**Le Bonheur au Goût de Tristesse**
Amélie, une jolie fille aux rondeurs charmantes, avec des boucles échappées de ses tresses serrées encadrant son visage rond, était amoureuse de Théo, le beau garçon de la classe parallèle, depuis presque le CP. Seulement voilà, il ne lui prêtait aucune attention.
Théo était le plus bel élève du lycée. La nature lavait gâté : grand, avec une peau mate et des traits fins, il était physiquement impressionnant pour son âge. Toutes les lycéennes en pinçaient pour lui, même les plus jeunes. Et ce nétait pas seulement les élèvesles professeures elles-mêmes ne restaient pas indifférentes face à cet élève si séduisant.
Il réussissait bien ses études sans être un rat de bibliothèque. On murmurait quaprès le bac, il comptait intégrer Sciences Po ou la Sorbonne. Théo souriait sans démentir. Les rumeurs disaient aussi que ce jeune séducteur avait déjà beaucoup dexpérience en matière damour et avait brisé plus dun cœur. Quelle jeune fille aurait pu résister à tant de beauté ? Cest en lui quAmélie était désespérément éprise.
En terminale, elle avait soudain minci, grandi, abandonné ses tresses pour laisser ses cheveux libres. Un jour, dans les couloirs, elle croisa le regard de Théo. Il sarrêta net, admirant sa silhouette délicate, ses jambes élancées, sa cascade de cheveux blonds sur ses épaules. Et le cœur dAmélie semballa : « Il ma remarquée ! Enfin. »
Salut, Lambert, dit Théo dune voix rauque.
Amélie lui sourit et passa, la tête haute, comme une reine. Doù venait cette assurance ? Malgré son amour pour lui, malgré les battements précipités de son cœur, elle restait distante et ne se précipitait pas pour répondre à ses avances. Elle savait quelle avait assez de rivales.
À partir de ce jour, Théo perdit le sommeil. Il se mettait en travers de son chemin, laccompagnait jusquà chez elle, linvitait au cinéma. Mais Amélie restait inflexible.
Dès lors, au lycée, seul un aveugle aurait pu ignorer les regards enflammés que Théo lui lançait. Lair semblait électrisé quand ils étaient proches.
Tout changea lors du bal de Noël. Théo linvita à danser plusieurs fois, puis la raccompagna. Cest là quil lui avoua son amour, quil avait perdu le repos, quil ne voyait plus personne dautre. Et Amélie, fondante de bonheur, accepta enfin son invitation au cinéma.
Elle vivait avec sa mère, sévère et peu démonstrative, une comptable qui lélevait seule. Voyant la beauté épanouie de sa fille, elle sinquiétait, lui rappelant chaque jour lhonneur féminin et les conséquences dun premier amour.
Le printemps arriva, la nature séveilla, et lamour dAmélie et Théo sembrasa. À labri des regards, ils sembrassaient jusquà létourdissement, sépuisant de désir. Un jour, perdant toute raison, ils franchirent le pas. Chez Amélie, pendant labsence de sa mère. Dès lors, ils cédèrent souvent à leur passion.
Puis vint le bac. Amélie sinscrivit en fac de lettres dans leur ville, tandis que les parents de Théo lenvoyaient à Paris. Leur séparation était insupportable, et Théo la supplia de le suivre.
Viens avec moi. Mes parents menverront de largent, on louera un appart, on vivra ensemble
Elle essaya den parler à sa mère, mais celle-ci refusa net. Alors Amélie prit une décision désespérée. Un matin, elle fit sa valise, prit ses papiers, la moitié des économies cachées de sa mère, laissa un mot et partit pour la gare. Sachant que les parents de Théo laccompagneraient, elle prit un billet dans un autre wagon. Ainsi, elle quitta tout pour Paris, avec son amour, croyant à un bonheur éternel.
Ils entrèrent dans des facs différentes mais vécurent ensemble dans un petit appart. Amélie, habituée à gérer seule la maison depuis lenfance, jouait avec plaisir le rôle dépouse heureuse.
Quand ses parents appelaient, Théo disait vivre avec un ami. Amélie tenta un jour dappeler sa mère, qui lui cria de ne jamais revenir si elle avait un enfant. Elle fut peinée, mais lessentiel était quils soient ensemble.
Elle le croyait expérimenté, lui faisait confiance. Mais vivre ensemble était différent des rendez-vous occasionnels. Deux mois plus tard, elle comprit quelle était enceinte.
Un enfant nétait pas prévu. Elle alla à lhôpital, mais le médecin lui apprit quavec son rhésus négatif, un avortement pourrait la rendre stérile.
Théo prit la nouvelle avec calme. Leur amour était encore à son apogée, les problèmes semblaient insignifiants.
On sen sortira. Au pire, je passerai en cours du soir et je travaillerai.
Mais on nest pas mariés, murmura Amélie.
Et alors ? Des gens vivent des années sans papier. Une noce ? Tout largent part déjà dans le loyer, et un enfant coûte cher. Plus tard, on aura tout.
Elle accepta. Son amour était là, que demander de plus ? Il laimait, ils auraient un enfant. Elle comprenait quelle ne pouvait le forcer.
Les nausées arrivèrent. Amélie maigrit, devint pâle, mais Théo affirma quelle lui plaisait encore plus ainsi.
Pendant les vacances dhiver, elle ne rentra pas, se souvenant de la colère de sa mère. Théo, ne voulant pas la laisser seule, mentit à ses parents en disant quil travaillait à la fac.
Un jour, ses parents débarquèrent. La discussion fut difficile. Sa mère exigea quAmélie parte immédiatement. Pendant ce temps, le père parlait à Théo, lui dépeignant un avenir sombre.
Alors, Théo avoua la grossesse. Le chaos éclata. Sa mère hurla quAmélie devait avorter, puis seffondra, le père appela les secours. Une fois calmée, elle dit dun ton plus posé :
Écoute-nous. Tu es jeune, ta vie est devant toi. Cette fille vient dune famille brisée, qui sait ce quelle a fait avant toi ? Lenfant nest peut-être même pas de toi. Si tu y tiens, vis avec elle, mais quelle avorte. Et si tu penses à te marier, tu nauras plus un centime.
Théo retint Amélie et déclara fièrement :
Elle navortera pas. Si elle part, vous naurez plus de fils. Je quitterai la fac et je travaillerai. Je nai pas besoin de votre argent.
Finalement, ses parents cédèrent, à condition quil continue ses études et ne se marie pas.
Ils espéraient que les difficultés les sépareraient rapidement.
Pendant les examens dété, Amélie accoucha dun garçon en bonne santé. Les études furent mises en pause. Elle prit un congé parental, puis un second. Trop petit pour la crèche, elle devint femme de ménage le soir pour aider financièrement. Théo gardait Lucas en rentrant de la fac.
Amélie oublia que Théo, toujours aussi beau, attirait les regards. Elle crut quils ne sortaient plus à cause de Lucas, pas parce quil avait honte delle.
Quand Lucas fut en crèche, elle reprit ses études, mais ses maladies fréquentes lobligèrent à passer en cours du soir.
Quand Théo obtint son diplôme







