**La Robe de la Belle-Mère**
Dès quelle entra dans le restaurant, Camille sentit que quelque chose clochait. Il était étrangement vide pour un vendredi soir, les lumières étaient trop tamisées, et le maître dhôtel souriait avec une exagération suspecte. Quant à Théo, il paraissait comme dhabitude seuls ses doigts entrelacés aux siens tremblaient légèrement.
« Votre table », annonça le maître dhôtel en tirant une chaise, et Camille sarrêta net devant une petite salle privée. Des centaines de bougies jetaient des ombres dansantes sur la nappe immaculée. Au centre trônait un vase de roses bordeaux ses préférées. Une musique douce jouait en sourdine.
« Théo », murmura Camille, « quest-ce qui se passe ? » Sans répondre, il se mit à genoux. Une bague étincelait dans sa main tremblante. « Camille Dubois, dit-il solennellement, jai longuement réfléchi à la manière de rendre ce moment inoubliable. Mais jai compris une chose : peu importe le lieu ou la mise en scène. Une seule chose compte Veux-tu mépouser ? »
Elle contempla son visage émouvant : sa mèche rebelle, son sourire timide et sentit son cœur déborder dune tendresse indicible. « Oui, chuchota-t-elle. Bien sûr que oui ! »
La bague glissa à son doigt. Camille se blottit contre Théo, respirant son parfum familier, et pensa : *Voilà le bonheur. Simple et lumineux comme un matin de printemps.* Pourtant, une semaine plus tard, leur sérénité subit son premier assaut.
« Vous voulez tout organiser seuls ? » sexclama Madame Lefèvre en ajustant nerveusement sa coiffure parfaite. « Hors de question ! Un mariage, cest sérieux. Il faut de lexpérience, une touche féminine. Jai déjà réservé une merveilleuse salle »
« Maman, intervint Théo avec douceur, nous apprécions ton aide, mais nous voulons faire les choses à notre façon. »
« À votre façon ? » Elle leva les mains au ciel. « Vous ny connaissez rien ! Regarde ta cousine Élodie, son mariage était »
Camille observa en silence sa future belle-mère arpenter leur salon, égrenant une litanie de traditions et de « bonnes manières », tout en inspectant la déco dun œil critique comme si elle dressait déjà une liste de modifications.
« Maman, reprit Théo, nous avons choisi LÉglantine. Tu connais ? » Madame Lefèvre fit une grimace, comme si elle croquait dans un citron. « Ce nouveau lieu ? Non, non, seulement Le Grand Jardin ! Les lustres, le service Et le gérant est un vieil ami ! »
« Maman, le ton de Théo se durcit, cest *notre* mariage. Nous le fêterons où nous voudrons. » Un silence glacial sinstalla. Madame Lefèvre pinça les lèvres : « Très bien. Mais ne venez pas vous plaindre ensuite. »
Elle partit, laissant derrière elle un nuage de Chanel No. 5 et une tension palpable. « Désolé, murmura Théo en serrant Camille. Elle est un peu passionnée. » Camille ne répondit pas. Une petite voix lui souffla : *Ce nest que le début.*
Et effectivement, les semaines suivantes furent un festival de critiques et de sous-entendus. Madame Lefèvre trouvait tout à redire : les pivoines (« En octobre ? Des lys blancs, voyons ! »), la disposition des tables (« Trop austère ! »), et même les musiciens (« Mon Dieu, ce groupe ? Je connais un quatuor sublime ! »).
Camille tint bon, soutenue par sa mère, la sage et calme Madame Laurent. « Ne la prends pas au sérieux, conseillait-elle lorsque sa fille, épuisée, venait se confier. Cest *ta* journée. Et elle refuse juste dadmettre que son fils a grandi. »
Mais lorage éclata à propos du gâteau. « Trois étages ? Où sont les fleurs en sucre ? Les figurines des mariés ? » sindigna Madame Lefèvre en feuilletant le catalogue. « Maman, soupira Théo, nous voulons quelque chose délégant et sobre. »
« *Sobre* ? » Sa voix tremblait démotion. « Tu veux ridiculiser ta mère devant tout Paris ? Quon dise : Le fils de larchitecte renommée se marie avec un gâteau de cantine ? »
Camille ny tint plus : « Madame Lefèvre, soyons clairs. Ce mariage est le *nôtre*. Pas le vôtre. » Un silence de mort sabattit. Pâle puis écarlate, Madame Lefèvre se leva dun bond : « Parfait ! Je vois que je suis de trop. Faites comme bon vous semble ! »
Elle claqua la porte si fort que les vitres tremblèrent. « Elle est vexée, commenta Théo. » Camille resta muette, le cœur lourd. Deux jours plus tard, la catastrophe se produisit. Chez la couturière, Camille surprit par hasard une conversation au téléphone : « Oui, Madame Lefèvre, votre robe sera prête à temps. Une teinte délicate presque identique à celle de la mariée. »
Le monde sembla sécrouler. Camille quitta latelier en trombe et, les doigts tremblants, appela sa mère. « Maman, sanglota-t-elle, elle veut tout gâcher Elle a acheté une robe comme la mienne ! »
« Calme-toi, répondit Madame Laurent, étrangement déterminée. Je men occupe. »
Le matin du mariage, la pluie tombait doucement. Camille, immobile devant la fenêtre, fixait les gouttes en essayant de maîtriser ses tremblements. Derrière elle, la coiffeuse pestait contre une mèche récalcitrante.
« Camille, ne bouge pas ! »
Mais Camille ne pensait quà une chose : *Quelle robe portera Madame Lefèvre aujourdhui ? Os







