**Journal intime 12 octobre**
Je ne mattendais pas à vivre une journée pareille. Tout a commencé hier soir avec une dispute avec ma fille, Élodie. Elle voulait sortir pour lanniversaire dune amie, mais jai refusé. « À minuit, tu rentres en taxi ? Tu as perdu la tête ! » ai-je lancé, les bras croisés dans le couloir. Elle a bougé dun pied sur lautre, furieuse, ses lèvres tremblantes. « Tout le monde y va, sauf moi ! Tu ne me fais pas confiance, cest ça ? » Elle a claqué la porte de sa chambre si fort que les assiettes dans le buffet ont tressauté. Jai soupiré, le cœur lourd. Je savais quelle me bouderait toute la nuit, mais je ne pouvais pas la laisser sortir. La peur lemportait sur le désir dêtre une mère « cool ».
Puis, le téléphone a sonné. Une voix tremblante au bout du fil : « Marion ? Cest moi, Aurélie Aurélie Dumont. Tu te souviens de moi ? » Aurélie Mon amie de fac, celle que je navais pas vue depuis quinze ans. Les appels rares, puis plus rien. Elle sanglotait : « Je nai personne dautre à qui parler Il ma mise à la porte. » Son compagnon lavait quittée pour une autre, la laissant sans un sou, sans logement. « Je suis à la gare de Lyon Jai honte. » Jai imaginé Aurélie, celle qui rayonnait autrefois, assise sur un banc de gare, perdue. Mon irritation envers Élodie sest évaporée. « Prends un taxi et viens. Tout de suite. »
Une heure plus tard, elle était là. Je ne lai presque pas reconnue. Les cheveux en désordre, les yeux rougis, une vieille veste en cuir froissée. Elle sest jetée dans mes bras en pleurant. Je lai fait entrer, lui ai servi du thé. Elle refusait de manger. « Je veux juste dormir » Je lai installée sur le canapé du salon, lui ai souhaité une bonne nuit.
Ce matin, je me suis réveillée avant laube. Jai entendu un bruit dans ma chambre. La porte, que javais pourtant fermée, était entrouverte. Jai retenu mon souffle. Aurélie était agenouillée devant ma commode, fouillant mes affaires. Elle a sorti ma boîte à bijoux une fine chaîne en or, les boucles doreilles de maman , la ouverte, puis la reposée avec un regard déçu. Ensuite, elle sest attaquée aux papiers. Jai reculé silencieusement, le cœur battant. Pourquoi ? De largent ? Des objets de valeur ? Mais je nai rien de précieux
Je nai rien dit. Jai joué lindifférence au petit-déjeuner. Aurélie était trop souriante, trop bavarde. « Tu as une si jolie maison » Ses yeux, pourtant, scrutaient chaque détail, comme pour évaluer. Élodie lobservait avec méfiance. « Elle est bizarre, cette femme », ma-t-elle murmuré.
Aujourdhui, jai appelé une vieille amie commune, Solène. « Marion, méfie-toi À la fac, elle avait volé largent de la cagnotte pour le voyage. Et lannée dernière, je lai croisée : elle était criblée de dettes, poursuivie par des huissiers. »
Je suis rentrée plus tôt du travail. Aurélie était dans la chambre dÉlodie, en train de feuilleter un album photo celui dAntoine, mon mari disparu. « Quest-ce que tu fais ? » ai-je demandé dune voix glaciale. Elle a sursauté. « Je rangeais, cest tout »
Je nai pas pu me contenir. « Je tai vue fouiller mes affaires cette nuit. » Son masque est tombé. « Jai besoin dargent, tu comprends ? Antoine collectionnait les pièces anciennes, non ? Jai cru que »
Mon sang na fait quun tour. Elle était venue pour ça. Profiter de ma pitié. « Prends tes affaires et pars. »
Elle est partie sans un mot, le sourire méprisant. Quand la porte sest refermée, je me suis effondrée par terre. Élodie ma serrée dans ses bras. « Elle ne le méritait pas, maman. »
Jai pleuré, mais en réalité, je me sentais plus légère. Ma vraie richesse nétait pas dans une boîte à bijoux. Elle était là, à mes côtés, me serrant fort.






