Trois samedis de suite, ma femme partait ‘au travail’. Ce que j’ai découvert a tout bouleversé.

Trois samedis daffilée, ma femme est partie « au travail ». Ce que jai découvert a tout changé.

Encore en retard ? Antoine essaie de garder une voix calme, mais un tremblement trahit son émotion.

Élodie simmobilise, son sac à la main. Elle se retourne lentement, comme pour gagner du temps.
Oui, le projet est en feu. Le patron est sur les nerfs, tout le monde court partout.
Un samedi ? Trois semaines de suite ?
Antoine, ne fais pas lenfant. Le travail, cest le travail.

Elle lembrasse sur la joue vite, machinalement, comme une voisine dans lascenseur. Elle ne sent pas comme dhabitude. Quelque chose de doux, infantile, comme du lait. Antoine fronce les sourcils.

Élo, on pourrait en parler ?
Ce soir. Tout ce soir, daccord ?

La porte claque. Antoine reste planté dans lentrée, les poings serrés. Troisième samedi. Troisième maudit samedi où elle part comme une furie et revient épuisée, muette, étrangère.

Il nen peut plus. Il attrape les clés de la voiture.

Élodie sort de limmeuble, jette un regard circulaire. Antoine se baisse dans sa voiture chance, il sest garé derrière un camion. Elle monte dans un taxi. Il démarre.

Le trajet est long. Pas vers le bureau ça, Antoine la compris tout de suite. Vers une banlieue dortoir à lautre bout de la ville. Son cœur bat la chamade. Il va savoir. Tout va séclaircir.

Élodie descend devant un HLM décrépi. Antoine se gare plus loin, la suit à distance. Elle entre dans limmeuble. Il compte les étages. Troisième. Fenêtre à gauche.

Rien ne se passe pendant une demi-heure. Puis Élodie réapparaît. Mais pas seule.

Avec une poussette.

Antoine manque de seffondrer. Une poussette ? Un bébé ? Ils nont pas denfant, ils en parlent, enfin, parlaient, avant ces samedis maudits…

Le bébé pleure. Élodie berce la poussette, murmure des mots rassurants. Elle a lair maladroite, dépassée. Une jeune femme sort en courant Sophie, la sœur cadette dÉlodie. Lirresponsable Sophie, qui à vingt-cinq ans a déjà divorcé deux fois.

Élo, merci ! Je reviens vite, deux heures max !
Sophie, tu avais dit une heure !
Sil te plaît, cest important !

Sophie séloigne en courant, laissant sa sœur avec le bébé hurlant. Élodie pousse la poussette davant en arrière, désemparée.

Antoine sadosse à un mur, le souffle court. Pas damant. Un neveu. Mais pourquoi mentir ?

Il rentre chez lui en vitesse, avant Élodie. Il doit réfléchir.

À la maison, Antoine arpente les pièces. Il pourrait simplement demander. « Élodie, où étais-tu ? » Mais elle mentirait il le sait. Comme lui ment.

Parce quil a aussi un secret.

Camille. Lassistante du service voisin. Rien de grave juste des discussions, des cafés, parfois un film. Elle écoute ses histoires de code, rit à ses blagues, le regarde avec admiration. Comme Élodie autrefois. Avant que leur vie ne se transforme en « achète du pain », « paye les factures », « tes chaussettes traînent ».

Avec Camille, cest facile. Elle lui rappelle lÉlodie dil y a sept ans. Joyeuse, insouciante, prête à écouter pendant des heures ses divagations sur linformatique.

La clé tourne dans la serrure. Antoine sursaute, attrape la télécommande.

Salut, Élodie apparaît dans le salon. Tu es resté enfermé toute la journée ?
Ouais. Je navais pas envie de sortir.

Elle passe à la cuisine. Antoine entend couler leau, tinter les couverts. Il la rejoint.

Élodie est devant lévier, frotte une tasse. Les épaules voûtées, des cernes sous les yeux. Une tache sur son jean du lait, peut-être.

Élo.
Quoi ?
Tu as lair fatiguée.

Elle se retourne, surprise.
Oui. Je suis fatiguée.
Si on dînait dehors ? Chez ce petit italien, pour lanniversaire ?
Antoine, je suis crevée. Commandons une pizza ?

Il hoche la tête. La regarde chercher le numéro du livreur. Ses mains tremblent.

Élo, quest-ce qui se passe ?
Comment ça ?
Tu nes plus la même. Depuis un mois.

Elle se fige. Le téléphone lui échappe, tombe sur la table.
Cest juste le travail. Beaucoup de travail.
Un samedi ?
Oui ! Un samedi ! Lâche-moi !

Elle craque. Antoine voit les larmes prêtes à jaillir. Il lembrasse. Elle se raidit, puis se détend, enfouissant son visage dans son épaule.

Désolée. Je suis juste… épuisée.

Elle sent la poudre pour bébé et un truc aigre du lait régurgité, sans doute. Antoine caresse son dos, sent son cœur saffoler.

Si quelque chose ne va pas, dis-le. Je suis là.

Elle sécarte, essuie ses yeux.
Tout va bien. Vraiment. Une période difficile. Ça va passer.

La pizza arrive quarante minutes plus tard. Ils mangent en silence, évitant leurs regards. Élodie part se doucher, Antoine reste, fixant son morceau refroidi.

Il pourrait parler. « Élodie, jai vu la poussette. Cest ton neveu ? » Mais alors, il devrait avouer lavoir suivie. Et elle demandera : « Et toi ? Où étais-tu vendredi soir ? »

Que répondra-t-il ? Quil buvait un verre avec une autre ? Quil lui racontait ce quil ne partageait plus avec sa femme ? Quil se demandait parfois : et si… ?

Le téléphone vibre. SMS de Camille : « Lundi ? Je veux te montrer ce film dont jai parlé. »

Antoine efface le message. Non. Assez.

Élodie sort de la salle de bain en robe de chambre, les cheveux mouillés. Elle sassoit près de lui.

Antoine, demain, restons à la maison. Juste nous deux.
Et le travail ?
Au diable le travail.

Il sourit. Quand a-t-elle dit ça pour la dernière fois ?
Daccord. On reste.

Elle prend sa main. Ses doigts sont froids, malgré la douche chaude.
On a perdu quelque chose, non ?
Quoi ?
Nous. On a perdu nous.

Antoine serre sa main.
On le retrouvera.

Le lendemain, ils se réveillent tard. Élodie fait des crêpes une première depuis des mois. Antoine prépare le café, coupe les fruits. Petit-déjeuner sur le balcon, malgré le froid.

Tu te souviens de nos petits déjeuners à Bruxelles ? dit Élodie.
Où tu as failli renverser ton café sur un passant ?
Jai failli ? Je lai juste mal posé !

Ils rient. Ça faisait longtemps.

La journée est étrange. Comme sils jouaient aux jeunes mariés. Un film enlacés sur le canapé. Cuisiner ensemble Antoine coupe les légumes, Élodie prépare la sauce. Ils ne parlent ni travail, ni argent. Juste du présent.

Le soir, Élodie sendort contre son épaule. Antoine observe son visage apaisé. Elle ressemble à

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Trois samedis de suite, ma femme partait ‘au travail’. Ce que j’ai découvert a tout bouleversé.
Mon mari et sa maîtresse ont ri chez le notaire en se moquant de mon « coffre ». La première ligne de ma lettre les a anéantis