Père Célibataire

PÈRE SEUL
Le petit Hugo, cinq ans, sétait réveillé avant le réveil. Il sétait glissé sous la couette de son père et chuchota, tout excité:
Papa, jai rêvé de maman cette nuit.
Benoît ouvrit les yeux, tout de suite alerte.
Elle a dit que dès que la première neige tomberait, elle reviendrait chez nous, poursuivit Hugo toujours à voix basse. Dis, papa il va bientôt neiger?
Bientôt, répondit Benoît en se levant précipitamment du lit et en allumant la lumière. Allez, debout, mon bonhomme. On prend le petit déjeuner et on file à la maternelle.
Jen ai pas envie.
De quoi tu nas pas envie?
De manger
Moi non plus, soupira Benoît. Mais il faut bien.
Pourquoi?
Parce que nous sommes des hommes, toi et moi. On ne sait jamais, il faudra peut-être sauver quelquun aujourdhui, et si on na pas de forces
Papa, est-ce que maman va revenir?
Cétait la question la plus difficile. Voilà un an déjà que la maman dHugo était partie pour un autre monde, mais son fils lattendait encore.
Oui, elle reviendra, répondit Benoît dun ton quil voulait joyeux.
Depuis le ciel?
Oui Mais elle sera un peu différente.
Différente comment?
Son visage sera un peu différent. Mais elle restera aussi gentille. Et elle continuera de taimer.
Jaimerais bien que la neige arrive vite, soupira Hugo.
Trente minutes plus tard, Benoît confiait son fils à lATSEM de la maternelle et courut vers larrêt de bus. Sa vieille voiture était encore à larrêt depuis la veille: la batterie, à cause des gelées cruelles de novembre, avait rendu lâme. Il lui faudrait en acheter une nouvelle.
Mais il arriva quand même au bureau à lheure. Il saffala sur sa chaise, alluma lordinateur, et fixa lécran dun air absent.
Salut, Ben! lança Antoine à la table voisine. Tas intérêt à ouvrir lœil, le chef ne va pas tarder.
Je suis réveillé, répondit Benoît. Salut.
Au fait, il paraît quon accueille une nouvelle dans le service. Jeune. Je te charge de son intégration.
Pourquoi moi? demanda Benoît.
Parce que tu es père seul. Il te faut une nouvelle compagne.
Toi aussi? Antoine, écoute, je ne suis pas père seul. Je suis juste un père qui élève son fils.
Oui, mais ton Hugo, il aurait besoin dune mère, non?
Peut-être, souffla Benoît. Mais il lui faudrait une bonne maman, tu comprends?
Et si cette nouvelle collègue était une bonne personne?
Qui? La nouvelle recrue?
Allez, lâche-moi marmonna Benoît en retournant à son écran, tentant de sabsorber dans son travail.
La journée lui parut interminable.
Benoît quitta le bureau une heure plus tôt sous prétexte durgence. Il voulait aller chercher son fils plus tôt, passer ensemble dans un magasin daccessoires auto, et acheter enfin cette batterie.
Il sortit en courant et sarrêta net: les premiers flocons tombaient du ciel, mouillés, hésitants.
Son cœur se serra en pensant à Hugo et il se précipita vers labri bus.
Mais devant lui apparut une jeune femme frêle, qui sacharnait à dévisser dune main engourdie un écrou de roue. Ses mains rouges trahissaient le froid mordant.
Benoît sarrêta, un peu agacé, et demanda:
Vous faites ça toute seule? Vous navez personne pour vous aider?
Non répondit simplement la jeune femme.
Je sais faire, mais avec ce temps Jai les doigts gelés.
Bon dit Benoît en saccroupissant près delle. Franchement, jaurais bien donné un coup de main, mais je suis très pressé.
Je ne vous demande rien, répondit-elle calmement.
Justement, cest pire, lâcha Benoît en riant malgré lui. Si je vous change la roue rapidement, vous me déposez à la maternelle? Mon fils my attend.
Vraiment? sécria-t-elle, soulagée. Bien sûr, je vous emmène
Le pneu de secours, hélas, était à plat. Benoît dut le regonfler, fort heureusement avec une pompe retrouvée dans le coffre.
Alors quil montait en voiture, le sentiment du devoir accompli, la jeune femme observa:
Vous avez vu, cest la première neige
Le cœur de Benoît se tordit à nouveau et, inconsciemment, il serra les dents.
Ça va? demanda-t-elle.
Oui, oui. On y va?
Oui, sourit-elle. Je conduis tout droit pour le moment?
Droit, puis je vous indiquerai.
La neige sintensifiait. Ils firent le trajet en silence, jusquà ce que la voiture sarrête devant la maternelle. Soudain, la jeune femme proposa:
Je vous attends Je peux aussi vous raccompagner chez vous après.
Non, merci, inutile. Je dois encore passer chez laccessoiriste.
Encore mieux! senthousiasma-t-elle. Cest aussi sur ma liste de courses. Et puis, contrairement à vous, rien ne mattend ce soir Surtout avec ce temps, je peux bien rendre service. Et puis, votre fils va se mouiller avec toute cette neige
Non, ce nest pas la peine, vraiment balbutia Benoît en filant vite retrouver Hugo.
Quand il quitta la maternelle, main dans la main avec son fils, la voiture attendait toujours, la jeune femme dehors, attrapant les flocons sur sa langue comme une gamine.
En les apercevant, elle fit de grands signes enthousiastes.
Venez vite! Je vous ai attendus!
Hugo, bouche bée, ralentit et jeta un regard étonné à son père. Puis il fixa la jeune femme, hésita et demanda dune petite voix:
Cest maman? Papa, regarde, cest maman Tu vois, je tavais dit La neige est là et elle
Dun coup, Hugo courut et sauta dans les bras de la jeune femme, qui, sans la moindre surprise, le souleva et se mit à tournoyer dans la neige avec lui.
Parfois, la vie vous offre de nouveaux départs lorsque vous cessez dattendre limpossible et ouvrez votre cœur à la magie de linstant.

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