Lhomme que javais toujours imaginé ma quitté sa femme pour moi, jamais je naurais pensé à quel point cela finirait.
Je le vénérais déjà à luniversité. On peut qualifier cela damour inconditionnel naïf et aveugle. Dès quil a enfin dirigé son regard vers moi, je suis devenue complètement folle. Cela sest réellement produit, pour être honnête, quelques années après mon diplôme nous avons fini par être collègues dans la même société. Après tout, nous partagions la même spécialité, rien dextraordinaire. Mais pour moi, cétait le signe du destin.
Il me semblait être lhomme que javais toujours rêvé. À lépoque, le fait quil fût déjà marié ne me dérangeait pas du tout. Nayant jamais été mariée, je ne savais pas ce que cela faisait de voir une union se désagréger. Ainsi, je ne ressentais aucune gêne quand Paul a choisi dabandonner son épouse pour moi. Qui aurait pu prévoir la douleur que cela engendrerait? On dit vrai: on ne construit pas son bonheur sur le malheur dautrui.
Lorsquil ma sélectionnée, jétais au comble du bonheur et prête à tout pardonner. Pourtant, au quotidien, il nétait pas le prince charmant quil semblait être en public. Ses affaires jonchaient lappartement et il refusait catégoriquement de faire la vaisselle. La totalité des tâches ménagères reposait sur mes épaules, mais alors, cela métait indifférent.
Il a rapidement mis de côté son précédent mariage. Aucun enfant nétait prévu, et ce furent ses beauxparents qui avaient poussé au mariage. Avec moi, tout devait être différent tel était son discours.
Mon bonheur a été bref, car tout a changé quand jai découvert ma grossesse. Au départ, Paul était ravi daccueillir un enfant. Nous avons même organisé une grande fête familiale pour annoncer la nouvelle. Tous nous ont souhaité amour et santé pour le futur bébé.
Cette soirée reste à ce jour lun de mes souvenirs les plus précieux. Je nai aucun regret en y repensant. Mais à partir de ce moment, mon amour aveugle a commencé à séteindre.
Plus mon ventre sarrondissait, moins je voyais Paul. En congé maternité, nos rencontres se limitaient aux soirées tardives. Il restait plus souvent tard au bureau et assistait à des soirées dentreprise. Au début, cela ne me dérangeait pas, mais rapidement cela ma épuisée. Les tâches ménagères se compliquaient, car je ne pouvais plus simplement ramasser ses chaussettes éparpillées.
Je me demandais alors si nous ne nous étions pas précipités avec cet enfant.
Je savais que les sentiments saffaiblissaient avec le temps, mais je nimaginais pas une détérioration aussi rapide. Paul moffrait encore fleurs et chocolats, mais je ne désirais plus que ses cadeaux: je voulais simplement sa présence.
Très vite, il est devenu évident que ses fréquentes sorties nétaient pas anodines. Des collègues ont évoqué, en passant, larrivée dune nouvelle jeune employée dans notre service. Le personnel était déjà souseffectif, et mon congé maternité avait aggravé la situation. Quelle ironie.
Je ne savais pas si cétait elle, mais mon mari avait manifestement quelquun, car il ne trouvait plus une minute libre. Soit cétait le travail, soit une réunion, soit une autre soirée dentreprise incontournable. Un jour, jai découvert un petit bout de papier dans la poche de sa veste, portant des initiales inconnues. Sans savoir pourquoi, je lai remis à sa place et jai fait comme si de rien nétait.
Être seule à mon septième mois de grossesse était terrifiant, et pourtant mon mari narrêtait pas de se plaindre que je devenais trop nerveuse. Chaque dispute se soldait par un soupir de déception de sa part. Jai compris que si jévoquais le sujet, je finirais par être seule. La peur de le perdre était si intense que je ny pensais plus. On dit que la crainte excessive rend souvent la chose réelle.
Peu importe la façon dont Paul me courtisait avec élégance, il nétait pas du tout un gentleman. Les mots les plus durs que jai entendus furent: «Je ne suis pas prêt à avoir un enfant» et «Jai quelquun dautre». Je ne me souviens même plus exactement comment il me les a prononcés, mais à cet instant, jai cru perdre la raison.
Je naurais jamais cru pouvoir demander le divorce. Il ne sattendait probablement pas à ce que je refuse son comportement, ni à ce que, dès le lendemain, je jette toutes ses affaires dehors. Jétais soulagée que nous vivions dans un appartement loué au moins, je navais pas à le partager.
Et lenfant? Tu comptes lélever comment?
Je trouverai une solution. Je travaillerai à domicile. De plus, mes parents mont toujours proposé leur aide. Ma mère mavait prévenue quil était un coureur de jupons jaurais dû lécouter.
Cest sûrement la responsabilité envers mon futur fils qui ma donné du courage. Seule, je naurais jamais eu la force de partir. Mais jai aussi compris que je ne voulais pas élever un enfant avec un père tel que lui.
Sa trahison était dune lâcheté telle que je ne voulais plus rien voir de lui. Cétait comme si un voile sétait levé de mes yeux.
Les premiers mois après le divorce, y compris laccouchement, furent extrêmement durs. Je suis retournée chez mes parents, ce qui les a réjouis, surtout mes grandsparents, ravis davoir un petitfils. Je ne peux pas dire que Paul ne ma pas manqué, mais jai essayé de ne pas y penser. Au fond, jétais persuadée davoir fait le bon choix et de pouvoir offrir à mon fils tout ce dont il aurait besoin.
Et puis, soudain, il est réapparu.
Il semble que Paul regrette profondément et souhaite rencontrer son fils. Mais estce vraiment ce que je veux? Devraisje peutêtre déménager dans une autre ville?






