Jai soixante-dix ans.
De mon premier mariage, jai eu trois enfants. Lorsque jai divorcé de leur mère, jai commis la plus grande erreur de ma vie : je les ai aussi quittés, eux. Jai tourné la page, jai quitté Paris pour un autre coin de la France, je me suis plongé dans le travail et jai continué mon existence, en les laissant derrière moi. Non pas parce que je naurais pas pu les aider, mais parce que je ne voulais pas mimpliquer. Je croyais, naïvement, quavec le temps et la distance, tout finirait par sarranger.
Des années plus tard, jai rencontré une autre femme, à Lyon, et de cette histoire est né un autre enfant. Pour celui-ci, jai fait tout ce que je navais pas su offrir aux aînés : du temps, de lécoute, ma présence et de largent. Jai été là à chaque étape, je lai inscrit dans de bonnes écoles privées, je lui ai offert plus que nécessaire, comblant ses moindres envies. Je me persuadais dêtre enfin un bon père, mais la vérité, cest que je tentais surtout dexpier mes fautes.
Pendant ce temps, mes enfants plus âgés grandissaient loin de moi. Ils ont tout fait par eux-mêmes, avec des bourses, et ont terminé de brillantes études à Toulouse et Bordeaux. Ils ne mont jamais rien demandé. Nous nous parlions rarement, parfois une année entière sécoulait sans le moindre contact. Lorsquils se sont mariés, ils mont convié à leurs mariages. Je ny suis jamais allé. Il y avait toujours une excuse : le travail, la distance, ou le manque de temps.
Quand le benjamin est entré à luniversité, je lui ai payé une école dentaire privée à Montpellier. Je me suis occupé de tout : les frais, le logement, les livres, les trajets plus de cent mille euros au total. Après quelques difficultés, il a fini par obtenir son diplôme. Jétais fier de lui ; javais limpression, pour une fois, davoir offert la paternité comme il le fallait.
Cest à ce moment qua commencé la pression. Ma femme et mon fils insistaient pour que je leur transfère mes biens à Nice trois maisons. Ils me répétaient quil valait mieux régler tout cela de mon vivant, pour éviter toute histoire avec mes autres enfants, affirmant quils ne viendraient que pour se disputer. Je me suis laissé convaincre. Jai tout mis au nom de mon plus jeune fils, pensant préserver ainsi la paix familiale.
Peu après, je suis tombé gravement malade. Par miracle, jai survécu, mais tout a changé. Ma femme ma quitté et ma mis dehors. Mon fils sest éloigné, il trouvait toujours une bonne raison pour ne pas venir me voir ou maider. Ma sœur, Jeanne, ma accueilli chez elle à Lille. Cest dans cette solitude nouvelle que jai mesuré la portée de mes actes.
Jai perdu mes enfants aînés parce que je les ai abandonnés.
Jai tant gâté le benjamin quil ma effacé dès que je navais plus rien à donner.
Aujourdhui, aucun de mes enfants nest là. Les aînés ne mappellent plus. Le benjamin a fait sa vie avec mes maisons sur la Côte dAzur, et moi, je me retrouve sans rien sinon mes souvenirs et cette culpabilité qui me ronge.
Que dois-je faire ?






