Vas-y, divorce donc ! Tu ne feras que couvrir le village de honte ! Et n’oublie pas que la maison es…

« Vas-y, divorce, tu ne feras quapporter la honte sur notre village ! Et noublie pas que la maison est inscrite au nom de ta grand-mère, alors où vas-tu habiter ? »

Élise travaille depuis onze ans comme infirmière. Tout le monde la connaît au village, certains la surnomment même « Mère Thérésa » car elle vient en aide à chacun, peu importe leur situation.

Un soir, Élise se presse pour rejoindre Paris ; le lendemain, le procès débute à dix heures et elle doit arriver tôt. Aujourdhui, enfin, elle se débarrassera du fardeau qui pèse sur elle depuis tant dannées : son mari, qui la humiliée, levé la main sur elle et ne sest jamais caché de ses infidélités…

Après ses études en école dinfirmière, Élise a choisi de sinstaller dans une petite commune rurale en Bourgogne. Beaucoup se seraient découragés à sa place, mais elle sait pourquoi elle travaille dur. Les trajets quotidiens sont épuisants, alors, sur les conseils du voisinage, elle sadresse à Madeleine, qui lui propose de louer une chambre.

Cest là quelle fait la connaissance de celui qui deviendra son époux, le petit-fils de Madeleine. Il semble charmant, pourtant Élise n’éprouve pas de véritables sentiments amoureux à son égard. Ils vivent ensemble une année avant de décider de se marier. La grand-mère, ravie, voit dun bon œil cette union avec une femme reconnue pour sa bonté et son sérieux.

Pour leur mariage, la seule parente du jeune homme, sa grand-mère, leur offre un terrain spacieux sur lequel ils entreprennent aussitôt de construire une maison. Pendant huit longues années, Élise travaille sans relâche pour, un jour, pousser la porte de cette demeure et sy sentir chez elle.

Durant toutes ces années, le couple na fait que cohabiter, comme de simples compagnons se devant des obligations conjugales. Élise espère quun enfant changerait peut-être lattitude de son mari. Le village bruisse de rumeurs sur les coups et les tromperies dont elle est victime. Mais elle ne tombera jamais enceinte…

Un jour, Élise atteint ses limites et annonce à son mari quelle veut divorcer, ne supportant plus cette vie.

« Vas-y, ose donc divorcer, tu ne feras quhumilier le village ! Et la maison, elle reste au nom de la grand-mère, où iras-tu dormir ? »

La grand-mère tente de la dissuader. À force, Élise est devenue pour elle comme une fille et elle rechigne à la voir partir à cause des fautes de son petit-fils.

Mais Élise sait que sa décision est irréversible et quelle a besoin daide. Elle ne veut pas non plus abandonner la maison dans laquelle elle a investi tant de temps et dargent. Sur les conseils de ses amis, elle décide de prendre un avocat.

Cest alors quÉlise revoit Pierre. Dès quelle aperçoit son nom sur la plaque, elle comprend quil sagit de ce médecin quelle avait déjà croisé à lhôpital. Il y a bien eu une étincelle entre eux, Pierre lui a confié quelle lui avait tourné la tête. Même si lattirance était réciproque, Élise, mariée, navait pas osé aller plus loin.

Six mois après leur première rencontre, elle entre dans son bureau. Il la reconnaît aussitôt, surpris et heureux de voir quil est devenu encore plus élégant et confiant.

Pierre reste bouche bée ; il narrive pas à croire quil a devant lui la femme qui la obsédé et qui la refusé à cause dun autre.

Il réalise quil est resté seul tout ce temps, incapable dentamer une nouvelle histoire car son cœur appartient encore à Élise. Il la dévisage en silence, nosant rompre le silence.

Élise finit par expliquer sa visite. Elle évite dabord les détails, mais lavocat insiste, pensant que cela pourrait influencer la décision finale. Elle lui raconte les coups, ladultère et tous les manquements de son mari.

Pierre a du mal à concevoir quon ait pu ainsi maltraiter une femme comme elle, capable de supporter tant dindignités.

Grâce au sérieux de Pierre, Élise remporte le procès et son ex-mari est condamné à lui verser la moitié de la valeur de la maison, soit près de 90 000 euros.

