Le Havre du Salut : comment une rencontre à l’arrêt de bus a redonné vie à ma fille

Le Refuge du Salut : Comment une rencontre à larrêt de bus a redonné vie à ma fille
Quand notre petite fille est née, avec Jean, tout le personnel de la maternité narrêtait pas de sextasier devant elle. Elle était comme un ange : son petit visage aux traits délicats, son nez comme un petit pois, ses oreilles comme sculptées, et ses yeux ses yeux étaient quelque chose de spécial bleus comme le ciel, limpides, perçants, comme sils comprenaient tout ce qui se passait dans ce monde.
Au début, tout allait bien. Elle tenait sa tête à deux mois, et à quatre mois, elle se hissait déjà debout. Nous nous réjouissions de chaque étape, faisions des projets, sans savoir quelle épreuve nous attendait. À six mois, une étrange grosseur est apparue sur son cou. Dure et imposante. Les médecins haussaient les épaules personne ne savait quoi dire. Nous avons essayé des compresses, des onguents, couru de cabinet en cabinet en vain. Elle est devenue irritable, ne mangeait plus, pleurait sans cesse, ne dormait pas la nuit. Je la berçais dans mes bras jusquau matin. Et les médecins ? Tout était « normal ». Les analyses étaient impeccables.
Nous avons consulté une guérisseuse rien. Le désespoir commençait à menvahir.
Quand elle avait un an et demi, un miracle sest produit. Ce jour-là, nous allions chez ma mère. Lautobus avait du retard, et nous avons attendu longtemps à larrêt. La petite était pâle et triste dans sa poussette. Cest alors quune femme sest approchée de nous. Robuste, les cheveux tirés en une longue tresse, vêtue dune robe simple, avec des yeux bleus et un regard chaud qui vous transperçait lâme.
Elle a regardé ma fille et a murmuré avec compassion :
« Pauvre petite Et toi, maman, tu as tant souffert Elle ne mange pas, ne dort pas, elle souffre, nest-ce pas ? »
Jai acquiescé. Et là, elle a ajouté, à ma grande surprise :
« Je guéris ces maux-là. Si tu ne fais rien, elle mourra. Tu veux la sauver ? Viens chez moi avant le coucher du soleil. Apporte-moi des œufs frais. »
Puis elle sest éloignée, comme si elle sentait mon hésitation. Et jhésitais, en effet. Une autre charlatane qui veut de largent ? Mais quelque chose ma traversée comme si je savais que, si je ny allais pas, je ne me le pardonnerais jamais.
Ma mère, quand elle a entendu, a simplement dit :
« Vas-y. Si elle demande trop, tu pars. »
Je suis allée. Jai acheté des œufs et je suis arrivée chez elle. Une petite maison aux volets verts, des fleurs sous les fenêtres et un veau jouant dans la cour.
« Tu es venue, a-t-elle dit. Je pensais que tu aurais changé davis. Dhabitude, je ne men mêle pas, mais mon cœur ne ma pas laissée passer devant vous. Regarde Élodie elle venait de Lyon, presque morte, et maintenant elle court comme le vent. »
Élodie, entendant ces mots, a commencé à taper dans ses mains, essayant de se lever. Une petite fille pleine de vie.
« Viens dans la cuisine », ma-t-elle invitée. Jai demandé :
« Combien ça coûte ? »
« Rien, a-t-elle répondu en secouant la main. Chacun donne ce quil peut. Je ne fais pas commerce de la souffrance. Les enfants sont innocents. »
Nous sommes restées dans la cuisine. Elle a pris un œuf et la roulé sur le corps de ma fille des pieds jusquà la tête, sur les poignets, le crâne. Elle murmurait : « Sors, douleur, de ce corps innocent, des os blancs, du sang pur » Ma fille la regardait, intriguée, essayant dattraper lœuf.
Puis elle la cassé dans un verre deau. À la lumière du soleil, une croix claire est apparue sur le jaune, et dans le blanc, des bulles remontaient comme des sources.
« Tu vois ? a-t-elle demandé. Cest de la magie noire. Les gens ne craignent plus Dieu. Mais ne tinquiète pas, nous la guérirons. »
« Qui a fait ça ? » ai-je demandé.
« Je ne le dis jamais. Chaque fois que jai parlé, jai eu des ennuis. Que Dieu les juge. Mon travail, cest de sauver. »
Nous avons fait trois séries de traitements dix jours chacune, avec des pauses. Dabord, les croix ont disparu, puis les bulles. Et ma fille a changé. Elle dormait, mangeait, riait. Ses joues étaient roses.
« Mais vous mangez ces œufs ? » lui ai-je demandé un jour.
« Mon Dieu, non ! a-t-elle ri. Je les donne aux cochons. Eux, ils nont peur de rien. »
Puis elle ma raconté comment elle avait reçu ce don. De sa mère, qui lavait elle-même reçu de sa grand-mère. Elle avait une sœur méchante qui voulait ce pouvoir, mais sa mère le lui avait donné à elle, parce quelle savait que la bonté est plus forte que la magie. La sœur avait essayé de voler la prière, sans succès. Le don, ce ne sont pas les mots cest le cœur.
