Prête à Fuir avec Mon Enfant et l’Essentiel de Ce Village

Prête à fuir avec mon fils et lessentiel de ce village

Javais déjà fait ma valise mentalement, avec le strict nécessaire pour fuir avec mon fils loin de mon mari et de ses parents, de ce petit village perdu au fin fond de la campagne. Non, je ne vais pas consacrer ma vie à leurs chèvres, leurs vaches et leurs interminables potagers. Ils croient quen épousant Théo, jai automatiquement signé un contrat pour être la main-dœuvre gratuite de leur ferme. Mais je ne suis pas daccord. Ce nest pas la vie que je veux, et je refuse que mon grandisse dans ce trou perdu, où le seul divertissement est de discuter du nombre de litres de lait que la vache Étoile a donnés.

Quand je suis arrivée ici après le mariage, jai cru que ce ne serait pas si terrible. Théo était attentionné, ses parents, Lucie et son mari, semblaient sympas. Le village avait même son charme : des champs verdoyants, de lair pur, du silence. Jai cru que je madapterais. Mais la réalité a vite montré son vrai visage. Une semaine après mon installation, Lucie ma tendu un seau en mordonnant de traire les chèvres. « Maintenant, tu es des nôtres, Camille, tu dois aider ! » a-t-elle dit avec un sourire qui me glace encore aujourdhui. Moi, la fille de la ville, qui navait jamais porté plus lourd quun ordinateur portable, jai dû apprendre à traire avant le coucher du soleil. Ce fut mon premier avertissement.

Théo, lui, na jamais eu lintention de me défendre. « Ma mère a raison, ici tout le monde travaille », a-t-il répondu quand jai tenté de protester. Et ainsi a commencé ma nouvelle routine : réveil à cinq heures du matin, nourrir les bêtes, désherber les jardins, nettoyer la maison, cuisiner pour tous. Je me sentais plus une servante quune épouse. Et si josais demander un jour de repos, Lucie roulait des yeux et entamait son sermon : « De mon temps, les femmes travaillaient du matin au soir sans se plaindre ! » Théo restait silencieux, comme si ça ne le concernait pas.

Mon fils, à peine trois ans, était ma seule lumière. En le regardant, je sais quil ne doit pas grandir ici, où son avenir se résume à travailler à la ferme ou à partir pour Lyon, où il sera toujours un étranger. Je veux quil aille à la crèche, quil étudie, quil voyage, quil découvre le monde. Et ici ? Ici, il ny a même pas une connexion internet correcte pour lui passer des dessins animés. Quand jai évoqué linscrire à un atelier de peinture dans le bourg voisin, Lucie a ricané : « Pour quoi faire ? Autant quil apprenne à traire les vaches, ça au moins, cest utile ! »

Jai essayé de parler à Théo. Je lui ai dit que je me sentais étouffée, que ce nétait pas la vie dont javais rêvé. Mais il a juste haussé les épaules : « Tout le monde vit comme ça, Camille. Quest-ce que tu veux ? » Et jai découvert que Lucie prévoyait déjà dagrandir létable et dacheter une nouvelle vache. Bien sûr, tout le travail retomberait sur moi. Ça a été la goutte deau.

Jai commencé à mettre de largent de côté en secret. Pas grand-chose, mais assez pour deux billets de train jusquà la ville. Une amie à Toulouse ma promis de maider à trouver un logement et un travail. Jimagine déjà mon fils et moi montant dans ce train, laissant derrière nous ce village, les chèvres, les vaches et les sermons de Lucie. Je rêve dun petit appartement rien quà nous, où je pourrais travailler et où mon fils grandirait avec des opportunités. Je veux me sentir humaine à nouveau, pas une machine à trimer.

Bien sûr, jai peur. Je ne sais pas comment sera la vie en ville. Vais-je trouver un travail ? Largent suffira-t-il ? Mais une chose est sûre : je ne peux pas rester ici. Chaque fois que je vois mon fils jouer dans la cour, je me dis quil mérite mieux. Et moi aussi. Je ne veux pas quil voie sa mère ployer sous ce fardeau, se perdre pour faire plaisir aux autres.

Lucie ma dit lautre jour que jétais « trop citadine » et que je ne serais jamais des leurs. Tu sais quoi ? Elle a raison. Je ne veux pas être des leurs. Je veux être moi-même Camille, celle qui rêvait dune carrière, de voyages, dune famille heureuse. Et je ferai tout pour reconquérir cette vie. Même si ça veut dire prendre une valise et fuir avec mon fils là où personne ne nous forcera à traire des vaches.

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J’ai plus de 50 ans, je pense pouvoir dire quelque chose au nom des hommes.