Je suis ta femme, pas une petite fille de courses! Si ta mère a besoin daide, va le faire toimême.
Maëlys, écoute: maman a besoin dun coup de main, les fenêtres du balcon doivent être lavées, elle ny arrive plus. Et il faut faire les courses pour la semaine, la liste est énorme. Tu peux y aller aujourdhui?
Pierre Lefèvre entra dans la cuisine en short de survêtement et un tshirt froissé, lair dun dimanche sans souci. Il se dirigea vers le filtre à eau, se servit un verre sans même lever les yeux vers sa femme. Maëlys Dubois était assise à la petite table près de la fenêtre, dégustant lentement son café du matin. Le soleil dessinait des motifs capricieux sur la nappe, mais son regard était perdu au fond delle-même.
Ce nétait pas la première fois quon lui demandait ce genre de chose. Tout avait commencé par des petites courses: «Maëlys, passe le pain à maman», «Tu peux déposer les médicaments?». Puis les allersretours en ville avec des sacs lourds, les nettoyages minutieux chez la bellemaman, les petites réparations que Madame Léonie prétendait «réservées aux jeunes et agiles». Pendant ce temps, Pierre ne se pointait jamais chez sa mère. Il trouvait toujours une excuse: fatigué, occupé, ou simplement «pas dhumeur». «Eh bien, tu es libre», disaitil, et Maëlys soupirait avant de partir. Elle traînait les sacs, nettoyait, réparait, tout en écoutant les plaintes de la bellemaman sur la santé, les prix, les voisins, et comment «le pauvre Pierre se fait toujours piétiner».
Pierre, sa voix était étonnamment calme, mais dune dureté qui arrêta Pierre sur place je tai déjà dit. Je suis ta femme, pas lassistante de ta mère, et certainement pas une femme de ménage gratuite. Si Madame Léonie a besoin daide sérieuse, pourquoi ne vastu pas le faire toimême? Tu as un jour de congé, non? Ou tu las oublié?
Pierre cligna des yeux, décontenancé. Dordinaire, ces conversations se terminaient par un «daccord» de Maëlys après un petit discours.
Ben je pensais que tu il bafouilla, fronçant les sourcils ce nest pas difficile! Le «travail de femme»: laver les fenêtres, faire les courses Tu sais mieux que moi comment ça se passe.
Maëlys grimaça, un rictus qui annonçait la tempête.
«Travail de femme»? répétat-elle avec sarcasme. Intéressant. Alors porter cinq kilogrammes de pommes de terre et grimper au septième étage pour frotter les vitres, cest désormais votre domaine? Et toi, tu restes au chaud, à économiser tes forces pour tenfoncer dans le canapé le soir?
La tension monta dun cran. Pierre posa brusquement son verre sur le comptoir, le visage qui rougissait.
Questce que tu recommences? Jai juste demandé! Tu sais, maman est seule, son âge cest dur pour elle! Au lieu daide, tu fais de lhystérie!
Hystérie? Maëlys haussa un sourcil. Refuser dêtre esclave, cest de lhystérie? Écoute bien.
Et quoi dautre?
Je suis ta femme, pas une fille de courses! Si ta mère a besoin daide, va le faire toimême!
Questce que ça a à voir avec moi? je tai dit
Cest ta mère, Pierre. Si elle a vraiment du mal, cest ton devoir de fils de laider. Ou bien tu penses que le fils doit tout laisser à sa femme? Au fait, je ne te demande pas daider ma mère. Ses problèmes sont les miens, je les gère. Alors, mon chéri, prends la liste, le chiffon, le seau, et file chez ta mère. Tu peux même prendre mes gants si tu nen as pas. Je moccupe de mes affaires. Plus aucune de ces «demandes» ne sera acceptée. Compris?
Pierre le regarda comme sil faisait face à un étranger. Lordre habituel seffritait. Maëlys cédait toujours, mais là, dun ton glacial et décisif, elle ne laissait aucune issue.
Tu comprends ce que tu dis?! Cest du manque de respect envers les aînés! Vers ma mère! il cria, avançant dun pas.
Maëlys ne broncha pas.
Non, Pierre. Cest du respect de soi. Le respect de base. Si tu ne comprends pas, cest ton problème.
Elle se leva, tourna tranquillement autour de la table et sortit de la cuisine, le laissant seul parmi les rayons de soleil, le confort brisé, et la soudaine impression que le monde nétait plus si confortable.
Pierre ne comptait pas abandonner. Il la suivit dans le salon où Maëlys, délibérément, sétait assise avec un livre. Il sarrêta dans lembrasure, les poings serrés, le visage en feu.
Tu décides de refuser comme ça? sifflatil. Tu refuses découter mes demandes?







