«Tu vas le regretter ! Je ne mapprocherai plus de mes petits-enfants à moins dun kilomètre ! » menaça la belle-mère dAurélie, ignorant que Sylvie entendait chaque mot. Le couple avait défendu son droit à une vie sans ingérence.
La fille de Sylvie sétait mariée quelques années plus tôt. Les parents ne pouvaient pas acheter un appartement pour les jeunes, et le couple refusait catégoriquement de vivre chez lun deux.
« Bon, séparément alors, personne ne vous en empêche », avaient concédé les parents.
Finalement, juste après le mariage, Aurélie et Théo louèrent un appartement.
Le temps passa, et Aurélie arriva en larmes chez sa mère. Il savéra que la belle-mère sétait mise à leur rendre « visite » régulièrement.
Elle arrivait, cuisinait, faisait le ménage, repassait le linge.
« Et quest-ce qui ne va pas ? » sétonna Sylvie. « Profite, elle taide ! »
« Je ne veux pas de cette aide ! » sanglotait sa fille en essuyant ses larmes. « Elle ne le fait pas gratuitement ! Ensuite, elle se moque de Théo en disant que je ne sais rien faire, que je ne remarque rien, que je suis une piètre maîtresse de maison ! »
« Tu en as parlé à ton mari ? » demanda Sylvie.
« À quoi bon ? Bien sûr que je me suis plainte ! Il répond : Cest ma mère, elle veut ce quil y a de mieux. Tu me conseilles aussi de parler à ma belle-mère ? Non ! Au contraire, je ne contredis rien pour ne pas gâcher nos relations. »
« Cest sage. Contester sa belle-mère, cest se créer des ennuis. Crois-moi, jen ai souffert autrefois », approuva la mère.
Mais les larmes ne résolvaient rien. Sylvie réfléchit, puis sourit :
« Allons, Aurélie, ne pleure plus. Je crois savoir comment taider. »
Dès lors, Sylvie se mit à rendre visite aux jeunes aussi souvent que la belle-mère. Aurélie lappelait, elle arrivait aussitôt.
Elle justifiait ses visites simplement : la belle-mère devait être épuisée à soccuper de deux foyers, pourquoi ne pas aider cette brave femme ? Dautant que cétait de sa faute si sa fille était si maladroite.
Et le spectacle commença ! Sylvie empêchait la belle-mère de rabaisser Aurélie, et surtout, elle ne lui laissait aucun prétexte : lappartement brillait, le frigo était plein, le linge propre et repassé. Parfait !
La belle-mère, têtue, continuait à venir, bien que la présence de Sylvie la dérangeât visiblement. Elle faisait la grimace, mais revenait.
Puis, Théo commença à râler : « La belle-mère vient trop souvent. » Aurélie, instruite par Sylvie, répondit : « Ma mère veut aussi ce quil y a de mieux. Elle voit que la tienne est fatiguée, alors elle laide. »
Le gendre, intelligent et attaché à son confort, comprit que sa mère ne viendrait quaccompagnée de sa belle-mère. Bientôt, il pria les deux mamans de les laisser tranquilles : « Merci, chéries, mais nous nous débrouillerons. Venez en invitées, pour les fêtes. »
La belle-mère resta furieuse longtemps. Avant de partir, elle menaça Aurélie (attendant que son fils soit absent) :
« Tu vas le regretter ! Je ne mapprocherai plus de mes petits-enfants ! »
Ignorant que Sylvie, encore présente dans la pièce voisine, avait tout entendu.
« Merci, ma chère ! » sexclama-t-elle avec une joie feinte. « Mes petits-enfants passeront plus de temps avec moi ! »
La belle-mère, déconcertée, partit en claquant la porte.
Avec le temps, elle se calma. Dautant que son fils cadet se maria, et elle eut une nouvelle bru à « éduquer ».
Là, tout se passa comme elle lentendait.
Mais les limites dAurélie, même des années plus tard, elle nosait plus les franchir. Sans doute se souvenait-elle de lintervention de Sylvie et des problèmes causés.
Quant aux petits-enfants, ils grandissent en adorant leurs deux grands-mères
Moralité : parfois, la meilleure défense est une stratégie maligne, et non un affrontement direct.






