Il n’est toujours pas rentré. Ces derniers temps, François est submergé par le travail et rentre de …

Il nest toujours pas rentré. Il a été complètement submergé par le boulot ces derniers temps et rentre de plus en plus tard.

Camille avait couché les enfants puis sétait glissée dans la cuisine pour se préparer une tasse de thé. Antoine nétait pas encore rentré. Ces derniers temps, il croulait sous le travail, épuisé, si bien quil arrivait toujours tard à la maison. Camille éprouvait de la compassion pour lui et essayait de lui épargner tout souci domestique. Après tout, cétait lui le seul à ramener de largent à la maison.

Juste après leur mariage, ils sétaient mis daccord : Camille soccuperait de la maison et des futurs enfants pendant quAntoine assurerait le confort matériel de la famille. Trois enfants étaient arrivés ainsi, les uns après les autres. Antoine avait été fou de joie à chaque naissance, affirmant quil ne comptait pas sarrêter là.

Mais Camille, elle, commençait à fatiguer des couches à changer, des biberons à préparer et des nuits écourtées. Elle a décidé quelle ne voulait plus denfants pour un moment.

Antoine est rentré après minuit ce soir-là, un peu éméché. Lorsquelle lui a demandé pourquoi il était si tard, il a répondu :
Camille, on sest noyés sous le boulot, alors on a décidé daller boire un verre pour décompresser.
Mon chéri ! a-t-elle lancé en souriant. Allez, viens manger quelque chose au moins.
Pas la peine. Jai grignoté des ailes de poulet et je nai plus faim. Je préfère aller me coucher direct.

Le 8 mars approchait. Camille, après avoir demandé à sa mère de garder les enfants, a filé au centre commercial. Elle voulait fêter cette journée à sa façon : un dîner en amoureux, juste eux deux. Sa mère a accepté sans hésiter de soccuper des petits.

En vadrouille parmi les rayons, Camille a eu envie de se faire plaisir elle aussi. Elle ne sachetait jamais rien, un peu honteuse de demander de largent à Antoine pour des vêtements, surtout quelle navait pas vraiment doccasion de les porter. Le dernier truc quelle sétait offert, cétait un pyjama pas franchement glamour pour une soirée romantique. Elle est donc entrée dans une boutique de prêt-à-porter, a choisi quelques robes et est allée les essayer dans la cabine dessayage.

Alors quelle essayait la deuxième robe, elle a distingué la voix dAntoine dans la cabine voisine :
Mmm, jai hâte de te lenlever !
Un rire cristallin lui a répondu.
Un peu de patience, coquin ! Va donc chercher quelque chose pour ta femme !
À quoi bon ? Elle passe ses journées avec les gamins. Ils sen fichent de ce quelle porte, du moment quils sont nourris, changés et que les jouets sont rangés ! Je vais lui prendre un cuiseur vapeur, elle aimera, ou une machine à pain, ça la changera un peu !

Un frisson glacé a parcouru Camille. Elle a continué à essayer ses robes, machinalement, se concentrant surtout sur les voix dans la cabine dà côté.

Et si elle te demande où est passé tout cet argent ? Un cuiseur vapeur ou une machine à pain, ça ne coûte pas ce prix-là, non ? ricana la fille.
Pourquoi je devrais lui rendre des comptes pour mon argent ? Cest moi qui bosse, elle, elle reste à la maison ! Je lui donne ce quil faut pour les courses, ça suffit largement ! Elle devrait plutôt me remercier.

Les essayages semblant terminés, les voix se sont éloignées. Camille a jeté un œil discret et a vu son cher mari à la caisse, main dans la main avec une blonde. Après avoir payé, il na pas hésité à embrasser la fille, juste devant la vendeuse.

Tout va bien pour vous ? lui demanda la vendeuse, constatant que Camille traînait dans la cabine.
Oui, oui, tout va bien ! répondit-elle, tirant le rideau pour rendre les vêtements.

De retour à la maison, elle a libéré sa mère et mis les enfants à la sieste. En silence, elle a commencé à réfléchir. Jamais elle naurait imaginé une telle trahison. Ce nétait pas tant la tromperie qui la blessait, mais le mépris, le dédain que son mari avait pour elle et les efforts quelle fournissait pour leur famille. Tout ce quelle avait construit à deux seffondrait dun coup. Son premier réflexe a été de rassembler ses affaires et demander le divorce sur-le-champ, mais elle sest raisonnée.

« Si je divorce, il part avec sa blonde et moi, je reste avec les enfants, sans un sou. Une pension alimentaire ? Ce sera sûrement des clopinettes Comment vais-je faire vivre les petits ? »

Le soir venu, elle avait pris sa décision. Ce jour-là, Antoine nest pas rentré tard en prétextant le travail. « Il a sûrement vu sa maîtresse plus tôt », pensa-t-elle, détachée désormais. Elle ne ressentait plus rien pour lui. Il était devenu un étranger. Seule la perspective quil réclame de lintimité linquiétait, car elle ny arriverait plus. Il la dégoûtait.

Mais ce soir-là, sans doute satisfait de son après-midi, Antoine ne sest même pas approché delle.

