Brangusis, est-ce que tu pourrais me ramener à la maison ? – Après une dure journée de travail, Jeanne espérait éviter les quarante minutes de trajet en bus.

*Journal intime*
« Mon chéri, tu pourrais me ramener à la maison ? » Après une journée de travail épuisante, Jeanne espérait éviter les quarante minutes de trajet en bus.
« Mon amour, peux-tu venir me chercher du travail ? » Lila téléphona à son mari, souhaitant échapper au trajet cahoteux qui lattendait.
« Je suis occupé », répondit-il sèchement. Pourtant, en arrière-plan, on entendait distinctement la télévisionThéo était bien chez lui.
La jeune femme en eut le cœur brisé. Leur mariage était au bord de leffondrement, alors quà peine six mois plus tôt, Théo laurait portée dans ses bras sans hésiter. Quest-ce qui avait changé en si peu de temps ? Lila ne comprenait pas.
Elle prenait soin de sa silhouette, passant des heures à la salle de sport. Elle cuisinait à la perfectionce nétait pas pour rien quelle travaillait dans un restaurant réputé. Jamais elle ne demandait dargent, ne faisait de scènes, était prête à satisfaire ses moindres désirs
« Tu vas finir par lui lasser », soupira sa mère en écoutant ses plaintes. « On ne peut pas toujours faire plaisir à un homme. »
« Je laime, cest tout », murmura Lila avec un sourire las. « Et il maime aussi »
*****
« Finalement, je lai lassé. » Lila se mordit la lèvre en parcourant lhistorique du navigateur. Théo passait tout son temps libre sur des sites de rencontre, échangeant avec plusieurs femmes à la fois. « Pourquoi na-t-il pas simplement parlé ? Jaurais compris, je laurais laissé partir. Pourquoi vivre avec une femme quon naime plus et la torturer par son indifférence ? »
Alors, le divorce. Elle était forte, elle survivrait. Mais elle ne le laisserait pas sen tirer si facilement. Une petite vengeance simposait
Ce soir-là, Lila sinscrivit sur le même site que son mari, le trouva et lui écrivit. Elle prit une photo sur Internet, la retoucha légèrement et fut certaine quil mordrait à lhameçon. Et il mordit.
Commencèrent alors des échanges enflammés. Il affirmait ne pas être marié, prêt pour une relation sérieuse et des enfants. Il vantait son caractère formidable, ce qui la fit rire aux larmeselle savait trop bien combien il était difficile de vivre avec lui.
« Rencontrons-nous », écrivit Lila, retenant son souffle en attendant sa réponse.
« Avec plaisir », répondit-il en quelques secondes. « Mais ma sœur loge chez moi en ce moment, elle prépare ses examens. On pourrait se voir dans un endroit neutre, puis prolonger la soirée à lhôtel ? »
« Sérieusement ? » Lila éclata de rire. « Tu crois quune femme accepterait ça demblée ? Nimporte qui se serait offensé ! Enfin tant mieux pour moi. »
« Et si on se voyait chez moi ? Jhabite en banlieue, seul. Personne ne nous dérangera » Elle se demanda sil accepterait.
« Excellente idée ! » Théo sembla ravisans doute pour économiser quelques euros. « Envoie ladresse et lheure. Jarriverai les ailes de lamour. »
« 25 rue ***, à 22 heures. Ça te va ? »
« Parfait ! À ce soir. »
À 21 heures, Théo prétexta une urgence au travail. Ne trouvant pas ses clés de voiture, il demanda à sa femme, réticent : « Tu ne les as pas vues ? »
« Elles étaient sur la commode », répondit Lila dun air innocent, serrant les clés dans sa poche. « Le chat a dû les prendre. »
Elle neut aucune intention de lattendre. Pourquoi faire ? Elle passa ce temps utilementà rassembler ses affaires. Par chance, elle avait hérité dun appartement de sa grand-mère. La seule chose quelle laissa derrière elle fut la demande de divorce, bien en évidence.
Théo ne rentra quau petit matin, furieux. Non seulement le trajet avait pris plus dune heure, mais en plus, cette Angélique du site nétait pas là.
Ladresse était exacte, la maison aussi. Mais aucune trace de la femme sublime des photos. À la place, une femme trois fois plus large que lui lui ouvrit la porte, vêtue dune robe à moitié transparente. Il aurait donné toutes ses économies pour effacer cette image de sa mémoire.
Et surtout, il avait eu du mal à séchapper ! Il dut appeler un taxi, qui mit une éternité à arriveril grelottait dans sa veste légère. Le chauffeur, un type bizarre, le conduisit dabord Dieu sait où Bref, une nuit mémorable.
Ce nest quen rentrant chez lui, en découvrant la demande de divorce sur la table, quil comprit qui avait orchestré tout cela. À côté, écrit en rouge à lèvres : *Cette douce vengeance*

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Brangusis, est-ce que tu pourrais me ramener à la maison ? – Après une dure journée de travail, Jeanne espérait éviter les quarante minutes de trajet en bus.
Pendant 50 ans, j’ai eu peur de devenir veuve. Ce n’est qu’après sa mort, en triant ses affaires, que j’ai réalisé avoir vécu avec un inconnu