«Une semaine de saucisses : quand ma belle-mère critique nos assiettes»

**Une semaine de saucisse : quand belle-maman surveille nos assiettes**

Un après-midi de juillet, tandis que le soleil tapait dur sur les tuiles, Marie-Claire Dupont saffairait à astiquer les vitres, secouait les tapis et rappelait à sa fille quil était grand temps de venir à la campagne les haricots verts nallaient pas se cueillir tout seuls. Camille tentait de temporiser : le boulot, les courses, les gamins Mais sa mère, têtue comme une mule, ne démordait pas.

Lété file à toute allure, et vous vous cloîtrez dans votre trois-pièces à Lyon ! lâcha-t-elle au téléphone, exaspérée. Les tomates vont se ramollir, les courgettes vont grossir, et vous, vous restez collés à vos écrans !

Finalement, elles tombèrent daccord sur un week-end, histoire de donner un coup de main au potager et de passer une soirée en famille.

Antoine, lui, traînait des pieds à lidée de ce voyage. Leur dernière visite avait mal tourné, et il en gardait un goût amer. Il avait simplement osé demander un peu de saucisson pour agrémenter la salade mais belle-maman avait refusé net. Si sèchement quil en était resté bouche bée.

Le samedi, ils prirent la route de bonne heure. La besogne fut rondement menée : les haricots furent ramassés, équeutés, mis en bocaux. Restait la soirée, le repas, les discussions familiales. Antoine prit une douche rapide avant de se pointer dans la cuisine. Camille et sa mère dressaient la table. Les effluves de la daube embaumaient la pièce. Pour patienter, lhomme ouvrit le frigo, attrapa quelques tranches de saucisson pour se préparer une tartine quand soudain

Pas touche ! la voix de Marie-Claire claqua comme un coup de fouet.

Le saucisson regagna illico le frigo. Antoine resta planté là, sidéré.

Quest-ce qui se passe, maman ? demanda Camille, perplexe.

Le saucisson, cest pour lapéro, avec les cornichons ! Pas avant. Et ne te gâche pas lappétit ! coupa la belle-mère.

Antoine avala sa daube, mais impossible dy dénicher un lardon. Il redemanda du saucisson. Nouveau refus.

Mais pourquoi cette radinerie ? sénerva Marie-Claire. Vous en avez déjà englouti la moitié ! Tu sais combien ça coûte ? Cest censé tenir jusquà dimanche !

Antoine reposa sa fourchette. Lestomac noué, il sortit sallonger sur la banquette du jardin, les yeux fixés sur les nuages. Camille le rejoignit plus tard.

Rentrons. Je ne supporte plus cette ambiance. Chaque bouchée est scrutée, comme si jétais un ogre. Jai même peur de trop tartiner mon pain, de peur quelle ne me le confisque.

Il ny a même pas de boulangerie ici, murmura Camille, gênée. Juste le marché ambulant le jeudi.

On aurait dû amener des victuailles au lieu de ces fichues pêches, grommela Antoine. Je me tire demain. Je reviendrai te chercher. Parce que sans protéines, je ne tiendrai pas.

On repart ensemble, affirma Camille.

Le lendemain matin, ils filèrent vers Lyon. Camille inventa une urgence au bureau pour Antoine. Belle-maman les regarda partir, le regard en biais.

Un an passa. Ils navaient plus remis les pieds chez Marie-Claire. Mais elle, en revanche, débarquait chez eux sans prévenir. Et, curieusement, elle fouillait leur frigo comme si cétait le sien, piochant ce qui lui chantait. Antoine en rigolait même :

Regarde, le saucisson ! Apparemment, ici, cest open-bar

Mais au printemps, les appels reprirent :

Alors, cest pour quand cette visite ? Les artichauts ne vont pas attendre éternellement.

Antoine résistait. Jusquà ce que Camille trouve une astuce :

Prenons des provisions. Comme ça, maman ne pourra pas faire les comptes.

Antoine accepta à condition de faire un saut au supermarché dabord. Et les voilà de nouveau devant la maison de campagne, les bras chargés de sacs.

Quest-ce que cest que ce barda ? Des melons ? fit Marie-Claire, le nez plissé. Mais en farfouillant dans les sacs, elle tomba sur du pâté, du jambon, du saucisson. Et ne souffla mot.

Comme ça, vous naurez pas à compter mes calories, ricana Antoine.

Marie-Claire émit un petit grognement, mais ne releva pas. Plus tard, à loreille de Camille, elle glissa :

Ce serait pas mal que vous apportiez toujours des provisions. Plus pratique pour moi, plus tranquille pour vous.

Camille hocha la tête, entre agacement et amusement. Mais lessentiel était là : Antoine était prêt à revenir. Avec des courses, certes. Mais sans engueulades ni regards noirs. Et ça, finalement, cétait déjà une victoire.

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