**Journal Intime 12 Juin**
Ce soir a commencé dans le calme. Je pliais le linge quand, soudain, un cri de Sophie a retenti depuis le salon :
« Maman ! Elle a encore quelque chose dans la gueule ! »
« Qui ? » me suis-je arrêtée net.
« Minette ! Un chiot ! Encore un ! »
Jai couru à la fenêtre, incrédule : ma chatte rayée traversait la cour, un minuscule chiot noir entre les dents. Dans le panier en osier, quatre autres boules de poils dormaient déjà yeux fermés, flancs doux et chauds.
Minette a déposé le nouveau venu avec délicatesse, la léché tendrement avant de senrouler autour deux, comme pour les protéger du monde entier.
Je ne comprenais pas : où trouvait-elle ces chiots ? Et pourquoi les apportait-elle un à un ?
En fin daprès-midi, on a frappé à la porte. Si fort que les vitres ont tremblé.
Mon sang sest glacé. Sophie a serré ma main, comme si elle pressentait un malheur.
Jai ouvert : un gendarme et Madame Lefèvre, notre voisine, célèbre pour remarquer chaque détail. Son visage était sombre comme un ciel dorage.
« Vous avez un chat ? » demanda-t-il, sans préambule.
« Oui » fis-je, méfiante. « Pourquoi ? »
Il ma scrutée longuement avant de murmurer :
« Dans ce cas vous devriez vous asseoir. »
Je ne savais pas encore ce quil allait dire, mais un frisson ma parcouru léchine, et mon cœur a sauté un battement.
Je me suis assise au bord du canapé, les doigts crispés sur ma tasse de thé refroidi. Sophie sest blottie contre moi, tandis que Minette, comme si elle comprenait quon parlait delle, savançait et fixait le gendarme de ses yeux verts impénétrables.
« Ce matin, a-t-il commencé, on a trouvé une niche vide chez votre voisine. Les chiots avaient disparu. »
« Et alors ? » ma voix a trahi ma peur.
« Elle affirme avoir vu votre chatte les emporter un par un. » Il a marqué une pause, cherchant ses mots.
Madame Lefèvre a soupiré, baissant les yeux :
« Ces chiots sont les miens. Leur mère est morte ce matin. Et votre Minette »
Jai regardé ma chatte, perplexe, tandis quelle ronronnait doucement, enlaçant les petits de ses pattes.
« Je mexcuse, a repris la voisine. Sans doute cherchait-elle à combler un manche, car nous avions déjà trouvé une famille pour eux mais elle avait encore besoin de sentir une mère. Je vais les reprendre. »
Elle est restée un instant à contempler la scène : Minette léchant et cajolant les chiots comme les siens. Puis elle a ajouté, voix tremblante :
« Laissez-les chez vous. Je crois que ce sera mieux ainsi. »
Jai hoché la tête. Minette, comme si elle comprenait, a serré ses petits protégés un peu plus fort contre elle.





