Un Corbeau Noir Ne Devient Jamais Blanc…

**Un Chien Noir Ne Devient Jamais Blanc…**

Sophie, très bien, je vais taider. Mais je te préviens, tu vas souffrir avec cet individu. Ne vois-tu pas avec qui tu veux lier ta vie ? Un gigolo et un ivrogne ! mon frère avait haussé le ton, mais il navait pas réussi à me faire entendre raison.

Cest la vie qui sen est chargée

Cest ma sœur Élodie qui avait fait entrer Valentin dans notre entreprise. Je savais quils avaient eu une histoire damour. Mais avec le temps, leur relation sétait éteinte, et pour ne pas blesser son ancien amant, Élodie lavait fait engager comme manutentionnaire dans notre affaire familiale. Nous vendons des meubles avec succès et possédons plusieurs magasins dans la ville. Mon frère Victor, le fondateur de lentreprise, avait tout de suite pris Valentin en grippe. Ce dernier, sentant cette hostilité, évitait soigneusement son patron.

Ce jeune homme veut vivre au-dessus de ses moyens. Élodie, je me souviens encore quand tu mas supplié de rembourser les dettes de Valentin. Sous prétexte quil faisait des efforts Mais je vois bien que ton gigolo adore courir les femmes et les restaurants. Je méprise ces types-là ! Ils cherchent toujours à se faire entretenir par une femme et à en profiter sans vergogne. Victor, en tant que grand frère, se permettait de faire la morale à Élodie.

Elle hochait la tête sans mot dire et ne licenciait pas Valentin.

Valentin était exceptionnellement beau. Charmeur, athlétique, avec un don pour séduire les femmes sans effort. Et sans men rendre compte, je suis tombée amoureuse. Follement amoureuse ! Je rêvais dun mariage somptueux, dune robe haute couture, de chaussures scintillantes chez Tiffany. Bref, les licornes roses dansaient dans ma tête.

Victor, voyant ma folie, na pas insisté pour me dissuader. Il sest contenté de dire : « Réfléchis, petite sotte. » Mais il a organisé un mariage à faire pâlir denvie. Il a réservé la plus belle salle de réception, un limousine. Les invités étaient nombreux.

Bref, un festin à la mesure de mon bonheur. Jétais la cadette de la famille, et Victor madorait, me gâtait sans compter.

Comment ne pas être heureuse ? Attraper un tel homme sans être une beauté, quelle revanche ! Élodie, cependant, mavait mise en garde :

Sophie, sois prudente avec Valentin. Sinon, tu vas souffrir, ma chérie. Cet homme sait jouer les saints, mais en réalité, cest une bulle dair.

Rien ne pouvait marrêter. Même un mur de béton ne maurait pas retenue.

Victor nous a offert un appartement pour notre mariage. Peu après, Valentin ma demandé une voiture, « de préférence une allemande ». Perdue dans mes nuages damour, je lai habillé en marques luxueuses, je lui ai offert une voiture, jai meublé notre appartement avec des meubles design et des appareils dernier cri. Notre entreprise nous permettait de vivre largement.

Hélas, Valentin nen a jamais été reconnaissant. Il a profité sans scrupule de mon amour aveugle, ma méprisée, sest moqué de moi. Mais cela viendrait plus tard. Pour linstant, jétais éperdue damour.

En trois ans de mariage, Valentin na jamais évoqué lidée davoir des enfants. Victor, comme dhabitude, na pas pu se taire :

Sophie, ton mari ne veut pas se consacrer à une famille. Il ne veut ni de toi ni denfants. Il ne rêve que dargent et de liberté. Il adore la vie « épicée ». Un égoïste narcissique, voilà ce quil est. Quand vas-tu ouvrir les yeux, ma chérie ? Pourquoi te prosterner devant un minable ?

Mais je ne voyais que Valentin. Il était ma fleur enivrante, et moi, labeille infatigable tournoyant autour de lui.

Jai demandé à Victor de promouvoir Valentin.

Pourrais-tu lui confier un magasin ? Quil lexploite, quil apprenne notre métier. Je veux en faire un associé.

Daccord, mais uniquement pour toi, Sophie. Mais je suis sûr que cette idée est vouée à léchec. Ton mari va ruiner ce magasin. Victor, une fois de plus, a cédé à contrecœur.

Devenu vendeur, Valentin a rapidement coulé laffaire. Il ma tenue pour responsable : pas assez de stock, des clients odieux, un emplacement désert

Daccord, mon chéri, tu as sans doute raison. Tu nas même pas besoin de travailler. Victor mettra quelquun dautre. Occupe-toi plutôt de notre maison de campagne inachevée. Je cédais à tout pour quil reste, pour quil ne mabandonne pas, ne me troque pas contre une jolie minette

Mais dans cette maison, Valentin a organisé des fêtes avec des filles légères, des toxicomanes, des individus douteux. Les voisins mont tout raconté. Cétait un cauchemar. Je tentais encore de le sauver de la chute dans laquelle il se précipitait.

Je lai ramené à lappartement, engagé une aide-soignante pour le surveiller. Cette fille le soignait, lui faisait des perfusions, le nourrissait. Moi, je travaillais sans relâche. Victor, voyant ma détresse, souriait avec amertume mais gardait le silence. Il savait que javais déjà assez de peine.

Finalement, cette « sœur de charité » est tombée enceinte de Valentin. Je lai appris trois mois plus tard, quand elle ma demandé de largent pour un avortement.

Cest trop tard, le délai est dépassé. Tu vas avoir cet enfant. Jai eu pitié delle. Comme moi, elle avait été séduite par lapparence trompeuse de Valentin.

Jai dû quitter mon mari.

Continuer navait plus de sens. Jai laissé lappartement à Valentin. Après tout, il allait fonder une nouvelle famille. Je voulais quil soit heureux, même sans moi.

Lamertume de la vérité ma frappée. Les écailles sont tombées de mes yeux. La maison de campagne est restée inachevée, la voiture a été vendue pour payer les dettes de Valentin, et cest moi qui ai tout remboursé.

La jeune fille a eu un fils, mais cet enfant grandit sans père.

Jai mis longtemps à me remettre. Je laimais encore. Victor me consolait comme il pouvait, me caressait les cheveux comme une petite fille :

Sophie, ne connais-tu pas les proverbes : « Chassez le naturel, il revient au galop » ? Oublie ce bon à rien, cet ingrat. La vie lui a offert une chance, et il la gaspillée. Tout ira bien, tu verras. Je suis heureux que tu sois restée pure dans cette histoire sordide. On dit que le lait est blanc même dans lobscurité

Le temps a fait son œuvre. Le magasin, ruiné par Valentin, sest redressé avec un nouveau gérant. Nous en avons ouvert trois autres dans dautres villes.

Valentin a sombré dans lalcool et est mort à trente-trois ans, retrouvé dans un fossé. Une âme perdue cherche toujours un gouffre plus profond

Jai tourné cette page douloureuse de ma vie. Jai recommencé à zéro. La blessure a mis du temps à guérir, mais elle sest refermée.

Aujourdhui, jai trois

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