Restée comme la Belle au bois dormant sans son prince

Il était une fois, dans un petit village de Provence, une famille divisée par une querelle aussi amère que le vin trop vieux.

Comment peux-tu parler ainsi ? Cest ton propre frère ! sexclama la mère, les joues enflammées de colère.

Je le répète, je préfère brûler ces euros plutôt que de les lui donner ! rétorqua la belle-fille, les lèvres pincées de dédain.

La belle-mère, Marguerite, sentit son cœur se serrer. Son plus jeune fils, Antoine, soupira lourdement en frottant son front. Homme calme et réfléchi, il gardait toujours ses émotions sous contrôle, même dans les pires tempêtes.

Élodie, la vie est longue. Aujourdhui, cest à nous de laider, demain, ce sera peut-être à lui de nous soutenir, tenta dexpliquer Marguerite, désespérée.

Pff ! Ce bon vivant ? Il est couvert de dettes jusquau cou !

Ma chérie, tout ne se mesure pas à largent soupira Marguerite. Si tu aimes Antoine, respecte au moins son frère.

Marguerite, pardonnez-moi, mais nous avons nos propres projets, répondit Élodie dun ton glacé. Nous économisons pour lavenir de notre fille. Elle, au moins, a encore une chance de réussir, contrairement à Julien.

Les joues de Marguerite sempourprèrent. Élodie parlait de son fils aîné comme sil nétait quun misérable. Pourtant, Julien était un homme bonun père et un mari dévoué. Peut-être pas ambitieux, mais travailleur, honnête.

Antoine, lui, avait toujours été déterminé. Dès son plus jeune âge, il rêvait de sélever au-dessus de la masse. Il avait choisi la dentisterie non par passion, mais par calcul. Et cela avait payé : il gagnait bien sa vie, même si ses clients nétaient pas toujours des plus agréables.

Julien, quant à lui, vivait modestement, mais sans se plaindre. Il avait une voitureachetée à créditet un appartement hérité de sa grand-mère. Son seul vice ? La nourriture. Il adorait les pâtisseries, le pain frais, la mayonnaise. Il sautait souvent le petit déjeuner pour mieux se rattraper au dîner.

Julien, tu devrais manger plus de salades. Des vraies, pas celles noyées dans la crème, le grondait doucement Marguerite.

Mais elle ne sinquiétait pas trop jusquau jour où Julien fut hospitalisé pour des problèmes cardiaques. Les médecins furent formels : il devait changer ses habitudes, sans quoi

Julien nécouta pas. Il suivit vaguement le traitement avant dabandonner. Quand sa femme, Claire, essayait de le raisonner, il grognait :

Si tu me prives de tout, je mangerai dehors !

Marguerite savait bien quon ne pouvait forcer un homme à se sauver lui-même. Mais Élodie, elle, ne se contentait pas de désapprouver Julienelle le méprisait ouvertement.

Pourquoi perdez-vous votre temps avec lui ? Quil creuse sa propre tombe, dit-elle un jour, méprisante.

Marguerite voulait croire quÉlodie était simplement stricte, mais elle savait au fond delle que sa belle-fille était simplement cruelle.

Élodie ne partageait jamais rien. Quand Marguerite demandait de laide, elle trouvait toujours une excuse. Elle ne levait pas le petit doigt pour le potager familial, mais arrivait toujours à lheure pour les barbecues. Et quand il fallait garder sa fille, elle appelait dabord Marguerite, jamais sa propre mère.

Puis, un jour, Julien eut une nouvelle crise. Cette fois, les médecins parlèrent dune opération urgente. Claire, désemparée, avoua à Marguerite quils étaient à bout de ressources.

Ne ten fais pas, nous trouverons largent, la rassura Marguerite.

Elle pensait quAntoine et Élodie les aideraient sans hésiter. Mais Élodie refusa catégoriquement.

Il a profité sans compter, et cest à moi de payer ? Jamais !

Elle claqua la porte, laissant Antoine silencieux, les poings serrés.

Maman je vais aider Julien. Mais Élodie je ne suis plus sûr de vouloir vivre avec elle, avoua-t-il finalement.

Ce soir-là, Antoine renvoya Élodie chez ses parents en taxi. Elle cria, menaça de divorcer, laccusant dêtre un “fils à maman”. Mais Antoine tint bon.

Ce fut lui qui demanda le divorce. Élodie espéra un temps quil reviendrait, implorant son pardon. En vain. Elle tenta alors de lui prendre leur fille, Amélie.

Tu ne la reverras plus !

Arrête ton cinéma, tu ne tes même pas inquiétée delle depuis notre séparation, rétorqua-t-il, amer.

Ils finirent par trouver un accord : Antoine lui céda sa voiture pour quelle les laisse en paix.

Marguerite nentendit plus jamais parler dÉlodie, si ce nest par des rumeurs. Elle avait troqué ses soirées entre amies pour des repas solitaires, ses ongles manucurés pour des mains négligées.

Tu ne regrettes pas ? demanda un jour Marguerite à son fils.

Non. Si aider mon frère est un crime pour elle, alors nous ne sommes pas faits pour vivre ensemble, répondit-il calmement.

Antoine ne semblait pas regretter son choix. Il travaillait, élevait Amélie avec laide de Marguerite. Quant à Julien, lopération avait été un succès. Il avait enfin pris sa santé en main, marchant chaque jour avec Claire.

La famille était plus petite, mais plus unie que jamais.

Quant à Élodie, elle avait voulu tout garder et sétait retrouvée les mains vides.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

20 − four =