« Élise, tu es la seule femme qui compte à mes yeux depuis toutes ces années. Jai cru que tu étais dans les bras dun autre, jai été seul et malheureux Et te voilà, à nouveau devant moi, souriante. Jai du mal à croire à mon bonheur. Certes, après seulement deux rencontres, cest tôt Mais jaimerais que tu vives avec moi. Quen dis-tu ? »

« Oui, jen serais ravie ! », lui répond-elle, émue de voir ses sentiments pour lui éclore sincèrement.

Six mois plus tard, Pierre demande la main dÉlise. Un an après, leur fille, Pauline, vient au monde.

Aujourdhui, Élise repense à sa vie passée et a du mal à croire quelle ait enduré autant de souffrances. À présent, elle a un mari et une fille aimants, tout ça parce quelle a eu le courage de partir, convaincue que tout finirait par sarranger.

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Vas-y, divorce donc ! Tu ne feras que couvrir le village de honte ! Et n’oublie pas que la maison es…
SANS ÂME… Claudine est rentrée chez elle après être allée chez le coiffeur, comme à son habitude malgré ses 68 ans, se faisant choyer par sa coiffeuse pour garder le moral et le tonus. — Claudine, une parente est passée te voir. J’ai dit que tu reviendrais plus tard. Elle a promis de repasser, lui annonce son mari Yves. — Quelle parente ? Je n’ai plus de famille, c’est sûrement une vague cousine perdue qui viendra demander quelque chose. Tu aurais dû lui dire que j’étais partie au bout du monde, réplique Claudine, agacée. — Mais non, inutile de mentir ! Je pense qu’elle est bien de ta famille, grande et élégante, elle ressemble à ta mère, que Dieu ait son âme. Je ne crois pas qu’elle vienne demander quoi que ce soit. C’est une femme distinguée, bien habillée, tente de rassurer Yves. Une quarantaine de minutes plus tard, la parente frappe à la porte. Claudine ouvre elle-même. Effectivement, elle fait penser à sa mère défunte : manteau coûteux, bottes, gants, petites boucles d’oreilles serties de diamants – sur ce point, Claudine s’y connaît. Claudine l’invite à s’asseoir à la table déjà dressée. — Faisons connaissance, si nous sommes de la famille. Je suis Claudine, inutile du Madame. Je vois qu’on a presque le même âge. Yves est mon mari. Mais vous êtes de quel côté de la famille ? demande l’hôtesse. La femme est un peu gênée, rougit légèrement : — Je suis Galine… Galine Vladimir. Je viens d’avoir 50 ans, le 12 juin. Cette date ne vous évoque rien ? Claudine pâlit. — Je vois que vous vous souvenez. Oui, je suis votre fille. Ne vous inquiétez pas, je ne veux rien de vous. Je voulais simplement rencontrer ma mère biologique. J’ai vécu dans le doute toute ma vie, sans comprendre pourquoi ma mère ne m’aimait pas. D’ailleurs, elle est décédée il y a huit ans. Je n’ai été aimée que par mon père, disparu récemment. Avant sa mort, il m’a révélé votre existence. Il m’a priée de vous demander pardon, si possible, confie Galine. — Je ne comprends rien. Tu as une fille ? demande Yves, stupéfait. — Il faut croire… Je t’expliquerai plus tard, répond Claudine. — Donc tu es ma fille ? Très bien, tu as vu ce que tu voulais voir ? Si tu crois que je vais me repentir ou te demander pardon, non ! Je ne suis pas coupable, clarifie Claudine à Galine. J’espère que papa t’a tout raconté ? Si tu crois éveiller en moi l’instinct maternel, c’est non, pas une once ! Désolée. — Puis-je revenir vous voir ? J’habite dans la banlieue tout près. Notre maison est grande, venez donc avec Yves. Je vous ai apporté des photos de votre petit-fils et arrière-petite-fille, peut-être vous y intéresserez-vous ? demande doucement Galine. — Non. Je ne veux pas. N’y reviens plus, oublie-moi. Adieu, répond sèchement Claudine. Yves appelle un taxi pour Galine et l’accompagne. En revenant, Claudine a déjà rangé la table et regarde calmement la télévision. — Quelle froideur ! Tu aurais pu commander des armées, tu n’as donc vraiment aucune âme ? Je le soupçonnais, mais à ce point… ajoute Yves. — On s’est