SANS MAÎTRESSE, RIEN NE VA
Je lavoue, je suis une crapule insatiable et insupportable. Je me repens, puis tout recommence.
Élodie, je ten supplie, débarrasse-toi de cet enfant ! Nos finances sont dans le rouge. Est-ce que Théo ne te suffit pas ? Il faut déjà lélever. Réfléchis, je ten prie. En tant que mari, je suis catégoriquement contre un deuxième enfant ! Tu dois tenir compte de mon avis, la colère métouffait.
François, ne tinquiète pas. On sen sortira. Mes parents nous aideront. Tu le sais, je veux tellement une fille. Ce serait merveilleux que Théo ait une sœur. Ils grandiront ensemble, resteront proches, ma femme Élodie tenait fermement à son idée.
Nous avions étudié à la même université, Élodie et moi. Cest là que nous nous étions rencontrés. Elle mavait tout de suite plu par son sérieux, sa maturité, sa sagesse féminine. Javais pensé que cette fille était faite pour être une épouse fidèle. Élodie avait une voix douce, apaisante, et une magnifique chevelure rousse. Côté physique, cétait à peu près tout. Ronde, couverte de taches de rousseur, plutôt petite. Mais son caractère et son cœur étaient en or.
Quand je lavais remarquée, je métais dit : cette fille sera ma femme. Puis, en rencontrant Camille, javais pensé : celle-là sera ma maîtresse. Camille était dans une autre promo. Jolie, intelligente, déjà mariée. Je raisonnais comme un personnage de *La Condition humaine* de Malraux. Je rêvais dune épouse légitime, dévouée au foyer et aux enfants, tandis que ma maîtresse soccuperait des plaisirs charnels.
Je nai rien réussi à concrétiser, dailleurs, pas plus que mon héros
Camille était devenue une amie très proche dÉlodie, une alliée fidèle de notre famille.
Mais cela ne mempêchait pas de vouloir une maîtresse. Alors jen ai trouvé une. Juliette ne me jalousait pas ma femme, ne cherchait pas à se marier, ne me compliquait pas la vie. Elle se donnait avec plaisir. Cela nous convenait parfaitement à tous les deux.
Et cest justement à ce moment-là, où je me sentais enfin un vrai homme, quÉlodie ma annoncé sa grossesse.
Elle a accouché dune petite fille, Amélie. Camille, qui aurait pu être ma maîtresse, est devenue sa marraine.
Je suis tombé fou amoureux de cette petite. Ma femme ne sattendait pas à un tel attachement de ma part pour cet enfant non désiré. Moi non plus, dailleurs.
Juliette, elle, a pris ma fille en grippe. Lors de nos rares rencontres, je lui racontais avec enthousiasme à quel point Amélie était vive, jolie, souriante. Ça a dû lagacer, car nos rendez-vous se sont espacés, puis ont cessé. Je lai laissée partir sans regret. Tout mon monde tournait autour dAmélie. Mon fils Théo, lui, est resté un peu dans lombre. Il na pas eu beaucoup damour paternel.
Sans doute à cause de ce manque, Théo, à dix-neuf ans, est tombé amoureux dune fille, Pauline, de sept ans son aînée. Pauline sest installée chez nous comme si elle y avait toujours vécu. Une fille dynamique, débrouillarde. Elle nous menait à la baguette. Et nous ne disions rien. Petit-déjeuner, déjeuner, dîner tout était organisé par elle. Elle adorait cuisiner des petits plats. Au début, Théo était ravi. Les attentions, les câlins, la tendresse. Mais ça ressemblait plus à des soins maternels quà une relation amoureuse. Pauline lappelait « Mon caneton ». Ça lénervait. Pour riposter, il la surnommée « Ma cane ». Pauline ne se fâchait pas, lembrassait sur le nez, lui tirait les oreilles. Finalement, ils ont rompu. Mais Théo en a tiré une précieuse leçon sur la vie de couple.
Quand il nous a présenté Léa, jen suis resté bouche bée. Elle ressemblait à une actrice, Marion Cotillard. À peine vingt ans. Dune beauté divine, mince, douce, discrète. Je suis un peu tombé amoureux. Je faisais tout pour lui plaire, lui offrir des chocolats, des gâteaux, des glaces. Léa, elle, se moquait bien des tâches ménagères. À sa place, qui aurait envie dabîmer ses mains ? Dun seul regard, Théo se mettait à cuisiner, préparer le café, faire des tartines. Moi aussi, dailleurs, jétais prêt à tout pour elle Cette beauté mavait ensorcelé.
Élodie a remarqué mon intérêt pour la future belle-fille et a agi par lintermédiaire de notre fils.
Théo, cest sérieux avec Léa, ou cest juste pour samuser ? demanda ma femme, comme si de rien nétait.
Pourquoi ? fit Théo, feignant lincompréhension.
Parce quil faut vous décider. Qui est Léa pour toi ? Une colocataire ? Je ne comprends pas ses parents. À quoi pensent-ils ? Leur fille vit avec un inconnu, et eux, ça ne les dérange pas, insista Élodie.
Maman, Léa na pas de père, juste sa mère. Elle habite en banlieue. On ne va pas présenter tous ses petits amis, défendit Théo.
Je men doutais, quelle venait dune famille monoparentale. Bon, écoute, mon fils. Soit tu lépouses, soit Élodie voulait à tout prix me protéger de la tentation.
Daccord, maman, Théo haussa les épaules. Il ne comprenait pas pourquoi sa mère était si catégorique.
Une semaine plus tard, Théo et Léa ont loué un appartement et ont quitté la maison.
Comme ça, ce sera mieux, mon chéri. Moins de tentations pour toi, se réjouit Élodie en me montrant un poing moqueur.
Trois mois après, Théo est revenu à la maison, ses affaires sous le bras. Sans Léa.
Quoi ? Vous avez décidé de vivre séparément avant le mariage ? raillai-je.
Ouais. Sauf que le mariage, ce sera chacun de son côté, répondit Théo sur le même ton.
Mon fils, ne ten fais pas. Une beauté comme Léa na pas besoin de se marier : elle souffrirait elle-même et rendrait son mari malheureux. Les hommes se retourneront toujours sur elle, Élodie me lança un regard réprobateur.
Ça va, les parents, tout va bien, répondit Théo évasivement.
Peu avant Noël, une inconnue a sonné à notre porte. Élodie a ouvert.
Bonjour, beaux-parents ! On ne mattendait pas ? Je suis la mère de Léa. Où est votre fils ? Jai à lui parler et à lui demander des comptes, lodeur de lalcool flottait autour delle. Noël approchait, après tout
Je regardai Élodie. Voilà, tu voulais rencontrer les parents de Léa, tiens, chérie, accueille notre invitée.
Entrez, madame. Pouvez-vous préciser le but de votre visite ? demanda Élodie, tendue.
Le but est simple : que votre fils épouse ma Léa. Elle nélèvera pas un enfant sans père ! Compris ? La femme, légèrement ivre, frappa le chambranle de la







