Ma petite‑fille vient d’arriver, mais ma belle‑fille refuse mon chien ! Que faire ?

Il y a de cela plusieurs années, je me souviens encore du jour où naquit ma première petite‑fille, et que ma belle‑fille refusa catégoriquement mon chien. Que faire, me demandais‑je, perdu dans le doute…

Je n’étais pas certain de la meilleure façon d’agir, alors j’ai décidé d’écrire ici, espérant que d’autres comprennent ma situation et, peut‑être, me donnent un conseil – suis‑je dans le vrai, ou me trompe‑je ?

J’ai deux fils – Sébastien et Alexandre. Tous deux ont quitté la région il y a longtemps pour s’établir en France, mais dans des villes différentes : Sébastien vit à Marseille, Alexandre à Bordeaux. Sébastien a déjà fondé une famille et a une petite fille, tandis qu’Alexandre n’a pas encore trouvé « celle qui fera battre son cœur ».

Lorsque mes garçons n’étaient que de tout petits, notre foyer s’effondra – leur mère et moi nous séparâmes. Ce fut une période sombre. La maison se vida, les enfants s’ennuyaient, et moi, partagé entre le travail et les soins à leur égard, me sentais comme un loup solitaire.

Pour combler un peu ce vide et protéger le logis, j’adoptai alors un magnifique Berger allemand nommé Rex. Nous habitions une maison de campagne avec un grand jardin, si le pauvre animal n’avait jamais manqué de place.

Rex devint bien plus qu’un simple animal de compagnie ; il entra véritablement dans la famille. Je partais souvent en mission, et, en mon absence, c’était lui le véritable maître des lieux, veillant sur la maison et les enfants. Les garçons l’adoraient. J’avais même l’impression que, sans lui, élever ces gamins aurait été mille fois plus difficile.

Les années passèrent, les fils devinrent adultes, et Rex se fit vieux. Quand il s’éteignit, le chagrin me submergea comme la perte d’un proche. Je me jurai de ne plus jamais posséder de chien – la séparation était trop cruelle…

Mais les fils grandirent, s’éparpillèrent, et je me retrouvai seul dans une grande demeure vide. Le silence accentua mon isolement. Un jour, je compris que je ne pouvais plus vivre sans un compagnon.

C’est alors qu’apparaît Médor, un petit chien vif, intelligent et affectueux – un véritable camarade. Je plaisantais même en disant que, désormais, la maison accueillait de nouveau un « homme », même s’il était à quatre pattes.

Sachant que je devais souvent me rendre chez mes fils, j’ai choisi un compagnon de voyage. Nous avons déjà traversé les frontières à cinq reprises ! Je respecte toujours les formalités – réservation anticipée, paiement du bagage, léger régime avant le décollage pour ne pas dépasser les huit kilogrammes autorisés, pilules contre le mal des transports… Parfois, on dirait que voyager avec un chien est plus compliqué que d’emmener un enfant !

Pourtant, Médor est mon enfant à lui seul. C’est le seul à m’accueillir à la porte, à se réjouir de mon retour, à réchauffer mon cœur de sa présence.

Et puis, le drame inattendu survint.

Sébastien eut une petite fille. Ma première petite‑fille ! J’étais fou de joie, rêvant de passer du temps avec elle, de l’emmener se promener, d’être présent. Mais j’appris alors que ma belle‑fille s’opposait fermement à Médor.

D’abord elle invoqua la peur d’une allergie chez le bébé, puis elle prétendit que le chien apporterait de la saleté dans la maison. Enfin, elle adopta un chat, comme pour me priver de toute défense.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Mon cœur se fendait en deux.

Sébastien et Alexandre essayèrent de me convaincre de laisser Médor à la pension pour animaux. Ils étaient même prêts à régler les frais, pour que je reste plus longtemps chez eux.

« Père, abandonne ce chien ! Ce n’est qu’un animal, alors que nous sommes tes enfants, ta petite‑fille ! Comment peux‑tu comparer les deux ? » m’insistait Alexandre.

Et moi, je ne pouvais pas.