Le lendemain, Camille a peaufiné son CV et la envoyé à plusieurs entreprises et agences. Il ne restait quà patienter. Les jours dattente ont été interminables. Elle vérifiait ses mails chaque matin. Et un jour, enfin, elle a reçu une réponse. Elle était conviée à un entretien dans la même société que celle où travaillait Antoine. Camille a longuement hésité, puis sest dit quil fallait oser !

Sa mère a accepté de garder les enfants, et Camille a foncé à lentretien. Deux heures de discussion avec la direction, et on lui a proposé un poste intéressant, avec des horaires modulables. Le salaire nétait pas mirobolant, mais suffisant pour maintenir le cap avec les enfants.

En rentrant chez elle, Camille était euphorique. Sa mère, en la voyant si rayonnante, na pu sempêcher de la questionner.
Maman, Antoine me trompe ! a lancé Camille, presque joyeuse. Sa mère, étonnée, la attrapée par la main et la fait asseoir sur le canapé à côté delle.
Camille, comment peux-tu dire ça ? Antoine ne fait que travailler !
Il ne travaille pas, il rejoint sa maîtresse ! a tout raconté Camille, lépisode de la cabine inclus. Sa mère, attentive, a murmuré :
Et tu comptes faire quoi maintenant ?
Je vais divorcer ! Et en plus, jai trouvé un boulot avec des horaires flexibles. Dès que tous les enfants seront scolarisés, je passerai à temps plein.
Alors tant mieux ! Je ne te retiens pas ! On ne pardonne pas la trahison. Ce nest que le début. Il ne te considère même plus ! Je taiderai tant quil faudra avec les enfants.
Merci, maman ! Camille la serrée fort dans ses bras, très émue.

Le soir du 7 mars, Antoine est rentré tard, encore. Pour une fois, Camille ne lui a posé aucune question. Surpris par son indifférence, il sest senti obligé de se justifier :
Camille, je suis resté avec les collègues encore ce soir…
Mais Camille la coupé net, lui disant simplement daller dormir.

Le lendemain matin, alors que Camille donnait le petit-déjeuner aux petits en cuisine, Antoine est arrivé, tout sourire, avec un cadeau une machine à pain.
Cest pour te faciliter un peu la vie à la maison, ma chérie ! a-t-il dit en voulant lembrasser. Mais Camille sest écartée et, sans même regarder le carton, sest levée.
Moi aussi, jai un cadeau pour toi !

Interloqué, Antoine la suivie, boite à la main. Camille est allé dans lentrée et a désigné deux grosses valises.
On divorce. Plus la peine dinventer des excuses pour cacher tes allers-retours.

Comment tu sais pour… ? balbutia Antoine, effaré.
Jai tout entendu dans la cabine dessayage, quand tu choisissais un cadeau pour ta blonde. Et la machine à pain : offre-la-lui, jen veux pas !

Pris la main dans le sac et réalisant quil perdait sa famille, Antoine sest mis en colère :
Ça te fait mal que je sois avec une autre ? Une femme belle, pleine de vie, qui prend soin delle, elle ! Toi, tu ne prends même plus le temps de te maquiller ! Tu tes enfermée dans la maison avec les gamins et tu vis sur mon dos ! Je fais ce que je veux, cest mon argent ! Et tas aucun droit de me surveiller ! Tes quune femme vénale !

Peu mimporte, a répondu Camille le plus tranquillement du monde, Va-ten.

Le lendemain, Camille a officiellement demandé le divorce et la pension alimentaire. Une semaine plus tard, ça a cogné à la porte. Sa belle-mère sest plantée sur le seuil. Sans lui dire bonjour, elle sest mise à hurler :
Tu nes quune profiteuse ! Tu as foutu ton mari dehors et tu veux encore son argent ! Renonce tout de suite à la pension alimentaire ! Il ne devrait rien te verser !

Ce nest pas pour moi, cest pour ses enfants quil a tant voulus ! a répondu Camille. Sil ne lui reste plus assez pour sa maîtresse, tant pis, cest son problème ! Il est autant parent que moi !

Et tu comptes vivre de quoi sans ses sous ? Tu faisais des enfants en pensant rester à labri toute ta vie ! Mais tu verras : il va demander à sa patronne de baisser son salaire officiel et tu nauras que des miettes ! Tu finiras par ramper !

Je ny crois pas une seconde, a répondu Camille, en montrant la porte. Sortez de chez moi avant que jappelle la police.

En jurant, la belle-mère est partie furieuse. Quelques mois plus tard, les enfants de Camille ont pu tous avoir une place en crèche, puis le dernier est entré à la maternelle, et elle a pu reprendre un travail à temps plein.

Salut ! a entendu Camille un matin à son bureau. On peut parler ?

Désolée, Antoine, jai beaucoup de travail, a répondu Camille sans relever la tête.
On pourrait déjeuner ensemble, non ? a-t-il insisté. Elle a levé les yeux vers son ex-mari. Il avait lair exténué. Camille savait que la blonde lavait largué dès quelle avait compris que la moitié de son salaire partirait en pension alimentaire. Mais pour Camille, tout ça navait plus aucune importance.

Non, Antoine. On ne discute plus et on ne déjeune plus ensemble.

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Comment ma belle-mère s’est retrouvée sans appartement