Mon frère m’a appelé pour m’annoncer que nos parents âgés se disputaient, mais c’est sa solution au problème qui m’a le plus stupéfié.

Solange a soixante ans. Elle a deux enfants et partage, en apparence, un appartement de deux pièces à Lyon avec son mari. Mais il faudrait plutôt dire quelle supporte la présence de son époux depuis de nombreuses années. Le caractère de Bernard est très difficile : il est narcissique, orgueilleux et un brin indifférent aux autres. Tout dans la maison doit toujours être conforme à ses désirs. Cest la raison pour laquelle Solange endure cette situation depuis tant de temps. Ensemble, ils ont deux enfants.

Leur fille, Léontine, est mariée depuis douze ans. Avec son mari Jacques, ils ont contracté un crédit immobilier pour acheter leur appartement, et heureusement, ils remboursent leur prêt sans encombre. Tous leurs primes et treizièmes mois partent immédiatement dans le remboursement du crédit.

Tous deux travaillent assidûment et parviennent à la fois à payer les mensualités du prêt, à bien habiller leurs enfants et à leur offrir une belle éducation. Le frère de Léontine, François, vit dans de bien meilleures conditions que sa sœur. Il possède plusieurs appartements dans Lyon et une maison de campagne en Bourgogne. Un jour, il appelle sa sœur pour lui annoncer la nouvelle :

« Maman et Papa ont décidé de divorcer, cest Maman qui la demandé. Ils ont déjà vendu lappartement et chacun a récupéré sa part. Jai promis à Papa de moccuper de lui, et je men remets à toi pour Maman, » annonce François.
Que veux-tu dire ? Où va-t-elle habiter ? Tu sais bien que nous navons quun appartement de deux pièces, avec deux enfants. Où va-t-elle dormir ? sinquiète Léontine.

Ce nest pas à moi de trouver la solution. Tu vas laisser ta propre mère dehors ? rétorque François.
Jacques ne va sûrement pas apprécier cette idée non plus, ajoute Léontine, déconcertée.
Ça, cest ton affaire, conclut François avant de raccrocher.

François a déjà vidé lun de ses studios pour y installer leur père. Il na rien à craindre. Léontine, de son côté, réfléchit et conclut quil ne lui reste plus quà contracter un prêt pour sa mère. Contre toute attente, sa demande est acceptée. Lappartement est enregistré à son nom, lapport constitué de la part que sa mère reçoit de la vente de lancien logement. Ensuite, il faut continuer à travailler dur pour assurer le remboursement.

Jacques, son mari, a encore beaucoup de mal à digérer cette décision. Il traîne parfois sa mauvaise humeur dans lappartement, répétant que lon ne divorce pas à cet âge. Car, au final, ce sont toujours les enfants qui portent le fardeau. Ce nest pas normal. Et vous, quen pensez-vous ? Les propos de Jacques sont-ils justifiés ?

