Premier amour au lycée : une histoire de classe de seconde.

Ah, écoute cette histoire damour de lycée Cest comme un roman français, tu vas voir.
En seconde, Élodie tomba amoureuse pour la première fois. Cétait un garçon de sa classe, Quentin. Après les vacances dété, il était revenu transformé, comme un prince sorti dun conte. Quand il sassit à côté delle en septembre, Élodie crut toucher le ciel.
Elle aussi avait changé. Plus une petite fille, mais une jeune femme avec une silhouette élancée et des jambes gracieuses. Ses cheveux, noués en chignon, révélaient un cou de cygne.
Quentin observa Élodie dun œil critique et se dit quil ne serait pas embarrassé de sasseoir à ses côtés. Dautant quelle était brillante en coursutile pour les copies, au besoin. Elle avait aussi un cœur tendre.
Mais lamitié se mua vite en amour : un premier amour, brûlant, enivrant et terriblement mal timing.
Les examens approchaient, il fallait réviser, potasser des manuels. Pourtant, Quentin et Élodie traînaient ensemble après les cours, sembrassaient sur un banc du parc, et lhiver, patinaient sur la glace.
Les parents de Quentin, eux, nétaient pas ravis. Il était censé intégrer Saint-Cyr, mais il négligeait ses études à cause dÉlodie. Un amour si jeune ne présageait rien de bon. Et puis, elle venait dun milieu modeste
Son père le sermonna : *”Dans quoi tes-tu fourré ?”* Sa mère, plus compatissante, soupirait.
Élodie vivait avec sa grand-mère. Sa mère était morte quand elle avait cinq ans. “Disparue.” Sur lacte de naissance, à la rubrique “père”, un gros trait noir barrait la case
*”Et pourquoi tu lui plais comme ça ?”* marmonnait la grand-mère, sceptique. *”Ah oui À cause de sa mère.”*
Dès quon évoquait sa mère, la conversation sarrêtait net. La vieille femme serrait les lèvres, comme si elle fixait son propre passé, et soupirait en silence.
Pendant ce temps, Élodie courait à ses rendez-vous avec Quentin. Rare était le jour où ils ne se voyaient pas. Ses notes chutaient, les profs sinquiétaient, et les parents de Quentin durcirent le ton : plus de revoir la fille avant la majorité, au moins.
Quentin sourit amer. Il ne voulait pas rompre. Ils avaient été si proches Ce sentiment nouveau lavait envahi. Mais des projets sérieux ? Impensable. La réaction de ses parents était prévisible.
Quand Élodie découvrit sa grossesse, trois mois après leurs premières fois, ce fut la panique. Le bac approchait, les oiseaux chantaient dehors et elle pleurait la nuit, étouffant ses sanglots pour ne pas réveiller Mémé. Mais celle-ci, flairant le changement, comprit.
Quentin, elle ne le croisait plus quen cours. Son père avait coupé les ponts. Sils savaient
Un soir, Mémé sassit au bord du lit et demanda calmement :
*”Tu veux le garder ? Ne me mens pas. Jai déjà vécu ça avec ta mère.”* Elle éclata en larmes, et Élodie se blottit contre son épaule frêle.
*”Que faire, Mémé ?”* murmura-t-elle. *”Ses parents sont contre. Mais ils ne savent rien.”*
*”Et lui ? Il sait ?”*
*”Non. Jai peur de lui dire quil me quitte sur-le-champ.”*
*”Il ta déjà quasiment lâchée,”* confirma Mémé. *”Mais tu dois lui dire. Cest ton devoir. Sil fuit, tant pisun homme comme ça ne vaut rien. Ne regrette rien. Et ne montre pas que tu laimes. Garde ta fierté. On se débrouillera. Je vais travailler.”*
*”Quoi ? Toi ? Mais tu es à la retraite !”*
*”Femme de ménage, dans notre résidence. Et alors ? Tant que je vivrai, je tiendrai un balai. Comment faire autrement Ma petite fille.”*
Élodie sanglota, Mémé aussi. Puis la vieille femme se ressaisit.
*”Assez pleuré. Pas maintenant. Dors.”* Elle se leva et ajouta fermement : *”Promets-moi une chose : tu termineras ton bac. Coûte que coûte.”*
Élodie se calma. Elle décida de tout dire à Quentin à la première occasion. Elle savait quil ne serait pas heureux, mais elle était prête. En elle, déjà, grandissait une petite vie quelle aimait déjà. Son refus ? Quimporte. Elle allait être mèrele plus grand bonheur.
Quentin avait changé de place en classe. On chuchotait sur leur rupture. Certains blâmaient Élodie, dautres Quentin, mais tous saccordaient : dabord le bac, ensuite les études, et après, la famille. Mais personne ne parlait damour. Ce quÉlodie ressentait, peu le devinaient. Sans lavoir vécu, on ne comprend pas.
Elle lui annonça sa grossesse le lendemain, dans une allée derrière le lycée. Quentin pâlit, vacilla comme frappé, et sans un mot, tourna les talons. Élodie resta plantée là, simaginant quil allait se retourner, courir vers elle comme avant
Mais Quentin séloigna sans un regard, comme sil fuyait un cauchemar éveillé.
Élodie obtint son bac. Elle trouva un job à la cantine où Mémé avait travaillé. Puis, à lautomne, ce fut le congé maternité. Malgré sa jeunesse, elle accoucha dun petit garçon en bonne santé.
Mémé devint femme de ménage, cumulant sa maigre retraite. Quand Lucas fut en âge daller à la crèche, Élodie reprit son travail. Il fallait bien vivre. “Mère célibataire.” Cest ce quon murmurait dans son dos. Mais au travail, on laimait pour son caractère, sa gentillesse, son sérieux.
Plus tard, elle suivit une formation et devint cuisinière. Elle excellait, adorait la propreté, et montait en compétence chaque année.
Mémé, elle, ne travaillait plus. Elle gardait son arrière-petit-fils, heureuse du succès dÉlodie.
Les clients de la cantine adoraient ses platsses salades inventives, ses gâteaux fondants. Certains lui demandaient même ses recettes.
Un jour, un nouveau arriva : Théo, diplômé dune école hôtelière. En trois mois, il tomba amoureux dÉlodie et la demanda en mariage. Elle hésita.
Elle ne lui cacha pas quelle était mère célibataire. Théo, loin de sen offusquer, sembla ravi. Il venait la chercher avec des fleurs, des jouets pour Lucas. Sans se soucier des regards, il lembrassait devant limmeuble, prenait Lucas dans ses bras, et ils partaient en balade tous les trois. Mémé, les observant par la fenêtre, priait et les bénissait avant de se signer devant licône.
*”Élodie, maintenant, cest plus trop tôt,”* disait-elle le soir.
*”Mémé, je suis adulte,”* souriait Élodie. *”Tu me connais Jai appris pour la vie. Mais je ne regrette rien. Mère célibataire ? Je tai, jai Lucas ! Et maintenant Théo. Dailleurs, on a déposé notre dossier. Je laime. Il est bon. Sincère.”*
Les deux femmes sétreignirent en pleurant. De bonheur, cette fois.
Ils se marièrent un mois plus tard, à la cantine. Tout le personnel était là, ainsi que les amies de Mémé et la famille de Théo.
Théo adopta Lucas. Élodie nétait plus seule. Elle goûtait à une nouvelle vieépouse, aimée, désirée. Et maintenant la plus heureuse.

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