Comment leur expliquer que Médor n’est pas qu’un chien ? Il est mon réconfort dans la solitude, mon ami fidèle. Il dort à mes pieds, m’écoute quand la vie devient lourde. Il sent quand je vais mal et vient se blottir sans dire un mot, apportant sa chaleur.

Je ne pouvais pas le laisser dans un hôtel, parmi des inconnus.

« Qui veut me voir doit accepter mon chien ! » rétorquai‑je avec fermeté.

Les fils se regardèrent, désemparés. Pour eux, le chien n’est qu’un chien. Pour moi, il est le sens même de mon existence.

Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve. Ils insistent, et moi je m’accroche.

Une chose est sûre : tant que Médor vivra, je ne le trahirai pas. Il a été à mes côtés quand nul autre ne pouvait me soutenir.

Je ne le laisserai pas partir, même si cela signifie que je verrai ma petite‑fille bien moins souvent que je l’espérais.

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Ma petite‑fille vient d’arriver, mais ma belle‑fille refuse mon chien ! Que faire ?
Pars, et ne reviens jamais — Pars, tu comprends ? — chuchotait Michel, les larmes aux yeux. — Pars, et ne reviens plus jamais ! Jamais. De ses mains tremblantes, le garçon détacha la lourde chaîne métallique, puis entraîna Berta jusqu’au portail, l’ouvrit en grand et tenta de la pousser sur la route. Mais elle ne comprenait pas ce qui se passait. On la chasse ? Mais pourquoi ? Elle n’avait pourtant rien fait de mal… — Pars, je t’en prie, — répétait Michel en serrant sa chienne dans ses bras. — Tu ne dois pas rester ici. Il va revenir et… À ce moment précis, la porte de la maison s’ouvrit à la volée. Sur le seuil, un homme titubant, la hache à la main : c’était le père, Basile, ivre mort. ***** Si seulement les gens pouvaient imaginer, ne serait-ce qu’une seconde, combien la vie d’un chien abandonné peut être dure, ils changeraient sûrement leur regard sur eux. Au minimum, ils les regarderaient avec compassion plutôt qu’avec indignation ou mépris, comme c’est si souvent le cas. Mais comment pourraient-ils savoir ce que nos amis à quatre pattes endurent, quels calvaires et trahisons traversent-ils, eux qui ne peuvent raconter leur histoire ? Les chiens ne savent ni parler ni se plaindre. Ils serrent leur douleur contre eux, en silence. Mais moi, je vais vous raconter l’une de ces histoires. Une histoire d’amour, de trahison et de fidélité… Tout commence quand Berta devint indésirable aux yeux de son premier maître, dès ses premiers mois de vie. On ne sait pas vraiment ce qu’elle lui a fait. Peut-être juste d’être née. Toujours est-il que cet homme choisit de déposer la toute jeune chiot à l’orée d’un village voisin puis… …de l’abandonner au bord d’une départementale. Oui, tout simplement. Il ne se donna même pas la peine de pousser jusqu’au centre du village, où quelqu’un aurait pu la recueillir. Non, il l’abandonna au bord de la route. Des voitures, des bus, des camions et des engins agricoles filaient à vive allure. Un simple faux pas, et la petite Berta aurait pu finir sous les roues. Peut-être était-ce là son intention. De toute façon, même si elle échappait aux voitures, sans eau ni nourriture, elle n’aurait pas survécu longtemps… Mais ce jour-là, la chance lui sourit. Ce jour-là, un inconnu sauva la vie de Berta. Un certain Michel. Son père venait tout juste d’offrir à Michel un vélo flambant neuf pour son quatorzième anniversaire. Et, pressé de le tester, Michel enfourcha sa bicyclette. — Ne va pas hors du village ! — cria sa mère, Antonine, tandis qu’il filait dans la rue. — Oui, maman… — lança Michel, hilare en pédalant. — Ne t’inquiète pas, tout ira bien… Mais il franchit la