Le beau‑père qui ne pardonne jamais

Victor Sébastien, le beaupère de Serge, a claqué son poing sur la table du salon à Paris, faisant sauter les tasses qui se sont cognées entre elles.
«Serge, tu as une semaine pour dégager de mon appartement!» a-t-il tonné.

Manon, sa fille, a voulu intervenir, mais le regard glacial de son père la rapidement réduite au silence.
«Fermela!Je discute avec ton mari!» a rétorqué le colonel à la retraite, se tournant vers Serge. «Dismoi, quand tu me rendras largent que je tai prêté?»

Serge a senti son cœur se serrer. Trois ans dattente sous ce regard perçant, et plus rien ne tenait. Ses mains tremblaient légèrement, mais il a gardé son calme.
«Victor, je tai expliqué: lentreprise a fait faillite, on a tous été licenciés. Je postule chaque jour, mais on ne me propose que des miettes»

«Tes problèmes ne me concernent pas!Tu mas promis de me rembourser en un mois, et trois mois se sont écoulés. Je ne suis pas un bienfaiteur», a coupé le père.

Man

on a posé sa main sous la table, un petit geste qui a donné un peu de force à Serge. Il a repris, les yeux brillants :
«Je te le rends, parole dhonnêteté. Il faut juste un peu de temps. Et lappartement? Où on ira, Man

on?»

«Ce nest plus ton problème,» a ricanné Victor en se levant. «Tu naurais jamais dû prendre largent si tu ne pouvais pas le rendre. Qui estu pour moi? Un gendre? Largent, cest du sang. Et lappartement, cest mon bien. Je lai acheté avec ma retraite, pas pour loger des fainéants.»

Man

on a éclaté en sanglots. «Papa, comment pouvezvous dire ça? Serge travaille jour et nuit, il na rien fait de mal!»

«Peu importe!Si tu nas pas dargent pour le loyer, à la porte!Jai vécu dans des baraquements dusine, puis dans une HLM, jai tout gagné moimême!Aujourdhui, les jeunes ne font que quémander de largent!»

Le coup de porte a fait tomber une photo encadrée du mariage de Serge et Man

on. Le verre sest fissuré, séparant les deux époux dune ligne invisible. Serge a ramassé la photo, la posée face cachée.

«Serge, je parlerai avec lui quand il se calmera,» a murmuré Man

on en ramassant les éclats.

«Non, il a raison: jai pris largent et je ne lai pas rendu à temps.»

«Mais ce nest pas de ta faute! Personne ne savait que lentreprise allait faire faillite!»

Serge a secoué la tête et est sorti de la cuisine, épuisé de devoir sans cesse expliquer quil na jamais voulu tromper qui que ce soit. Victor était du genre à ne jamais pardonner une erreur, surtout financière.

Serge avait rencontré Man

on lors dun séminaire: elle travaillait à la comptabilité dune société voisine, pétillante et pleine dhumour. En six mois ils se sont mariés, et Serge a emménagé dans lappartement que le père de Man

on avait acheté pour sa fille avec ses économies. Victor, ancien colonel, était un maniaque du détail, où le mot dhonneur était sacré. Au début, il appréciait Serge, voyant quil était travailleur, sobre et soucieux de Man

on. Tout a changé quand Serge a emprunté de largent pour lancer son activité.

«Pardonne mon père,» a dit Man

on un soir, blottie contre Serge. «Il est de la vieille école, pour lui la parole, cest la loi. Sil promet, il faut tenir.»

«Je sais,» a répondu Serge, le regard perdu au plafond. «Mais il nécoute pas. Il pense que jai dilapidé largent.»

«Il a peur que tu nous laisses tomber,» a ajouté Man

on. «Sa femme est morte tôt, il ma élevée seul, et il redoute que je me marie avec un escroc.»

«Et voilà, tu tes mariée à un escroc,» a ricanné Serge, amer.

«Ne dis pas de bêtises,» la interrompue Man

on en lembrassant. «On trouvera une solution. Jai des économies, mon salaire est stable. On peut louer une petite chambre si besoin.»

Serge a serré sa femme, mais le doute le rongeait. Il ne voulait pas que Man

on soit la seule à subvenir à leurs besoins, de peur que cela ne scelle son échec aux yeux de Victor.

Le lendemain, en cherchant un emploi, Serge a trouvé une offre de son ancien collègue André Dupont, qui cherchait un associé pour relancer une petite imprimerie à Lyon.
«Salut, vieux!» a lancé André en serrant la main de Serge dans un petit café du centre. «Tu te souviens du projet dimpression quon avait fait avant la faillite?Jai racheté quelques presses lors de la liquidation. Jai des clients, mais il me faut quelquun qui maîtrise la machine. Tu es le meilleur.»

«Vraiment?Quelles conditions?» a demandé Serge, les yeux brillants.
«Pour commencer, un pourcentage sur chaque commande. Si ça décolle, on parlera dun salaire fixe.»

Ce nétait pas lidéal, mais Serge navait pas dalternative. Il a accepté sans hésiter.

De retour à la maison, il a annoncé à Man

on la bonne nouvelle : «André veut quon travaille ensemble sur une petite boîte dimpression.»
«Cest super!» a crié Man

on, mais linquiétude la vite envahie. «Il est fiable? Après ce qui est arrivé à lentreprise»

«Jai confiance, il ny a pas dautre option,» a rétorqué Serge.

Le soir même, Victor est revenu, a ouvert le frigo sans même les regarder, et a lancé : «Des nouvelles?De largent?Pas de bonnes nouvelles, alors cest rien.»

Man

on a commencé à parler, mais Victor la interrompue : «Serge, tu ne vas jamais me rendre largent.»

Serge a tenté de raisonner : «Jai un travail, je pourrai te rembourser dici

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