pires mots que jaie jamais entendus : « Je ne suis pas prêt pour un enfant. » Et : « Il y a quelquun dautre. » Je ne me souviens même plus de ses exactes paroles, mais sur le coup, jai cru devenir folle.
Je ne mattendais pas à trouver la force de demander le divorce. Lui non plus, dailleurs. Il ne pensait pas que je jetterais toutes ses affaires dehors dès le lendemain. Heureusement, nous louions lappartementau moins, nous navions pas à nous le partager.
« Et lenfant ? Pense à lui. Comment vas-tu lélever ? »
« Je me débrouillerai. Je trouverai du télétravail. Et mes parents ont toujours proposé de maider. Ma mère disait quil était un coureurjaurais dû lécouter. »
Cest sans doute la responsabilité envers mon fils qui ma donné ce courage. Seule, je naurais peut-être pas osé.
Mais je savais aussi que je ne voulais pas quil grandisse avec un père comme lui.
Sa trahison était si méprisable que je nai plus voulu avoir affaire à lui. Cétait comme si mes yeux sétaient enfin ouverts.
Les premiers mois après le divorce, y compris laccouchement, ont été très difficiles. Je suis retournée chez mes parents, ravis daccueillir leur petit-fils. Je ne peux pas dire que je ne pensais plus jamais à Édouard, mais je faisais en sorte de ne pas my attarder. Au fond de moi, jétais sûre davoir pris la bonne décision et de pouvoir offrir à mon fils tout ce dont il aurait besoin.
Dès que jai repris des forces, jai cherché du travail. Je faisais déjà des traductions juridiques à temps partiel, alors jen ai fait mon activité principale. Bien sûr, certains mois étaient maigres, mais mes parents maidaient. Peu à peu, jai constitué une clientèle stable et je nai plus eu besoin deux.
Mon fils a grandi vite, et je nai pas vu les années passer. Je men suis rendu compte le jour où il a eu besoin de sa propre chambre. Mes parents ne voulaient pas que nous partions, mais je tenais à ce que nous ayons notre espace. Javais besoin dun bureau, et lui dun endroit pour étudier. À cette époque, je pouvais me permettre de louer un appartement.
À partir de là, tout sest enchaîné. La maternelle a laissé place à lécole primaire, puis au collège, et pour la première fois depuis longtemps, jai retrouvé un sentiment de bonheur et de liberté. Et puis, soudain, il est réapparu.
Notre ville nest pas très grande, et dans le milieu juridique, tout le monde se connaît. Édouard a donc facilement retrouvé la trace de mon bureau. Jai regretté de ne pas avoir déménagé ailleurs avec mon fils. Il prétendait avoir changé et regrettait amèrement ses actes. Il disait avoir été trop jeune et stupide. Il voulait rencontrer son fils.
Le problème est là : la loi ne lempêche pas de le voir. Et je sais que sil le veut vraiment, il trouvera un moyen. Mais cette idée meffraie. Cela fait plusieurs semaines quil ma reparlé. Je lui ai dit que jy réfléchirais, mais en réalité, je ne sais pas comment réagir. Je veux éviter que mon fils ne le rencontre.
Je me demande parfois si cest une punition pour avoir arraché Édouard à sa première femme. Je regarde mon fils rire dans le jardin, insouciant, et je serre entre mes doigts le vieux cadre photo où lon me voit enceinte, souriant seule devant la fenêtre. Non, ce nest pas une punition. Cest une frontière. Et cette fois, je la tiendrai.