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Mon frère m’a appelé pour m’annoncer que nos parents âgés se disputaient, mais c’est sa solution au problème qui m’a le plus stupéfié.
L’homme ouvrit les yeux et découvrit, stupéfait, sur ses genoux un chaton crasseux, gris et maigre comme une allumette, aux oreilles qui pointaient de travers sur sa petite tête. Le chaton se redressa sur ses pattes arrière et frotta doucement son museau contre son visage… Les maladies du cœur figurent parmi les diagnostics les plus lourds. Dans certains cas critiques, la transplantation d’un cœur donneur reste le seul espoir. En attendant un organe compatible, le malade subit souvent des interventions ou reçoit des dispositifs électroniques pour soutenir son cœur affaibli. Pourtant, même avec les avancées de la médecine, de nombreux patients atteints de malformations congénitales cardiaques n’atteignent jamais l’âge adulte. L’histoire de cet homme fit figure d’exception. Il vécut jusqu’à trente-cinq ans—un miracle, selon ses médecins. Hospitalisations annuelles, contrôles incessants, opérations à répétition : tel était son quotidien. On lui posait des implants, réajustait son cœur, faisait tout pour lui offrir quelques années de plus. Ainsi, il « tira » sa vie—si toutefois on peut appeler « vivre » le fait d’attendre chaque jour un donneur, une opération ou la mort. Il ne fonda pas de famille : il n’avait pas rencontré de femme prête à vivre à l’ombre du risque ; il ne voulait pas imposer sa maladie. Ses parents disparus, il se retrouva seul. Les longues hospitalisations furent sa routine, mais cette fois, tout bascula. Le médecin compulsait ses dossiers, soupirait devant son ordinateur, puis, enfin, lui dit : — Il faut régler vos affaires. Si vous voulez faire un testament… Et allez voir vos proches. Le regard baissé, il ajouta : — On espère encore un donneur, mais… c’est une question de chance. Votre état est très grave. Les opérations ne servent plus à rien. On peut vous placer en chambre isolée, branché aux appareils, mais alors vous ne quitterez plus l’hôpital jusqu’à la greffe. Quant à savoir quand… seul Dieu le sait. L’homme se tut. Lessivé, exténué de peur et d’attente, il était las de cette lutte qui ne lui appartenait plus. Il sourit et répondit : — Ne vous inquiétez pas. J’ai décidé : je pars en voyage. Le médecin sursauta : — Il ne faut pas quitter Paris ! Si un cœur se présente, on ne pourra rien pour vous ! Mais l’homme s’en alla. Il n’en pouvait plus des murs, des contraintes. Il poussa la porte d’une agence de voyages. Son dernier rêve ? Venise—voir la cité sur l’eau, franchir ses ponts, voguer en gondole… Son cœur battait faiblement, il sentit la fatigue, s’assit sur un banc au parc Monceau. Les yeux fermés, il respirait lentement pour calmer la douleur. Les rayons filtraient entre les feuilles. Il se laissa bercer par la lumière, ferma les paupières, quand soudain… Un poids léger atterrit sur ses genoux. Il ouvrit les yeux : un chaton gris, tout sale, maigre et aux oreilles hirsutes était lové contre lui. Le petit se dressa et frotta son museau contre son visage. — Excusez-moi… — dit une jeune femme d’environ trente ans, debout près de lui. — Je venais juste récupérer ce petit coquin, il s’est échappé… Vous n’allez quand même pas le garder ? Rendez-le moi, s’il vous plaît. Il sourit et voulut lui remettre le chaton, mais celui-ci s’agrippa farouchement à sa veste et miaula si tristement que sa main se figea. — Allons, petit… Tu ne peux pas rester avec moi, je ne sais même pas si je verrai demain. Va avec cette gentille dame. — Pourquoi dites-vous cela ? — souffla la femme, s’assoyant près de lui. Il se confia—son enfance, sa maladie, ses rêves de Venise, l’entretien avec le médecin. Pendant qu’il parlait, le chaton s’endormait, accroché à lui. Elle retenait ses larmes. — Pardonnez-moi… Je ne voulais pas vous attrister, balbutia-t-il. — Stop ! — déclara-t-elle, se levant d’un bond. — Vous irez à Venise, c’est promis. Mais pour l’instant… Nous allons chez moi, je prendrai tout ce qu’il faut pour le chaton, puis j’irai chez vous. On va trouver une solution pour lui, il vous a choisi après tout. L’homme lui remit sa clé. — Mon appartement… Si jamais il m’arrive quelque chose… prenez-le. — Il ne vous arrivera rien ! — répliqua-t-elle avec assurance. — Maintenant, vous avez une raison de vivre. Ils partirent, riant et discutant, et pour la première fois, il cessa d’écouter battre son cœur : la faiblesse disparut sans laisser de trace. Je vous épargne les détails. L’essentiel ? Il vécut encore vingt ans. Vingt ans de bonheur. Avec cette femme, il eut deux fils. Tous ensemble, ils partirent à Venise, naviguèrent sur les canaux, écoutèrent les chanteurs, rêvèrent sous la lune. La ville devint leur rêve de famille accompli. Oubliés les hôpitaux. Les médecins exigeaient des bilans tous les ans ; sa femme le forçait à y aller. Il ronchonnait : — Je vais très bien ! Mais la mort ne se trompe pas : on peut seulement la retarder, lorsque l’on sait pour qui l’on vit. Un soir, un vieux chat gris vint s’installer sur ses genoux. L’homme comprit aussitôt. Sans bruit, il se leva pour ne pas réveiller son épouse, se rendit sur le balcon. La lune brillait, radieuse, rien que pour lui. Il s’assit, serra le chat sur son cœur et murmura : — N’aie pas peur. Je suis là. Je t’aime. Le chat le fixa, puis s’endormit pour l’éternité. L’homme le caressa, regardant la lune. On les retrouva ainsi au matin—unis sur le balcon, les yeux tournés vers le ciel. Ils furent enterrés côte à côte. Sa femme déclara : — Leurs cœurs ont vécu ensemble. Et se sont arrêtés ensemble. Elle n’en voulut ni au sort ni à Dieu. Elle savait : ces vingt ans furent le plus grand bonheur. Elle était reconnaissante au monde, au petit chat gris, à l’homme au cœur malade—et à elle-même de ne pas l’avoir laissé passer. Où commence le miracle ? Ainsi s’acheva leur histoire. Pas forcément joyeuse, mais qui oserait dire qu’il n’y eut pas de bonheur ? Pas moi.