**Journal Intime Une Famille Pas Si Fière**
Ma belle-mère se souvenait parfaitement de sa conversation avec cette femme insupportable devenue lépouse dÉtienne. Elle avait tout fait pour dissuader son fils chéri de lépouser. En vain. Du moins, au début. Et puis, cette provinciale sans éducation se permettait tant daudace
« Écoutez, Irène Pétrovna. Pourquoi jouez-vous à la mère sage ? Je vois bien que vous me détestez. Tout simplement parce que je vous vois à travers et refuse de plier. Pourquoi venez-vous chaque soir sans invitation dans notre appartement ? Nous ne vivons pas sur votre argent, » avait lancé leffrontée à la mère dÉtienne.
« Quoi ? Tu oses me faire la morale ? Attends davoir mon âge » Irène Pétrovna commençait à semporter. Son vernis de distinction seffritait, révélant une petite bourgeoise sans envergure, dont le seul but dans la vie était de vivre doucement, quitte à écraser qui elle devait. Chacun pour soi, après tout.
« Irène Pétrovna, Étienne et moi nous aimons. Et jai remarqué que vos discussions lui font du mal. Vous avez chassé son père, convaincu de vous céder sa part de lappartement Maintenant, vous ne lui laissez même pas vivre ? Si vous ne laimez pas, laissez-le au moins être aimé par une autre, » répliqua linsolente Solène.
« Ah, voilà comment tu chantes ! Eh bien, je vais te dire, moi, la miséreuse ! Doù viens-tu, de quel trou perdu ? Tu nes personne. Un jour, tu perdras ton travail et tu vivras dans la rue. Pauvre comédienne. Et tu oses me donner des ordres ? » explosa Irène.
« Ah, cest comme ça que vous mesurez la dignité ? Si on vole un appartement, on est respectable ? Mais si on travaille honnêtement, cest mal ? Tout le monde na pas la chance de tomber sur un mari avec un logement à dépouiller ! Et à votre information, vous non plus, vous nêtes pas née à Paris, » lança Solène, touchant là où ça faisait mal.
Irène était bien arrivée dun village reculé, sans éducation ni métier.
« Tu ne seras jamais avec mon fils ! Une mère, cest sacré ! Sors ! » neut plus quà crier Irène, jouant son ultime atout.
Solène ricana et se tut. Le conflit nébranla pourtant pas le couple. Ils se marièrent malgré tout.
Mais Irène ne lâcha pas prise. Quand Solène eut un enfant, elle monta Étienne contre elle. Ils divorcèrent Leur petit Alexis navait que quatre ans.
Irène tremblait à lidée quÉtienne retourne vers cette insolente. Elle savait quil les voyait parfois, payait même une pension.
Ce quelle ignorait, cest quils vivaient toujours ensemble, élevant Alexis, tandis quelle croyait son fils dans une autre ville.
Ce plan génial nétait pas seulement dû à la mère toxique. Étienne, avant le mariage, sétait endetté jusquau cou. Bien avant leur faux divorce.
Solène lavait prévenu :
« Étienne, pourquoi tengager avec ce Vincent ? Cest un requin. Toi, tu es naïf. Il técrasera sans sourciller. »
« Solène, exagère pas. Vincent est un bon gars. Entre hommes, on se serre les coudes, cest normal. »
« Il profite de toi. La probité na pas de sexe. »
Il nécouta pas. Vincent le nomma directeur dune société fictive, vida les comptes et disparut, laissant les dettes.
Mieux valait un salaire modeste mais stable. Alors, ils imaginèrent ce plan.
Officiellement, Étienne logeait dans un foyer dentreprise. Le soir, il retrouvait sa femme et son fils.
Il était heureux. Mais chaque mois, il devait rendre visite à sa mère, qui tentait toujours de le remarier.
« Si on lui disait tout ? » proposa Solène.
« Non Ça la tuerait. Trouvons autre chose, » soupira-t-il.
« Mais quoi ? On ne peut pas se cacher éternellement ! »
Ils vivaient pauvrement, sans issue. Parfois, Étienne suggérait de le quitter. Mais Solène laimait.
***
« Solène, pourquoi le maintenir ? Tu loues une chambre, le nourris Pourquoi ? Vous nêtes même plus mariés ! » La mère de Solène, institutrice, voulait les accueillir dans son petit deux-pièces. Sans Étienne.
« Maman, je laime Nous avons un fils. Je ne peux pas labandonner. »
Sa mère, ayant élevé Solène seule, sinquiétait. Un ultimatum, pensait-elle, la ferait renoncer. Mais non. Alors, elle eut une idée
***
« Eh bien, Irène Pétrovna Voilà la situation. » La mère de Solène, Odile, vint en secret lui parler.
« Des dettes ? Et mon fils vit toujours avec elle ? Et me ment ? » Lindignation dIrène fut sans borne.
« Oui. Et ma fille laide avec ses maigres revenus. Alors jai pensé Bien que Solène me lait interdit. »
« Il ose mentir sur son travail Le misérable ! »
« Alors, on fait quoi ? Nous sommes lancienne génération. Sauvons-les ! »
« Mais comment ? »
« Partageons les frais. Jai quelques économies Pour ma fille. Et mon petit-fils. »
« Sérieusement ? Mon fils est adulte. Je lai élevé, ça suffit ! Aucune aide ! Je le renie ! »
***
« Venez chez moi. À plusieurs, cest plus gai, » proposa Odile après ce refus.
« Daccord » soupira Solène.
« On na pas le choix Désolé, Odile, pour notre comportement à votre mariage »
Étienne se souvint de ses moqueries envers ces provinciaux maladroits. Mais lessentiel était ailleurs.
***
« Tu ne mintéresses pas Mais ma fille a besoin daide, » appela Odile à son ex-mari.
« Bien sûr, Odile. Solène est ma seule fille. Que dois-je faire ? »
« Un logement Et un peu dargent. »
Elle savait quYves prospérait dans le BTP. Mais il était radin.
« Combien ? »
Elle nomma le montant des dettes, pensant : *Même si Yves aide et quÉtienne senfuit Quils vivent dignement, au moins.*
« Daccord. À une condition »
« Laquelle ? »
« Une rencontre. Juste nous deux. »
« Si tu restes correct » rit Odile, rougissante.
***
Les années passèrent. À leurs 18 ans, Alexis réunit toute la famille. Odile et Yves se tenaient la main, retrouvant lamour après des années de courtoisie.
Étienne et Solène se remarièrent, mais seulement après quOdile exigea que Solène devienne propriétaire de lappartement offert par Yves.
Étienne avait mûri. Plus de bêtises. Un emploi stable.
« Tout le monde est là ? » demanda Alexis.
On sonna. Alexis ouvrit. Irène Pétrovna se tenait là, timide.
« Tu las invitée ? Alexis, on en avait parlé » gronda Solène.
« Maman, elle mappelait Elle regrettait. »
« Un mot dexcuse, en dix-huit ans ? » demanda Odile.
« Allons, Odile Sans elle, on ne serait pas ensemble. Et qui na jamais péché ? » dit Yves.
« Maman, pourquoi ce cinéma ? » soupira Étienne.
« Je venais mexcuser » murmura Ir







