**Journal de Pierre 15 novembre**
Il y a cinq ans, Élodie et son mari, accompagnés de leur petite fille, ont emménagé dans un modeste appartement dune cité HLM en banlieue parisienne. Ces logements, construits dans les années 60, sont souvent exigus, avec des pièces étriquées et des sanitaires rudimentaires.
Ce déménagement faisait suite à une nouvelle dispute avec sa belle-mère. Après trois ans et demi sous le même toit, Élodie en avait assez. Elle voulait préserver son couple. Son mari, Théo, ne voyait pas le problème : lappartement familial était proche de son travail, et ils économisaient pour un achat.
Mais Élodie savait que Jeanne, sa belle-mère, la détestait. Dès leur première rencontre, celle-ci avait lancé, méprisante : *”Théo, mon fils, tu veux donc menterrer plus vite ? Elle nest pas de ton monde !”* Théo, pourtant, était fou dÉlodie. Belle, intelligente, elle écoutait bien au-delà des futilités.
Peu après leur mariage, leur fille Lila naquit. Fragile, elle enchaînait les rhumes, et Jeanne ne manquait pas une occasion de critiquer : *”Tu ne sais même pas élever un enfant ! Je lavais bien dit, elle nest pas faite pour toi !”*
Élodie avait grandi sans père. Sa mère, veuve jeune, avait tout sacrifié pour ses filles : *”Jai renoncé à ma vie pour vous. Jamais je ne laisserai un étranger vous élever.”* Mais une fois ses filles mariées, elle vendit lappartement et partit refaire sa vie en Suisse.
Lila entra à lécole maternelle, et Élodie trouva un emploi dans une petite chocolaterie. Leur routine était simple : travail, maison, et parfois des visites chez les beaux-parents.
Leur immeuble était un microcosme. Au rez-de-chaussée, leur amie Amélie, dont les enfants jouaient avec Lila. Au troisième, les Martin, un couple divrognes. Leurs perruches réveillaient tout lété. À côté, une famille gitane bruyante. La mère, Sofia, quêtait souvent à la fin du mois : *”Un peu de pain, sil vous plaît Merci, que Dieu vous bénisse !”*
Au cinquième, les Bertrand, professeurs, distants. Et au quatrième, une vieille dame solitaire, quon surnommait « Mémé Louise ». Chaque jour, malgré son âge, elle sortait avec son sac à dos pour faire ses courses, nourrissait les pigeons, et tricotait en silence. Son fils, un riche avocat, venait rarement, les yeux rougis en repartant.
Un jour, Lila perdit ses clés sous une pluie battante. Trempée, elle pleurait dans lentrée lorsque Mémé Louise la trouva. *”Viens, ma petite, on va recharger ton téléphone chez moi.”*
Chez la vieille dame, Lila dévora une soupe au potiron et des tartes aux pommes. Elles firent les devoirs ensemble, et Mémé Louise lui apprit les numéros de ses parents.
Le soir, Élodie vint la remercier, un paquet de gâteaux à la main. Elles parlèrent longtemps. Mémé Louise avait perdu son mari et sa fille, morte jeune. Son fils, Paul, navait pas denfants malgré leurs efforts.
Dès lors, une amitié naquit. Élodie et Lila laidaient pour les courses, les médicaments. Elles cuisinaient ensemble, riaient. Mémé Louise rayonnait.
Mais Théo séloignait. Un soir, il avoua : *”Jaime une autre femme. Ma mère avait raison.”* Il partit, exigeant même son alliance. Élodie, enceinte, se retrouva seule.
Ce fut Mémé Louise qui la soutint. *”Sois forte. Tu vas avoir un beau garçon.”*
Hélas, la vieille dame tomba malade. Un cancer. Malgré les médecins, elle saffaiblit. Élodie la soigna jusquau bout. Avant de mourir, Mémé Louise lui révéla un dernier cadeau : elle lui léguait son appartement. *”Tu es comme ma fille.”*
Quelques semaines plus tard, Élodie accoucha dun petit Jules. Ses voisins, même les Martin ivrognes, laidèrent. Sofia et ses quatre enfants vinrent avec des fleurs.
Leçon de ce jour : les apparences trompent. La bonté existe, partout. Un sourire, une main tendue, et les montagnes seffacent.
*”Jette ton pain à la surface des eaux, car avec le temps tu le retrouveras.”*