Pendant que nous étions là, Élodie a appris à marcher. Ses yeux brillaient. Puis elle est partie son père est venu la chercher. Il a apporté dix cageots de cerises, du fromage, du miel.
« Tu vois comme il remercie, a soupiré la femme. Mais la petite me manque. »
Et un jour, ce fut terminé. Après le dernier œuf plus aucun signe du mal. Ma fille était guérie.
Aujourdhui, elle a dix-neuf ans. Elle est intelligente, belle. Elle étudie les langues, peint, rêve de partir à Paris. Quand je la regarde, jai du mal à croire que jaurais pu la perdre. Que tout ça nétait pas un cauchemar. Et chaque fois que je passe devant cet arrêt de bus, je pense à cette femme. Et je murmure : « Merci. »
Parce quà ce moment-là, elle na pas seulement sauvé mon enfant. Elle ma sauvée, moi aussi.

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Le Havre du Salut : comment une rencontre à l’arrêt de bus a redonné vie à ma fille
Faites descendre Mamie au prochain arrêt. Elle gêne tout le monde.” Le vieux tramway grinçait de toutes ses articulations, tel un animal fatigué qui entamait une nouvelle journée. Il était tôt le matin, les passagers s’entassaient, le regard vissé sur leurs téléphones, les visages fermés, chacun pressé par ses propres soucis. À la troisième station, une vieille dame est montée. Petite, emmitouflée dans un manteau usé et tenant un sac en toile rapiécé, elle a posé un pas hésitant avant de s’arrêter. Le tram s’est ébranlé brusquement, la faisant vaciller. Elle s’est agrippée à la barre de toutes ses forces, comme si c’était la seule chose sûre au monde. — Allez plus vite, Madame ! a bougonné quelqu’un derrière elle. La vieille dame ne dit rien. Un pas. Puis un autre. Son sac pendait lourdement ; on y apercevait une croûte de pain et une bouteille de lait. Rien d’autre. Parvenue à la hauteur d’un siège, elle s’est arrêtée, haletante. Elle a cherché autour d’elle, mais chaque place était occupée : un jeune avec des écouteurs, une femme élégante, un homme en costume, l’ordinateur sur les genoux. — Excusez-moi, pourrait-on patienter un instant, souffla-t-elle faiblement. Personne ne bougea. Nouvelle secousse, elle perdit l’équilibre et s’agrippa au dossier d’un siège. La femme assise se retourna, furieuse : — Faites attention ! Vous avez sali mon manteau ! La vieille dame baissa les yeux. — Excusez-moi… Le conducteur, un jeune homme, lança depuis sa cabine : — Madame, ne restez pas dans l’allée ! Vous gênez le passage ! Elle hocha la tête. — Je descends au prochain arrêt… — Vous feriez mieux de descendre tout de suite ! lança une voix forte. — Oui, il n’y a plus de place, vous ne voyez pas ? ajouta une autre. Le tramway se remplit de murmures. « Pourquoi les vieux sortent-ils encore de chez eux… » « Ils n’ont personne ? » « Toujours des problèmes… » La vieille dame ne répondit pas. Elle s’approcha lentement de la porte. Le tram s’arrêta entre deux stations, à un feu rouge. Et là, quelque chose se produisit. La porte de devant s’ouvrit brusquement et un contrôleur monta. Il balaya la rame des yeux et, apercevant la vieille dame appuyée contre la porte, il resta figé. — Maman…? Tout le monde se tut. L’homme descendit vivement et s’approcha d’elle. — Maman, qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu n’as pas appelé ? La vieille dame leva les yeux, surprise. — Je voulais aller au cimetière… Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ton père. Je ne voulais pas déranger. Le contrôleur ravala sa salive. — Depuis quand tu prends le tram seule ? — Depuis que je ne veux plus être un fardeau. On n’entendait plus que le bourdonnement du moteur. Le contrôleur se tourna vers les voyageurs : — Vous savez ce que faisait cette femme il y a trente ans ? Elle se levait à quatre heures pour me préparer à manger. Elle m’a gardé à l’école. Elle m’a emmené par la main chez le médecin. Et aujourd’hui… on lui dit qu’elle dérange. Personne ne disait plus rien. L’homme en costume se leva le premier : — Asseyez-vous, Madame… Puis quelqu’un d’autre. Et encore un autre. La vieille dame s’assit lentement, les larmes aux yeux. — Il ne fallait pas… Je ne voulais pas déranger… Le contrôleur prit son sac. — Maman, tu n’as jamais dérangé. C’est nous qui avons oublié qui nous a portés. Le tram repartit. Et les voyageurs, les yeux baissés, restèrent avec cette pensée lourde : qu’un jour, chacun de nous sera « de trop » pour quelqu’un. 👉 Si vous avez déjà vu une personne humiliée simplement parce qu’elle est âgée, racontez-le en commentaire. Partagez ce message. Un siège offert au bon moment vaut plus que mille mots.