limite du village. Car là-bas, une belle route nationale venait d’être goudronnée ; c’était plus agréable de rouler sur du neuf. Presque plus de circulation en plus le week-end. Au moment où Michel s’apprêtait à rebrousser chemin, il aperçut la petite chienne, effrayée, zigzaguant au bord de la route. Elle semblait perdue, risquant chaque seconde sa vie. — Qu’est-ce qu’elle fait là, elle ? — se demanda-t-il, posant son vélo. Il s’approcha doucement, puis la ramena chez lui. ***** — Maman, papa ! Regardez qui j’ai trouvé ! — s’exclama Michel tout sourire.— Quelqu’un l’a abandonnée sur la route. On peut la garder ? Elle est si gentille ! — Michel, tu es sorti du village ? — gronda Antonine. — Je t’avais prévenu ! — Seulement jusqu’à la route, maman… Mais tu vois, heureusement, sinon elle serait morte… — Et toi ? Tu n’y as pas pensé ? C’est dangereux ! — Je ne recommencerai plus, promis. Mais alors, je peux la garder ? Je m’en occuperai, c’est promis ! Et puis, c’est mon anniversaire aujourd’hui… — Ton anniversaire, hein ? Tu mériterais une bonne punition… Michel serra très fort la chienne, craignant que ses parents ne la jettent dehors. Son père, Jean, intervint : — Allons, laisse-le donc… C’est son anniversaire, tout de même. Et puis, elle fera une bonne gardienne. Garde-la, fiston, c’est d’accord. Antonine soupira, puis sourit à son fils. — Bon d’accord, vous pouvez la garder. — GÉNIAL ! Vous êtes formidables ! Heureux comme jamais, Michel baptisa la petite chienne « Berta ». Il pensait d’abord avoir affaire à un mâle, puis découvrit qu’il s’agissait d’une femelle. Une femelle au cœur tendre, douce et affectueuse. Berta et Michel devinrent rapidement inséparables. Le vélo offert par son père resta au garage, et désormais, Michel ne passait plus une minute sans sa nouvelle amie. On aurait pu croire que tout se finirait ainsi, sur une fin heureuse. Mais hélas, la vie allait en décider autrement, six mois plus tard… Tout commença lorsque Basile, le père de Michel, perdit son emploi de mécanicien agricole. Désemparé, il se mit à boire, gaspillait toutes leurs économies, et rien, ni les pleurs ni les supplications d’Antonine, ne pouvait l’arrêter. Basile devint méconnaissable, violent, amer, cruel… Il en vint parfois à lever la main sur Antonine, pour la moindre broutille, parfois même sans raison. Michel, impuissant, trouvait refuge auprès de Berta, cherchant du réconfort dans sa fourrure, ses léchouilles, alors que ses parents se disputaient sans cesse. Un jour, pris dans l’engrenage de la violence, Basile s’en prit à Michel, qui jouait dehors avec Berta. D’un coup, il agrippa le garçon et le frappa. Berta, d’habitude calme, se mit à aboyer furieusement sur Basile, permettant à Michel de se dégager. Pressentant que son père reviendrait, armé, Michel n’eut pas d’autre choix… — Pars, tu comprends ? ! — répéta-t-il en pleurs à Berta, détachant sa chaîne, l’emmenant jusqu’au portail, lui ouvrant la route, la suppliant de sauver sa vie. Berta refusait de partir, incompréhensive. Mais au même moment, Basile sortit, titubant, la hache à la main. Michel, paniqué, fit barrage de son corps et s’interposa. Mais, comprenant qu’il n’y avait plus de temps à perdre, il serra Berta contre lui, la poussa soudain sur la route : — Va-t’en ! Va-t’en, vite ! Et pardonne-nous, Berta… Je n’ai jamais voulu tout ça. Basile, furieux, hurla. Berta, dans un dernier regard vers Michel, se mit à courir en direction de la forêt, le seul endroit sûr. — Et ne reviens jamais, Berta, sinon il te tuera ! — criait Michel, la gorge serrée. Ce qui advint après, Berta ne le vit pas. Elle priait seulement pour que