rencontrés quand j’avais 28 ans, n’est-ce pas ? Eh bien, mon cher mari, on m’a arraché l’âme bien avant. Je suis une fille de campagne, j’ai toujours voulu aller en ville ; c’est pour ça que j’ai travaillé dur, unique à entrer à l’université dans ma classe. J’avais 17 ans, j’ai rencontré Volodia. Je l’aimais follement ; il était de douze ans mon aîné, ça ne me gênait pas. Après mon enfance pauvre, la vie d’étudiante en ville était magique. Je n’avais jamais assez d’argent, toujours faim, alors l’invitation de Volodia à aller au café ou manger une glace était un cadeau. Il ne m’a rien promis, mais, avec notre amour, je ne doutais pas qu’il ferait de moi sa femme. Un soir, il m’a invitée dans sa maison de campagne. J’y suis allée sans hésiter, pensant que tout était acquis. Nos rendez-vous se sont multipliés, et bientôt il est devenu clair que j’attendais un enfant. Je l’ai annoncé à Volodia, il en était ravi. Mais je me suis vite rendu compte de mon erreur quand je lui ai demandé quand nous nous marierions. J’avais 18 ans, c’était possible. — Je ne t’ai jamais promis de t’épouser, répond Volodia. Et je ne le ferai pas, d’ailleurs je suis déjà marié… — Et le bébé ? — Tu es jeune, en parfaite santé, tu pourrais poser pour une statue. Prends un congé à la fac, tiens bon jusqu’à ce que ça se voie. Après, on t’accueille chez nous. On n’arrive pas à avoir d’enfant, ma femme est beaucoup plus âgée. Quand tu accoucheras, on prendra le bébé. Les détails ne te regardent pas, je suis dans l’administration, elle est chef de service à l’hôpital. Tu n’auras pas à t’inquiéter, on te paiera même. À l’époque, on ne parlait pas de mères porteuses ; j’étais sans doute la première. Que pouvais-je faire ? Retourner au village, risquer la honte de ma famille ? J’ai vécu chez eux jusqu’à l’accouchement ; la femme de Volodia ne m’a jamais parlé, peut-être jalouse. J’ai accouché à la maison, tout s’est passé selon les règles. Je n’ai pas allaité ma fille, on l’a emmenée tout de suite. Je ne l’ai jamais revue. Une semaine plus tard, on m’a poliment raccompagnée, Volodia m’a donné de l’argent. Je suis retournée à la fac, puis à l’usine, j’ai eu une chambre en résidence, puis je suis devenue chef d’atelier. J’avais beaucoup d’amis, mais personne ne voulait m’épouser, jusqu’à ce que tu arrives. J’avais déjà 28 ans, je ne voulais pas vraiment me marier, mais il le fallait. La suite, tu la connais. On a eu une bonne vie, trois voitures, une belle maison, une villa bien entretenue. On partait chaque année en vacances. Notre usine a résisté à la crise des années 90, nos machines étaient indispensables. On a pris notre retraite à l’âge avantageux. Tout va bien. Pas d’enfants, tant mieux. Quand je vois les enfants d’aujourd’hui… conclut Claudine. — Mauvaise vie, alors, car je t’aimais. J’ai toujours voulu réchauffer ton cœur, en vain. Pas d’enfants, soit. Mais même un chaton, un chien, tu n’as jamais eu de tendresse. Ma sœur t’a demandé d’aider sa nièce, tu l’as refusée pour une semaine d’hébergement. Aujourd’hui, ta fille est venue, et comment l’as-tu reçue ? Ta fille ! Ton sang… Si j’étais plus jeune, je demanderais le divorce. Maintenant, il est trop tard. Il fait froid près de toi, si froid, répond Yves, furieux. Claudine est troublée, jamais son mari ne lui a parlé ainsi. Cette fille a bouleversé sa vie si tranquille. Yves s’est installé à la villa, il y vit depuis des années, entouré de trois chiens qu’il a recueillis, et de chats dont le nombre est inconnu. Il ne rentre plus que rarement. Claudine sait qu’il voit souvent Galine, sa fille, et toute sa famille, et qu’il voue une adoration à leur arrière-petite-fille. — Toujours aussi faible, tant pis, qu’il vive comme il veut, pense Claudine. Elle n’a jamais ressenti le besoin de connaître sa fille, son petit-fils et son arrière-petite-fille. Claudine part seule en vacances à la mer, profite, se repose, fait le plein d’énergie, et se sent parfaitement bien.