Autant dire quon verra bien.
Non ! Tant que nous vivrons dans cette maison avec ta mère et Élodie, il ny aura pas de mariage !
Ma chérie, pourquoi être si catégorique ? Louons une robe, nous avons encore le temps. Ou reportons la cérémonie si tu préfères On peut régler cela calmement, soupira Alexandre.
Tu ne comprends pas, croisa les bras Aurélie. Ce nest pas la robe le problème. Cest que je vis ici comme en pleine guerre. Ta sœur est une grande fille, mais elle na toujours pas de jugeote. Et encore, cest ta mère, Marie-Claire, qui est la vraie coupable.
Alexandre nappréciait guère ces mots, même sil savait quAurélie navait pas tout à fait tort. En son temps, Marie-Claire avait, sciemment ou non, retourné sa fille contre sa future belle-sœur.
Aurélie et Alexandre sétaient rencontrés à luniversité. Leur relation avait progressé lentement, car aucun des deux navait son propre logement. Alexandre vivait encore chez sa famille, sous prétexte de commodité.
Jai un appartement, hérité de ma grand-mère. Mais nous nen avons pas besoin pour linstant, alors ma mère le loue. Quand ce sera nécessaire, nous le rénoverons, expliquait-il.
Un an plus tard, lappartement devint effectivement utile. Alexandre jugea quil était temps de franchir une nouvelle étape. Tous deux avaient obtenu leurs diplômes et trouvé un travail, alors pourquoi attendre ?
Vivons chez ma mère en attendant, puis nous nous marierons et emménagerons, annonça-t-il. Six mois tout au plus, et nous serons installés.
Aurélie fut dabord ravie. Cela semblait sérieux. Puis elle réfléchit : ils navaient jamais vécu ensemble, et elle allait devoir affronter seule sa future belle-mère. Cela ne tuerait-il pas leur amour ?
Ce fut presque le cas.
Non, Marie-Claire nétait pas la belle-mère tyrannique et possessive. Elle avait même proposé daider pour le mariage. Elle cuisinait bien, ne cherchait pas querelle. Le problème était ailleurs.
Marie-Claire avait une manière bien à elle délever ses enfants. Avec Élodie, la cadette, elle était sévère, peut-être à juste titre. La jeune fille était gâtée et nécessitait une approche délicate, ce dont Marie-Claire était incapable.
Un jour, Aurélie assista malgré elle à une scène familiale. Elle préparait son thé pendant que Marie-Claire vérifiait le carnet de notes dÉlodie. Elle y trouva de nouveaux zéros et une remarque sur son comportement.
Encore ? Cétait si difficile dapprendre ce poème ? soupira-t-elle. Donne-moi ton téléphone et ta tablette. Tu les récupéreras quand tu auras une bonne note en littérature.
Élodie roula les yeux.
Prends-les, alors. Je demanderai à Alexandre le sien.
Crois-tu quil sera toujours là pour toi ? Il partira avec Aurélie, aura ses propres enfants et nous oubliera.
Autant dire quon verra bien ! lança Élodie en jetant ses affaires sur la table avant de senfermer dans sa chambre.
La porte claqua. Aurélie regarda Marie-Claire, gênée. Elle sentait que sa future belle-mère avait exagéré, mais faire la morale à une femme plus âgée lui paraissait malvenu.
Vous êtes un peu dure avec elle murmura-t-elle.
Elle doit comprendre que la vie nest pas un long fleuve tranquille. Je lui dis la vérité.
Cette vérité se retourna contre Aurélie.
Elle avait remarqué quÉlodie lévitait, refusant de partager les repas. Puis vinrent les petites provocations : cacher la télécommande en plein été, abîmer le maquillage dAurélie. LorsquAlexandre installa une serrure à leur porte, Élodie fit une crise.
Et mes devoirs ? Je dois rendre des rapports !
Tu les feras sous ma surveillance, répondit calmement Alexandre.
Avant, tu ne tenfermais pas !
Avant, je vivais seul. Et avant, tu ne fouillais pas mes affaires.
Je nai rien fouillé ! Cest ta chère Aurélie qui ment ! Je la déteste !
Élodie sanglota toute la soirée. Aurélie ne savait que penser. Elle détestait ce comportement, mais ne voulait pas envenimer les choses.
Elle est encore jeune, disait Alexandre.
Elle a douze ans. Prenons un appartement, proposa Aurélie.
Encore un peu de patience. Ma mère assure que dans quatre mois, ce sera réglé.
Quatre mois une éternité pour Aurélie.
Elle tenta de se rapprocher dÉlodie, lui offrant des chocolats, sintéressant à sa scolarité. Mais rien ny fit. Les choses empiraient.
Un matin, pressée, Aurélie accrocha son sac à la porte. Plus tard, elle remarqua quon y avait fouillé, mais neut pas le temps de vérifier. Arrivée au travail, elle réalisa que ses clés avaient disparu. Elle soupçonna Élodie. Marie-Claire les récupéra après une dispute, mais le malaise persista.
Alexandre, lui, oubliait parfois de verrouiller les portes. Ce qui leur coûta cher.
À la veille du mariage, tout le monde était occupé. Le soir, Aurélie voulut admirer sa robe mais elle était en lambeaux, découpée aux ciseaux. Elle savait qui en était responsable.
Les mains tremblantes, elle amena Alexandre devant le désastre. Les injures fusèrent.
Espèce de petite vipère ! hurla Marie-Claire. Tu mériterais une bonne fessée ! Tu vas rendre chaque centime de cette robe !
Élodie fut punie, mais le mal était fait.
Aurélie refusa tout compromis. Plus question de louer une robe ou de reporter le mariage. Elle en avait assez de subir ces caprices.
Repose-toi, nous aviserons demain, tenta Alexandre.
Non. Soit nous vivons seuls, soit cest fini. Jen ai assez dattendre que ta mère nous rende ton appartement, que ta sœur cesse de fouiller dans mes affaires. Un couple doit se battre, mais pas comme ça. Je ne suis même pas ta femme, et je suis déjà épuisée.
Elle réunit ses affaires.
Où vas-tu ? Le temps des travaux
Elle ne lécouta plus.
Cette nuit-là, Aurélie pleura chez une amie, perdue, ne sachant plus où aller.
Alexandre appela cent fois. Le troisième jour, elle répondit.
Je sais, cest affreux. Mais ne gâchons pas tout. Achetons une autre robe, aujourdhui même.
Aurélie hésita. Alexandre était un homme bon, attentionné. Elle laimait. Mais
Si nous nous marions, ce sera à mes conditions.
Lesquelles ?
Un mariage simple, sans aide ni présence de ta famille. Nous organiserons un dîner plus tard, pour nos proches seulement. Et nous louerons un appartement.
Un silence.
Daccord, finit par dire Alexandre.
Le mariage fut modeste. Ils se marièrent, prirent des photos, puis sisolèrent à la campagne pour trois jours.
Les proches dAlexandre furent vexés, mais Aurélie sen moquait. Cette journée était à eux.
Au dîner, Élodie resta silencieuse, comme remise à sa place. Aurélie ne se sentit pas victorieuse. Elle navait jamais voulu cette guerre. Mais désormais, elle garderait ses distances.
Élodie nétait quune enfant, Marie-Claire peut-être sans méchanceté, mais leur famille serait désormais un sanctuaire.