Michel et Antonine s’en sortent. ***** Le temps passa… Non pas un mois, ni un an… Mais sept longues années. Sept ans que Berta attendait un miracle, espérant revoir Michel. Mais l’espoir s’amenuisait chaque année : ni Michel, ni Antonine n’étaient jamais revenus au village. Six mois après sa fuite dans la forêt, Berta, pleine de courage, tenta de retrouver sa maison. Mais ce qui l’attendait derrière la grille, c’était une ruine noircie par les flammes. Plus une âme. Ni Michel, ni Antonine, ni Basile — qu’elle n’aurait pas aimé revoir. Elle revint trois ou quatre fois, en vain. Mais elle n’eut jamais l’intuition qu’ils étaient morts. Sans doute étaient-ils partis pour de bon. Vers où ? Elle l’ignorait. De toute façon, il n’y avait plus de maison ni de famille à attendre leur retour… Berta erra longtemps, de village en village, jusqu’à ce qu’un vieil homme l’adopte un jour au bord de la même route où tout avait commencé. Comme un étrange clin d’œil du destin… — Tu t’es perdue ? — s’amusa à dire le vieil homme. — Tu veux venir chez moi ? Berta accepta — elle n’avait plus vraiment le choix. Ce papy, Nicolas, était un ancien gardien de nuit… au cimetière du village. Un brin lugubre au départ, mais Nicolas se révéla gentil et généreux, partageant bouillons, croquettes et caresses avec Berta. Il aimait lui confier ses peines, surtout après avoir bu un verre de trop : femme disparue, fille fâchée, solitude… Berta l’écoutait, posée contre sa jambe, attentive et silencieuse. Un soir, au détour d’une promenade nocturne entre les tombes, Berta tomba sur la stèle de Basile. D’abord, elle n’en crut pas ses sens. — Tu es restée plantée ? — demanda Nicolas, remarquant qu’elle fixait une tombe. — Voyons, c’est Basile… Ah, celui qui a brûlé dans sa propre maison. Drôle de fin. Sa femme et son fils sont partis en ville — tant mieux pour eux. Il parait qu’il était violent… Allez, laissons-le en paix. Berta vécut encore cinq ans avec Nicolas, jusqu’à la mort de celui-ci. À nouveau seule, trop âgée pour être adoptée, elle resta vivre au cimetière, résignée… Jusqu’à ce jour d’hiver, alors que tombait la première neige, où elle entendit deux voix près d’une tombe : l’une d’homme, l’autre de femme. Ils étaient devant la stèle de Basile. Par curiosité, Berta s’approcha… — Je t’avais dit, Oksana, que c’était une mauvaise idée de venir sur la tombe de mon père. Qu’est-ce que je viens faire là ? Après tout ce qu’il nous a fait ? — Il faut pardonner, Michel… Libère-toi de ce fardeau. Ta mère et toi avez déjà tant souffert. — Peut-être… Je lui pardonne. Pour moi, pour maman, pour Berta aussi… J’espère seulement qu’elle va bien. Derrière eux, Berta n’osait y croire : c’était lui ! Michel, son Michel… Plus âgé, plus mûr, mais elle aurait reconnu son regard entre mille. Elle s’avança timidement. Michel se retourna, croisa son regard et s’arrêta net. — Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Oksana. — J’ai l’impression de l’avoir déjà vue… Attends, c’est… Il s’approcha ; elle fit quelques pas aussi. Et soudain, ils se jetèrent l’un vers l’autre. Michel, agenouillé, la serra contre lui. Berta, en larmes, lui lécha les joues, le nez, le front. Son rêve s’était enfin réalisé. ***** Michel ramena Berta à la maison, où elle s’entendit vite avec Oksana. Ils vécurent heureux, d’abord à trois, puis à quatre lorsqu’ils recueillirent un petit chaton trouvé par Berta, puis à cinq avec l’arrivée du petit Nikita. Michel finit par reconstruire la maison au village où toute la famille venait passer les vacances. Malgré les épreuves, Michel et Berta n’oublièrent jamais qu’ils étaient, enfin, heureux ensemble.