**Journal Intime : Une Histoire de Famille**
*Mardi, 15 Mars*
« Tu comptais me le dire quand ? » grogna ma belle-mère, sans même regarder Jean.
Toute son attention était fixée sur le petit garçon qui se cachait derrière lui.
« Je vous le dis maintenant », répondit-il dune voix calme, ce qui sembla lirriter davantage.
« Et alors ? Tu crois quon va accueillir ton petit parasite ? »
Jean sétait marié à dix-neuf ans, suite à une grossesse imprévue, comme on dit. Son amie, puis épouse, Jeanne, était tombée enceinte.
Valentine Dupont, la mère de Jeanne, avait été catégorique :
« Pas question de fuir tes responsabilités. Le mariage aura lieu. »
Jean ne sétait pas dérobé.
La cérémonie fut modeste, sans faste.
Le jeune couple sinstalla chez Valentine. Les relations étaient tendues, mais Jean, poli et accommodant, faisait de son mieux.
« Jean, où traînes-tu ? hurlait-elle. Pas encore rentré ? Tu tes mis à faire la fête ? »
Il souriait.
« Jai trouvé un petit boulot, je rentrerai plus tard. »
« Combien ils paient ? »
« Assez pour nous et pour vous. »
Valentine savait quil était travailleur, mais elle le surveillait comme le lait sur le feu.
« Maman, laisse-le tranquille, suppliait Jeanne. »
« Un homme, ça se tient ferme, sinon il te marche sur les pieds. Et moi, je dois vous nourrir tous les deux ? »
Jeanne se taisait. Contester était inutile.
Ils vécurent ainsi, sous le joug de Valentine.
Hélas, Jeanne perdit lenfant. Le couple tint bon, mais elle sombra. Absences, nuits dehors, alcool Jean patienta, puis trouva réconfort ailleurs.
Il songea à partir, mais Valentine sy opposa.
« Je ne te laisserai pas faire ! Jeanne se reprendra. Tu as promis de rester. »
« Cest trop tard. »
« Tu ne veux pas, cest tout ! »
Ce jour-là, il resta. Le lendemain, Valentine tomba malade. Rongé par la culpabilité, il ne bougea pas.
Elle se félicita davoir « sauvé » leur famille.
Jeanne sembla sapaiser, mais un an plus tard, elle disparut à nouveau.
« Où est-elle ? » Jean ne la trouvait nulle part.
« Chez une amie, jimagine », mentait Valentine.
Après des jours de recherches, on retrouva Jeanne. Elle refusa de revenir.
Six mois passèrent. Jean et Valentine comprirent : Jeanne voulait une autre vie. Pourtant, ils restèrent ensemble.
« Où irais-tu ? Tu vas mabandonner ? »
« Peut-être que Jeanne reviendrait si je partais. »
« Elle ma déjà quittée et toi aussi, maintenant ? »
Les yeux brillants, elle le supplia : « Reste. Tu es comme un fils pour moi. »
Il commit lerreur de céder.
La vie continua. La mère de Jean était décédée ; Valentine veillait sur lui. Quand il rencontra une collègue, elle lencouragea.
« Amène-la. Je veux savoir à qui je te confie. »
Mais la jeune femme prit la fuite en apprenant quil vivait avec sa belle-mère.
Jeanne ne donna plus de nouvelles. Pas même un appel à sa mère.
« Jean, où vas-tu si tôt ? » demanda Valentine un matin.
« Affaires. »
« Quelles affaires ? Tu veux me fuir ? »
« Arrêtez »
Il navait nulle part où aller.
Il rentra quatre heures plus tard.
« Où étais-tu ? » fit-elle, les bras croisés. Lodeur de tarte flottait dans la cuisine.
Il sourit. « Valentine, voici mon fils, Lucas. »
« Ton f-fils ? » Elle chancela. « Quel âge a-t-il ? »
« Cinq ans. »
Elle arpenta le couloir, indécise. « Tu as trompé ma Jeanne Et tu crois que je vais laccepter ? »
« Si vous refusez, nous partirons. »
Elle regarda lenfant, puis Jean.
« Entrez. Mais ne compte pas sur ma tendresse. »
Une semaine plus tard, Jean travaillait, Valentine soccupait de Lucas.
Malgré ses menaces, elle sétait attachée.
« Il na plus de mère ? »
« Vous me lauriez reproché si je vous lavais dit. »
Puis Jeanne revint.
« Quest-ce que cest que cet enfant ? cria-t-elle. Vous hébergez des étrangers ? »
Valentine, pétrifiée, létreignit en pleurant.
« Tu es revenue »
« Laisse-moi. Doù vient ce gamin ? »
« Cest le fils de Jean. »
« Jean vit toujours ici ? »
« Oui. Il maide, il a même refait le toit. »
« Fous-le dehors ! »
Elle jeta les affaires de Jean dans le couloir.
« Il ne restera pas sous mon toit. »
Valentine se ressaisit.
« Ce nest pas ton toit. Lucas est mon petit-fils, Jean est mon fils. Ils restent. »
« La moitié de la maison est à moi, maman. Je viens la vendre. »
« Et moi, où irai-je ? »
« Achète un studio en banlieue. »
Valentine pleura en silence. Le soir, elle raccompagna Jean et Lucas.
Il avait acheté une maison près de chez elle.
« Venez nous voir. Nous serons à deux rues. »
Jeanne exigea la vente totale.
« Vends ta part si tu veux. Moi, je pars avec ma famille. »
Valentine déménagea chez Jean. Lucas lappelait « mémé », Jean, « maman ». Sa nouvelle femme la traitait comme sa belle-mère.
Jeanne vendit sa part et disparut pour de bon.






