Le premier jour des vacances, lorsque les épreuves étaient enfin terminées, ses parents dirent à Élise quils devaient avoir une conversation sérieuse.
Après avoir découvert les résultats de son dernier examen, langoisse sempara delle: chaque jour qui passait réduisait ses chances dobtenir une place gratuite à luniversité. Malgré de très bons scores, il était clair que ceuxci nétaient pas suffisants pour la spécialité tant convoitée.
Élise avait conclu un accord avec ses parents: si elle était admise à un programme gratuit, largent mis de côté pour ses études servirait à acheter un studio dans le centre régional. Ses parents prévoyaient dacquérir ce logement avant quelle ne termine ses études. En revanche, sils devaient financer ses frais de scolarité, le rêve du studio serait abandonné et Élise devrait résoudre elle-même son problème de logement, le grand appartement familial étant destiné à son frère aîné.
«Tout le monde achète ici? Parce que cest incroyablement savoureux et avantageux!» affichait une enseigne de produits fins, proposant du caviar rouge provenant de fermes locales, avec les prix indiqués «direct du producteur». Élise jugea ces conditions justes et accepta. Ses parents tinrent parole, réglèrent les frais de scolarité, elle quitta sa petite ville de BourgenBresse, sinstalla en résidence universitaire et réussit sa première année.
Lorsque les vacances de Noël arrivèrent, elle revint chez elle et, dès son entrée, ses parents lui annoncèrent quils souhaitaient discuter dun sujet important.
«Élise, nous devons parler de tes études,» commença son père, Pierre.
«Questce qui se passe?» demandaelle, surprise.
«Nous ne pouvons plus financer tes frais universitaires,» expliquail.
«Comment? Pourquoi?» senquitelle.
«La situation a changé. Ton frère Antoine sest décidé à se marier, et nous devons payer le mariage ainsi que lachat de son logement,» ajouta Pierre.
Antoine, deux ans plus âgé quÉlise, navait terminé que la troisième; il suivit ensuite un BTS et nobtint son diplôme que lan dernier.
«Papa, Antoine na que vingt ans! Pourquoi cette précipitation?» sétonnaelle.
«Sa compagne Amélie attend un enfant. Bientôt, tu seras tante,» répondit sa mère, Marie.
«Pourquoi devraisje souffrir de ses erreurs? Antoine ne sait même pas où se trouve la pharmacie la plus proche, et vous me privez de mon éducation!» protestaelle.
«Cest de ta faute,» rétorqua son père, «si tu avais été admise au programme gratuit, nous ne serions pas dans cette impasse.»
«Mais si javais obtenu le programme gratuit, je naurais pas eu la promesse du studio! Il revient maintenant à Antoine. Si je ne paie pas ma deuxième année dici le 10septembre, ils mexpulseront. Vous comprenez?» éclata Élise.
«Nous comprenons parfaitement,» répondit froidement sa mère. «Nous avons une solution. Tu peux reprendre tes dossiers et postuler dans une autre filière où tes notes seront suffisantes. Tu recommenceras en septembre, mais gratuitement. Oui, tu perdras un an, mais ce nest pas la fin du monde; tu obtiendras tout de même ton diplôme.»
«Parfait! Vous décidez de tout pour moi comme si je navais aucune opinion!» sindignaelle.
«Ce nest pas surprenant?» lança son père, irrité, «arrête tes crises. Cet argent est à nous, nous avons le droit de décider de son usage. En ce moment, aider Antoine et son bébé passe avant tes projets. Nous tavons offert une alternative, il ny aura pas dautre choix. Cest tout.»
Après cet échange, Élise ne put retenir ses larmes. Elle passa la soirée à réfléchir à ce quelle devait faire.
Le lendemain, elle décida de travailler tout lété pour économiser en vue de ses études. Trouver un emploi prit quelques jours, mais elle finit par être embauchée dans un fastfood de la ville. Elle prit le maximum de postes possibles, rentrant chez elle seulement pour de courtes siestes entre deux services.
Elle refusa dassister au mariage de son frère, malgré les insistances de ses parents qui la pressaient doffrir un présent adéquat aux mariés.
«Comment peuxtu ne pas venir? Ton frère se marie et tu ne veux même pas le féliciter? Que diraije aux proches?» demanda Marie.
«Je dirai la vérité: vous avez détourné largent destiné à mes études pour le mariage dAntoine. Je ne suis pas à la fête, je travaille pour payer mes études.» répliqua Élise.
Malgré tous ses efforts, à la miété, elle réalisa quelle ne pourrait pas rassembler la somme nécessaire. Elle décida alors de sinstaller dans le centre régional et de passer à des études à temps partiel.
Le 25août, elle fit ses bagages et partit. Dans les jours qui précédèrent la rentrée, elle trouva un logement. Elle loua une petite chambre dans un appartement partagé, avec une autre étudiante, également en lutte contre les difficultés de la vie. Le travail était flexible, le salaire dépendait du nombre de services effectués. Élise travailla darrachepied, surmontant chaque obstacle.
Elle décida de ne plus parler de sa situation à ses parents. Elle ne les appela pas, ne montra aucun intérêt pour leurs affaires. Sa mère la contacta deux fois par mois, et lorsquon lui demandait comment elle allait, elle répondait simplement «Tout va bien», sans entrer dans les détails.
Marie se plaignait souvent que sa fille ne rentrait jamais à la maison pendant les vacances ou les pauses. Élise ne refusa jamais catégoriquement, mais pendant trois ans, elle ne revint jamais chez ses parents.
En quatrième année, sa mère lappela avec une proposition: «Élise, Olympe Kochetkova ma dit que tu étudies à temps partiel. Ton père et moi nous demandions pourquoi ne pas vivre chez nous et venir aux cours deux fois par an, au lieu de payer un loyer?»
«Cest une suggestion étrange. Pourquoi cet intérêt soudain?» demandaelle.
«Amélie va bientôt avoir son deuxième enfant, et elle a déjà du mal à se débrouiller avec le premier. Elle a besoin daide,» expliqua Marie.
«Pourquoi ne pas laider vousmême? Vous travaillez déjà?» sétonna Élise.
«Je travaille. Nous remboursons le prêt de lappartement dAntoine. Après le mariage, nous navions les moyens que pour la moitié du prix, le reste a dû être financé par un crédit. Ça fait deux ans que je travaille sans





